KRISHNA
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anormale et certainement dos plus rares que le dieu Vishnou ou ses incarna tions tiennent dans leurs mains, tig. 2.
Le Panchajanya, a du reste, lui aussi sa légende. C’est la coquille du démon marin Panchajana. Ce démon vivait au fond de la mer sous la forme d’une conque ; comme il avait saisi le dis de Sandipani, qui avait appris à Krishna l’usage des armes, Kris'.ma pris d’un dévouement superbe accouru au secours de l’enfant, terrassa le démon et conserva sa conque parmi ses attributs h Telle serait l’origine de la conque entre les mains du dieu.
Mais à cette légende, on peut on op})oser une autre qui explique tout aussi bien le même fait. Krishna est parfois représenté sous des formes bien différentes ; « Héros persécuté dans son enfance comme Hercule, dieu triomphant couronné de Heurs comme Apollon chez Admète, sauveur promis, attendu comme le Messie, il semble que, pour le peindre, les sages et les poètes indüus aient puisé à toutes les traditions anciennes et contemporaines ré pandues dans le inonde^. » Krishna, gardeur de troupeaux, représenté sous la forme de Govinda ou Gopala [^ovle encore la conque dans sa main, comme s’il voulait s’en servir pour rappeler à lui ses bêtes égarées. Cette idée de la conque comme symbolisme du pasteur semble ainsi des plus naturelles, puisqu’il suffit de briser le sommet de la coquille pour s’en servir comme d’une trompette, tel le buexinum des Latins ou le yÿipdi des Grecs^.
Dans la religion brahmanique, nous allons encore trouver d’autres dieux armés de la conque. Durgâ, Ganeça, Dêci, Soiu'ya sont aussi quelquefois représentés avec une coquille à la main . Mais ces divinités appartiennent à une autre secte que celle de Vishnou. "
Çiva, une des divinités du Bi-â/unanisme, tout à la fois dieu créateur et destructeur, personnifiant l’action de la nature qui détruit ce qu’elle a créé
1 Sur la couverture extérieure de l'édition de la Bhagavadgita de Thomson, ou voit au fond de la mer le démou Pancliajaua sortant de sa coquille, et à la surface des eaux Vishnou qui s'est incarné en poisson pour combatre et tuer Panchajana; c’est la coquille de ce démon dont Vischnou ou Krishna s’est emparé.
2 Théodore Pavie, Krichna et sa doctrine, p. 33.
3 Aujourd'hui encore, dans la Corse et dris la Sardaigne les bergers se servent du grand Tritonium nodiferum, comme d'une corne ou d’une trompe. 11 suffit de biûser la pointe de cette coquille et de souffler un peu fortement par ce sommet. En 1871, aux portes même de Bastia, les conducteurs de trains de remblais du petit chemin de fer servant à l'entreprise du port n’avaient point d'autre instrument pour pi’évenir de leur passage.
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pour engendrer à nouveau, s’unit à Pârvati, déesse de labeautéetàPH^Aw^, personnification delà terre, qui deviendront bientôt une seule et même forme désignée sous le nom de Kali, la noire, ou plus simplement Dévi, la déesse. De cette union naît Ganeça, dieu de la sagesse, protecteur delà science et destructeur des obstacles de l’intelligence. C’est au sage Ganeça que l’on attribue une collaboration active dans la composition du Mahâ-Bharaiâ^ .
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Ganeça, Dieu de la sagesse, fils de Çiva et de Pârvati Stotuelte ar£;ent massif, haut. 10,
C’est lui que l’on invoque au commencement de tous les livres, ou toutes les fois qu’il s’agit d’accomplir un acte de quel(|ue importance : Om! Ganeça! Adoration à Ganeça !
• L. de Milloué, 1883. C atalogue du Musée Guimet, I*’c partie, Introduction et p. 50.
Ganeça, dans une de ses mains, tient une coquille, mais celle-ci nous semble différente de celle de Vishnou ou de Krishna. Elle est également sénestre, mais d’un galbe plus allongé, avec une colunielle moins acuminée, une ouverture plus haute ; les tours de la spire sont accompagnés de saillies comme épineuses. C’est très probablement une coquille du genre Voluta. Parmi les Ganeça du Musée Guimet, se trouve une petite statuette en argent massif (fig. 3), dans laquelle la coquille est très nettement représentée avec sa forme sénestre et son ornementation particulière. Dans tous les Ganeça que nous avons examinés, la conque est toujours la même avec ses caractères constants.
Quant à Pritliivî, mère de Ganeça, elle aussi tient également parfois la conque. Gomme divinité, Pritliivî est appelée à jouer des rôles bien différents. 11 en existe deux exemplaires avec une coquille dextre dans la collection de M. Guimet, sous la personnification de Durgâ, « celle qu’il est difficile de fléchir», rappelant ainsi l'énergie destructive de Çiva, la divinité des terribles Thugs de l’Inde. Enfin, Moor a également représenté, pl. VI, fig. 3, Devî tenant la conque à la main^.
Mais que veut dire cette conque dans les mains de Ganeça et dans celle de sa mère, surtout lorsque cette coquille est essentiellement d’origine marine^ et que Prithivî personnifie la terre? Les explications nous font encore défaut. Il y a là, sans doute, comme à propos de Krishna, quelque légende que nous ne connaissons pas et qui, pourtant, justifie cette sorte de contraste. Nous n’osons pas croire que c’est comme dieu de la sagesse, protecteur des sciences en général, que Ganeça est porteur delà conque. Peut-être n’est-ce là qu’une idée purement conventionnelle: peut-être aussi la coquille en question, par cela même qu’elle est des plus rares, devient-elle des plus précieuses, et par conséquent, plus particulièrement digne de figurer au milieu des attributs sacrés? Bornons-nous à rappeler les faits, laissant à d’autres, plus autorisés que nous en pareille inatièi‘e, le soin de les interpréter.
Dans le Jaïnisme ou religion Jaïn, nous voyons encore figurer la conque. Cette secte, quoique relativement peu nombreuse, joue dans l’Inde un grand rôle par son importance religieuse, comme par l’influence dont jouissent
1 Moor, Hindu Panthéon.
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ceux qui en font partie. Dans les districts de Bihar et de Patna où ses fidèles sont en majorité, ils portent le nom de Çracakas. Malgré les incertitudes qui régnent sur l’origine de cette religion, elle n'en est pas moins fort ancienne puisque M. de Milloué nous apprend^ que, parmi les quatre hypothèses relatives à son origine, celle qui lui assigne la date la plus récente la fait encore remonter au deuxième siècle de notre ère, c’est-à-dire au moment de la ruine du Bouddhisme. Dans cette secte, le rôle que jouent les Bouddhas chez les Bouddhistes est attribué, chez les Jaïns, aux Tirthankaras Jinas, sages qui ont franchi le monde. Le Tîrthankara est un ascète qui a mérité, par sa science et sa piété, de sortir du cercle fatal de la transmigration, et qui a atteint Môksha, le Nivvâna des Jaïns. 11 y a, dans chaque période mondaine, vingtquatre Tîrthankaras réprésentés par des symboles ou emblèmes différents. Le vingt -deuxième a nom Né mi et a pour symbole la conque. On attribue à ces Tîrthankaras une stature prodigieuse et une longévité non moins fabuleuse décroissant progressivement depuis Yrishabha, représenté par le Taureau, qui mesurait 500 toises et vécut 8.400.000 grandes années, jusqu’à Pàrçmnâtha, figuré par le serpent, qui vécut 100 ans et n’avait plus que la taille ordinaire des hommes.
Nous empruntons encore à un récent travail de M. de Milloué quelques explications sur A’dmîi, représenté par la conque®. « Adm^, Arishta N êmi ou Néminâtha était fils du roi Samudravijaya et de la reine Çivâ, de la race A Harivansa. Ambika est sa Sâsana ; il a le teint noir et une conque lui sert d’emblème. 11 est né à Sari, dans le Srâvan^, dans le premier mois de la saison pluvieuse, sous la constellation de Chitra, se fait ascète à l’âge de 300 ans, au lieu de Dvârakâ (en Mâgadhi Baravavâe) et meurt sur le mont Girnar après avoir vécu 700 ans de la vie d’ascète, ce qui donnerait à sa carrière une durée totale de 1.000 années^, pendant lesquelles il ne demeura que 55 jours à l’état d’ascète imparfait. D’après une légende citée par
1 L. de Milloué, 1883. Catal. du Musée Guimet, U® partie, Introduction, p. xliii.
2 L. de Milloué, 1884. Essai sur les Jaïns, in Museon, Louvain.
3 J. Burg-ess (Papers on Satrunjaya, in Ind. Ant., n, p. 138), remarque que Stevenson identifie Sari ou Saryapura à Agra, tandis qu’on s’accorde généralement aujourd’hui pour en faire une ville de Katliiâvàd.
* J. Stevenson, Kalpa Sûtra, p. 98. — Colebrooke, Observations on the Jaïns, in As. Rev., ix.
M. Burgess^, sur la foi d’un prêtre Jaïn, Némi aurait excellé dans tous les genres d’exercice et principalement dans ceux qui demandent de la force. Son cousin Krishna, jaloux de sa supériorité (il l’avait vaincu au jeu de la conque), demanda aux Gopis^ de lui inspir er des pensées amoureuses et de le déterminer à se marier afin de lui faire perdi-e sa force surnaturelle. »
Nous ignorons malheureusement par quelle coquille Némi était représenté ; nous n’avons trouvé à ce sujet aucun document susceptible de nous éclairer. Les prêtres Jaïns, plus peut -être que tous auti’es, sont avares de leurs dieux et n’en laissent pas facilement reproduire les images. Quoi qu’il en soit, il importe toujours de retenir cette singulière parenté entre Némi représenté par la conque et son cousin Krishna qui, lui aussi, a la conque parmi ses attributs.
Parfois aussi, la conque quitte la main des dieux pour devenir amulette entre les mains d’un simple mortel. M. Guimet nous a montré une de ces amulettes en bronze (fig. 4) affectant la forme d'une boucle et représentant la
conque de Krishna. Le dessous est orné do boucles en tous sens pouvant recevoir une agrafe ou un cordon. L’ensemble représente la coupe longitudinale passant par le grand axe d’un Gastéropode analogue à quelque grand Triton ; les caractères aperturaux, la base de la columelle se distinguent très nettement ;
1 J. Burgess, Papers on Satrunjaya, '\n Ind. Ant., ii, p. 138-139.
2 Compagnes de Krishna, nymphes ou simples bergères, initiées par le dieu aux séductions de l'amour. Voir Burnouf : Bhdgavata Pu)âna, et Th. Pavie ; Lrgende de Krishna.
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mais, par nno singuliùro idée de l’artiste, et sans doute pour mieux faire ressortir la disposition spirale de la coquille, le milieu de l’amulette représente une volute en continuité de trait avec la base de la columelle,’ comme si l’on avait rabattu sur ce môme plan, passant par le grand axe de la coquille, la projection verticale d’une section transversale ou perpendiculaire au grand axe.
A des époques plus modernes, nous retrouvons encore la conque, non plus seulement entre les mains des dieux, mais dans celles de leurs prêtres. Au Japon, par exemple, à l’heure de la prière, les prêtres se servent de la conque pour appeler au temple leurs fideles. La conque ferait également partie de l’orchestre sacré des Japonais. Il existe dans les galeries du Musée Giiimet, une charmante petite statuette représentant un prêtre bouddhiste de la secte Sin-gon entonnant de la trompe dans une sorte de grand Triton qu’il tient élevé à la hauteur de ses lèvres. On sait, du reste, que, de tous temps, les peuples se sont ingéniés pour se créer des instruments de musique, dont quelques-uns sont souvent fort singuliers. Au Tihet, par exemple, la trompette religieuse, dite Schlagintweit, est faite avec un fémur humain évidé de sa moelle, muni à Tune de ses extrémités d’une sorte d’embouchure et terminé à l’autre par un pavillon. Les fémurs des saints tibétains donnent, paraît-il, des sons beaucoup plus beaux que ceux des simples mortels. Peut-être de même les conques sacrées ou sénestres rendent-elles des sons plus suaves et plus harmonieux que ceux des conques ordinaires.
Quoi qu’il en soit, la conque et les joueurs de conque figuraient dans les fêtes religieuses bouddhiques. Dans le Dâthâvança ou histoire de la Dent de Gautania Bouddha, on donne la description d’un char destiné à porter la Dent- Relique de Dantai)ura, dans le royaume de Kalinga, à Pàtaliputta, dans celui de Pându ; ce char est attelé de chevaux « blancs comme l’intérieur de la coquille appelée conque^ ». En outre, dans la description de la procession de la Daladâ ou Dent -Relique, on voit figurer à plusieurs reprises des joueurs de chank, çankha ou conque pêchée au large de la côte nord-ouest de Geylan
^Le Dâthâvança, Histoire de la Dent-Relique du Gotama Bouddha, poème épique pâli de Dhammakitti, traduit eu français d’après la version anglaise de sir Coomâra Swâmy, chap. in, verset 4.
2 Mémoire sur l'histoire de la Dent-Relique de Ceijlan, p ir M. Gerson da Gunha, traduit de l’anglais, in Annales du Musée Guimet, t. VII.
Dans le Lalita vistara, au teini>s de la naissance du Bôdhisattva,cc sont des jeunes filles qui portent au cou la conque sacrée ; « suspendues dans l’étendue des deux et montrant la moitié do leur corps, les filles des Mayas furent aperçues tenant les divers ustensiles du sacrifice... Plusieurs centaines de mille de filles des dieux portant des conques, des tambours suspendus à leur cou, furent aperçues immobiles et attendant P »
Un pareil instrument devait nécessairement faire partie do l’orchestre sacré des anciens Indous. En effet, dans rénumération des instruments sacrés qui font entendre au Bôdhisattva « les sons agréables do leurs accords, les sons variés et retentissants do leur symphonie pendant qu’il veille», le Lalista vistara cite : les conques, les tambours, les timbales, les tambours d’airain, les harpes, les luths, les tambourins, les cimbales et les fiâtes. Gomme on le voit, dans ce singulier orchestre, la conque tient la tête des instruments et elle représente, avec la flûte; la totalité des instruments à vent ; nous avons peine à croire qu’un pareil assemblage produise par ses « accords », des sons « variés et bien agréables » ^ !
Longtemps aussi la conque servit dans les combats pour ramener auprès des chefs les guerriers dispersés. Les chefs Pindaris et Marathes, nous écrit à ce sujet M. Boiirquin, s’en sont servi dans les combats jusqu’au commencement de ce siècle. Autrefois, chaque chef donnait à sa conque un nom spécial. Dans le premier chapitre de la BJuu/avadgila, depuis le verset 14, on lit : « Alors (Bhishma) son parent et l’un des anciens chefs des Kurus, sonna plein d’ardeur sa conque sacrée, appelée le Rugissement du Lion. Puis tout à coup, les conques, les caisses, les cymbales, les tambours, les cornes entremêlant leurs sons, font entendre une voix tumultueuse. Alors (Krishna) le Tueur de Madhu et (Arjuna) le fils de Pandu, assis sur un noble chariot traîné par des coursiers blancs, sonnent aussi leurs conques célestes. Le seigneur des sens (Krishna) sonne de sa Pânçajanya ; l’acquéreur des richesses (Arjuna) sonne de sa Devadatta (Dieu-donnée) ; Bhisma, l’affamé au ventre de loup, sonne sa glorieuse conque la Paimdra (do Pimdra, démon tué par Bhima) ; le roi Yudhishthira, fils do Kunti, sa conque Anantavi-
1 Lalita-vistara, ou Développement des jeux, par M. P.-E. Foucaux, in Ann. Musée Guimet t. VI, p.74.
- Lalita vistara, Loc. cit., p. 148.
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jayam (victoire éternelle) ; Nakula enfin et Sahadeva sonnent leurs conques Sughosa (voix douce) et Manipuslipaka (la fleur des perles). »
La conque guerrière existe également, paraît-il, au Japon. M. Emile Guimet dans ses Promenades japonaises^, nous raconte, en effet, que l’on montre, dans le temple de Kamakoura, le casque et la conque marine de Yé yas, Shiôgoun qui transporta à Yédo la cour dos lieutenants du Mikado. Go fut ce môme Yévas qui ordonna la persécution des chrétiens à la fin du seizième siècle. Mais, dans tous les cas, le symbolisme de la conque est de date hien plus récente au Japon que chez les Indous.
De l’usage que l’on fit de la conque dans le culte, soit comme trompette d’appel du peuple aux sacrifices, soit comme instrument d’invocation ou d’appel aux dieux, vint l’idée d’adoration qu’on lui rendit. Car l’Indou voyait dans tous les objets, et particulièrement dans ceux mis en usage pour le sacrifice, l’idée de Tàme universelle (Brahni). Il en arriva ainsi à adorer la conque, et à l’in voquer comme il le faisait à jjropos du feu du sacrifice, de l’objet sacrifié, de l’autel, du bois, du beurre sacrificatoire, et môme de l’acte du sacrifice. La conque fut donc adorée; et parmi les objets du sacrifice, elle a joui d’un culte plus prolongé, par exemple, que celui de la sonnette, à cause des anciennes associations à la fois guerrières et mythologiques, telles que celles de l’ori gine du Panchajanya, et des grands services que ces conques-trompettes rendirent dans la guerre civile des Pandavas et desKaurovas.
Dans le Brahnakarma ou Rites sacrés des Brahmanes, traduit du sanscrit par M. A. Bourquin*. Voici comment se faisait cette adoration de la conque sacrée (325) : « On prend la conque et Tondit : « A l’ouverture de cette conqueest le dieu de la lune (326), sur son côté est Varuna (327), sur son revers
* E. Guimet, Promenades japonaises, t. I, p. 103.
2 A. Bourquin. Brahmakarma, ou llites sacrés des Brahmanes, traduit du sanscrit, in Ann, du Musée Guimet, t. Vil, p. 56.
(325) « Grande coquille marine fortement recourbée en sj)irale, et à la pointe de laquelle un trou est percé afin de s'en servir comme de trompette dans le culte. »
(32o) « C’est-à-dire l’esprit qui vit dans la lune et la dirige, comme Nàràyana est l’esprit et le dieu du soleil. »
(327) « On ne peut rien dire de bien précis relativement aux attributs de la divinité du cinquième monde, ni de Varuna et Indra, les deux divinités suivantes du sixième et septième monde, sinon qu’elles se trouvent toutes trois dans les plus anciens hymnes et qu’elles semblent résider dans les hauteurs les plus élevées {Brahmakarma, p. 13, note 57 ). »
LES COQUILLES SACUEES
Prajapati (328), et sur sa pointe, lo Gang-e, la Sarasvati, et tous les autres fleuves sacrés des trois mondes dans lesquels on fait des ablutions d’après l’ordre de Vâsudeva (329). Dans cette conque se tient le chef des Brahmanes (330). C’est pourquoi l’on doit adorer la conque sacrée. Gloire à toi, conque sacrée, bénie parmi tous les dieux, née dans la mer et que Vischnou tint autrefois dans sa main. Nous adorons la conque sacrée et en faisons notre méditation. Qu’elle nous remplisse de joie ! — J’oflre (à la conque) tout ce qu’il faut pour l’adoration ! des parfums, du riz et des tleurs. » — Ici l’on fait le signe de la conque (331 ). »
Cette conque sacrée n’existe pas seulement dans rimagination des auteurs anciens de livres religieux. Quoique certainement des plus rares, par suite de sa forme anormalement sénestre, on la rencontre néanmoins quelquefois dans les mers. De tous temps, elle a été recherchée par les pêcheurs avec le plus grand soin, et aujourd’hui encore, outre sa valeur vénale toujours très grande, elle constitue une source de bonheur, de félicité et de prospérité pour l’heureux mortel qui peut la rencontrer.
M. Guimet, au retour de ses voyages nous a, à ce sujet, rapporté les faits suivants : A une certaine époque, les Hollandais tiraient de Tuticorin des revenus considérables. Outre les toiles qu’on leur apportait de Maduré, et qu’ils échangeaient k Tuticorin avec le cuir du Japon et les épices des Molluques, ils obtenaient encore un grand profit de la pêche des perles et du Xanxus. Une tradition brahmanique conte que l’ini des compagnons de Rama, dans son expédition à Geylan, poursuivi en mer parmi Rahshasa, ogre ou démon, fut obligé de se cacher dans un de ces derniers coquillages ayant ses volutes enroulées de gauche à droite. Au moment de la pêche, en janvier, des milliers d’indigènes restés fidèles au Brahmanisme, arrivaient à Tuticorin pour voir s’ils allaient enfin pêcher le Xanxus ayant ses volutes enroulées de gauche à droite.
Nous trouvons encore cette idée de la conque sénestre dans un vers sans ■
(Sâ8) « Prajâpati, maître des créatures, est un être divin, pOète sae.é, une espèce de progéulteur du genre liumain. »
(329) « Un des noms de Krishna. »
(330) « Brahmendraou Bralimansaspati, être divin, considéré comme chef des Brahmanes et, comme tel, médiateur par excellence entre les dieux et les humains. Il est aussi appelé Brihaspati ».
(331) « Je n'ai pu découvrir la hianiére de faire ce signe. >1
Ann. g. — vu
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crit dont l’auteur est inconnu, mais qui se trouve dans le Sdliitya-Darpana, traité de rhétorique du XV" siècle, et dont voici la traduction telle qu’elle nous est donnée par M. Regnaud, professeur à la faculté de Lyon : « Hélas! j’ai réduit en poussière un coquillage dont les circonvolutions étaient dirigées de gauche à àvo\\.Q (daksinàvartta) , dans la seule intention de faire disparaître une gerçure qu’un grain de sable avait produit dans ce vase d’argile L »
C’est donc, comme on le voit, toujours cette même coquille sénestre vivant anormalement au sein d’une colonie de coquilles dextres qu’il s’agit de trouver ; c’est toujours la coquille rare, la conque sacrée. Elle existe pourtant J nous avons pu nous en assurer. M. G. Nevill, directeur du musée de Calcutta, nous écrit que chaque année on envoie des quantités considérables de Turhinella j^yrum et T. rapa pêchés sur les côtes de Ceylan, à Dacca et au Bengale par Calcutta. A Dacca, il existe toute une grande in dustrie qui a pour objet la fabrication, avec ces coquilles, de bangles ou bracelets, de pendeloques, de fétiches de toutes sortes, etc. ; de temps en temps, on trouve dans le nombre une coquille sénestre ; c’est la conque sacrée qui doit porter bonheur à son heureux propriétaire. Eu 1882, une pareille coquille a été vendue aux enchères, à Calcutta, au prix de 450 rupees, soit près de 1.000 fr. de notre monnaie ; c’est beaucoup, sans doute, pour une seule coquille, mais c’est certes bien peu, si elle doit être la source de tant de félicités pour celui qui la possède...
11 importe de faire observer que le genre Turhinella n’est point le seul qui présente de pareilles anomalies. La plupart des espèces normalement dextres peuvent avoir des monstres sénestres. Dans tous les traités de conchyliologie, on cite des listes composées de coquilles inversement enroulées. Certaines espèces même, sont tantôt dextres, tantôt sénestres. Pour fixer les idées, nous dirons que la proportion de coquilles sénestres par rapport aux coquilles dextres chez Vlldix pomatia vulgairement connu sous le nom d’escargot de Bourgogne, est demi sur vingt mille environ, dans la partie centrale du bassin du Rhône, c’est à- dire là où il est le plus abondamment
* Le tiaducleiu' anglais du Sâhiti/a Darpa'àa ajoule en inUe : « Sucli a concli-Sell is believed to ei sure prosperity to the house in wliich it remains. »
2 llelix pomatia, Linnée, 1T58. Systema nalurx, édit. X, I, p. 771.
répandu, et là aussi où on lui fait la chasse la plus active pour l’envoyer sur nos marchés.
Cette idée de la coquille marine sacrée n’appartient pas exclusivement au peuple indou. Elle aurait eu dans l’antiquité une bien plus grande extension. Il nous a paru intéressant de rapprocher des faits que nous venons de signaler un passage d’Elien, où il rapporte une légende tout à fait analogue à celle du Panchajanya ou du Xanxus, mais relative à un tout autre pays : « Les Strombes ont un roi, auquel ils obéissent avec lapins grande docilité. Ce roi ne se distingue pas seulement par sa grandeur, mais aussi par sa beauté. S’il lui paraît avantageux de plonger, il le fait avant tous ; si, au contraire, il veut émerger, il commence avant tous les autres; de même aussi, s’il s’agit de se mettre en route, c’est lui qui ouvre la marche, et les autres le suivent. Le pêcheur assez heureux pour capter ce roi réussira dans tout ce qu’il entreprendra, et même celui qui assisterait à la prise de ce roi, s’en va tout joyeux persuadé de sa bonne fortune. A Byzance, on récompense celui qui a fait une telle capture ; tous les autres pêcheurs lui donnent un drachme attique ^ ».
Il est bien évident que la conque, ou Slrombe de Byzance, n’appartient pas à la même espèce que celle de la mer des Indes. Mais il est certainement très curieux de retrouver cette même idée, cette même légende, basée sur la pêche d’une coquille sacrée, source de prospérité pour celui qui doit la pos séder, chez des peuples aussi différents. Il est probable qu’il faut admettre que l’idée première de cette légende a eu son berceau dans l’Inde à une époque très reculée, et qu’elle est parvenue en Occident, jusqu’à Constantinople, à la suite des grandes expéditions en Orient de Darius ou d’Alexandre.
Admirateur de tout ce qui touche au merveilleux, l’homme a toujours aimé à rechercher ces bizarreries de la nature qu’il ne pouvait la plupart du temps, interpréter ni comprendre. Souvent même, trouvant que le monde qu’il connaissait n’était pas assez prodigue de ces monstres fantastiques, c’est dans son imagination qu’il les a enfantés, et Dieu sait combien l’histoire des anciens est féconde en incroyables légendes ! aussi avec quelle ardeur il devait s’attacher aux monstres réels, palpables, visibles aux yeux de tous, puisqu’il pou-
• ClauJius Ælianus, De natura animalium , de Stromboi. — Elien, écrivain du IIU' siècle, vivant à Rome sous Iléliogabale et .ALxandre Sévère.
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vait alors donner un semblant de vérité à sa propre fiction! La conque sénestre des Indous doit donc prendre rang- à coté de ces singularités naturelles connues sous les noms de Trèfle à quatre feuilles, d’Ibis noir, de Aleiie ou d’Eléphants blancs et tant d’autres analogues. Ce ne sont pas de simples mythes comme on serait tenté de le croire, mais bien de véritables cas tératologiques recherchés, fêtés ou mémo adorés, non point parce qu’ils sont beaux, mais simplement parce qu’ils sont rares.
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