‹ Les coralliaires et les ©les madr©poriquesChapitre 6 sur 8 · ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L AVANCEMENT DES SCIENCES · texte numérisé non relu

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ducteurs et des individus préhenseurs. Chez les Spinipora, comme chez les Polypes hydraires ordinaires, ces individus sont disposés d'une façon quelconque. Mais, dans d'autres espèces, les individus préhenseurs, tout en demeurant indépendants, viennent se ranger en cercle autour des individus nourriciers dont ils semblent les serviteurs. Les Polypes hydraires qui présentent les premiers cette disposition ne sont autres que les Millépores que nous avons signalés en tête des espèces aptes à former des récifs. Chez les yl//o;)om(fig. 18), les individus préhenseurs se rapprochent davantage de l'individu nourricier; une même muraille entoure tous' ceux qui se groupent autour de chacun de

Fig. 17.— Spinipore, épineux. — a, individu nourricier; 6, individu prélienseur; c, loges des individus; d, réseau de canaux qui unit les Polypes.

Fig. -18. — Allopore profond. A, gaine dans laquelle se relire le Polype nourricier G ; t, tonlacuies de cet individu; D, individu préhenseur; h, cloisons qui les séparent; 0, individu reproducteur ; V, vaisseaux unissant les Polypes.

ces derniers; les individus préhenseurs demeurent d'ailleurs séparés les uns des autres par des lames imprégnées de calcaire qui viennent s'appuyer sur la muraille et constituent avec elle un véritable calice. Les Stylasler, autres formes productrices de récifs, différent des AHopora parce que de petites lames calcaires s'élèvent à l'intérieur de chaque individu préhenseur. Ces lames intercalées entre les cloisons de séparation des divers individus prendront tout à l'heure une grande importance. Mais poursuivons la série de ces transformations, nous arrivons aux Cryptohelia (fig. 19), dans lesquelles chaque calice est recouvert d'un petit chapeau. Ici les individus préhenseurs sont tellement serrés autour de l'individu nourricier, qu'ils lui servent de bras; ce dernier n'a plus de tentacules, ce n'est qu'un simple estomac. Un pas de plus, les cloisons qui séparaient les individus préhenseurs disparaissent; il ne reste plus que les lames qui pénétraient à l'intérieur de chaque Polype et qui sont

K. PEURIER. — LES COUALLIAIRES ET I,ES il,ES MADIIÉPORIQUKS 11>

rayonnantes comme elles. Les individus préhenseurs, demeurés libresdans la partie qui dépasse l'individu nourricier, se soudent entre eux et se soudent à

Fig.l9. — Cryplohélie pudiquu. — A, vue Je pr.)(il d'un système formé d'un individu nourricier et d'un cercle d'individus préiienseurs; h, un semblable système vu de face et dont l'opercule a été brisé pour montrer les Polypes rétractés; G, coupe de l'individu [nourricier dépourvu de tentacules; U, individu préhenseur; 0, individu reproducteur ; J, larve; K, opercule; V, vaisseaux.

Ftçr. 20. — Coupe dans une Coralliaire«. ; liniulratit l'individu nourricier passé au

rani,' d estomac, les individus préhenseur- ii;i;--i'- un rang oe tentacules continués par des loges qui s'ouvrent comme reslomac dans une cavité commune; du fond de chaque loge pari un vaisseau.

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lui dans la partie qui lui correspond. 11 n'y a plus besoin de vaisseaux pour les faire communiquer entre eux. Dans chaque système, la cavité interne de l'individu nourricier et celles des individus préhenseurs s'ouvrent dans une cavité commune. Cet ensemble, qui rappelle une fleur dialypétale, comme la Méduse rappelait une fleur gamopétale, est ce qu'on appelle un Polype coralliaire (fig. 20). Des Madrépores aux Fongies tous ces Polypes sont constitués de la même façon; tous se ressemblent exactement; les calices de Polypiers ne sont autre chose que l'ensemble de la muraille qui entourait chacun d'eux et des lames contenues dans chaque Polype préhenseur passé à l'état de tentacule. Ces lames alternent naturellement dans le Polype avec les cloisons membraneuses qui résultent de la soudure des parois voisines des individus préhenseurs consécutifs.

Nous venons de comparer un Polype coralliaire à une fleur ; de fait, que l'on jette les yeux sur quelque fond de mer peuplé de ces gracieux animaux (fig. 21), l'élégance et la similitude des formes, l'éclat des couleurs, tout contribuera à faire illusion ; il semblera qu'on soit en présence d'un parterre luxuriant dans lequel les corolles se pressent au point de cacher le feuillage, et [Marsigli avait bien raison quand il aflirmait avoir vu fleurir le corail. Les baigneurs de nos plages éprouvent encore cette impression lorsqu'ils baptisent du nom à! Anémones de mer les Polypes coralliaires mous, sans Polypiers, vivant solitaires comme les Fongies, et qui abondent sur toutes les côtes. Mais ces fleurs charmantes de la mer, tout autres que celles de nos jardins, se meuvent, chassent, mangent, exigent pour vivre tout un ensemble de conditions variables avec chaque espèce et qui, bien connues pour celles qui forment les récifs, vont nous fournir l'explication de plusieurs des particularités que présentent les bancs madréporiques.

Frileuses, elles ne peuvent prospérer si la température s'abaisse, même momentanément, au-dessous de 20 degrés. Avides de lumière et d'oxygène, elles ne commencent à prospérer qu'à moins de 40 mètres de profondeur; et la perpétuelle agitation des vagues, en saturant l'eau d'oxygène, leur est tout particulièrement favorable. Éminemment délicates, la moindre impureté de Feau les tue ; elles ne peuvent vivre au milieu des eaux chargées de sédiments, ni là où les eaux douces viennent déverser les matériaux qu'elles transportent dans leur cours.

Ces diverses propriétés entraînent invinciblement les conséquences suivantes : les Coralliaires producteurs de récifs ne pouvant supporter une température inférieure à 20 degrés, les bancs et les îles de Corail ne se rencontreront qu'entre les lignes où la plus basse température de l'année n'atteint pas ce chiflre; ces lignes diffèrent peu des isochimènes de 20 degrés. La température de la mer s'abaisse à mesure qu'on s'éloigne de la surface : en aucun cas, les Coralliaires ne pourront s'implanter à une profondeur telle que la température n'y atteigne pas au moins 20 degrés ; il faut peut-être ajouter cette raison à celles par lesquelles nous avons expliqué l'absence de bancs de Coraux au-dessous de 40 mètres. L'heureuse influence de l'agitation des vagues sur la croissance des Coraux aura pour conséquence d'amener un exhaussement de toute la partie des récifs située contre le vent dominant; les atolls seront, par suite, fréquemment ouverts sous le vent. Dès que les formations coralliennes auront

E. PERRIER. — LES (.OnALMAlRES ET LES IlES M ADnÉPOniQUES 21

(h'passé corlaiiics (liincnsions dans le sens hori/.(Mi(al, loues partios oxtcrnos prnli'gci'Oiit leurs pari iis iulci'iit's cumIim» le clioc des vaL^ues ; res parties in-

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ternes, vivant dans une eau moins agitée, s'accroîtront moins rapidement que celles qui les protègent; toutjjbanc de Corail aura donc une tendance à se rele-

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ver sur ses bords, à prendre la forme d'une coupe, et les seules parties qui arriveront à émerger seront par conséquent disposées en anneau. Cela suffit à expliquer la forme des atolls, et, jusqu'à un certain point, l'existence du chenal caractéristique des récii's-barrières. Cela explique aussi pourquoi la paroi des récifs tournée vers la haute mer est toujours à pic ou même en surplomb. Enfin, l'action délétère des eaux saumâtres et des eaux impures sur les Polypes laisse prévoir que les récifs seront partout interrompus en face des rivières, en face des vallées où se forment des torrents dans la saison des pluies, dans les anses tranquilles où se fait une abondante sédimentation, et même sur tout le pourtour des îles et des continents qui subissent de la part des eaux de pluie de trop fortes érosions ; de là, les passes nombreuses qu'on observe dans tous les récifs coralliens, et qui donnent accès vers la terre; de là, l'élargissement du chenal qui sépare les récifs-barrières de la terre.

On comprend d'ailleurs très bien que les Madrépores élèvent graduellement leurs constructions jusqu'à un niveau légèrement supérieur à celui des plus basses mers; une exposition à l'air libre de quelques heures tue à la vérité les Polypes; mais la mort de ceux qui ont subi quelque dommage de cette exposition n'entraîne pas celle des autres, qui les ont bien vite remplacés pendant la durée des moins fortes marées. Une certaine limite une fois atteinte, tous les Polypes de la surface meurent cependant pour une autre cause; la mer, en effet, rejette une foule de débris à la surface du banc, dont tous les interstices sont peu à peu comblés; les Nullipores viennent s'y implanter et forment une véritable couche protectrice. Chaque forte maiée, chaque tempête élevant plus haut les vagues exhausse le banc en déposant à sa surface des matériaux, qui ont le temps de se consolider avant d'être de nouveau atteints par les eaux ; alors interviennent les oiseaux de mer, les vents qui apportent eux aussi de nouvelles parties solides, et enfin les graines et les œufs d'oîi sort la première population de l'île nouvelle.

Jusqu'ici rien que de très facile à saisir ; mais le genre de vie des Coralliaires producteurs de récifs vient soulever une difficulté inattendue. Si l'on peut trouver des Coralliaires à toutes les profondeurs de la mer, les espèces vivant en colonies puissantes, seules aptes à former des récifs, ne peuvent vivre audessous de 40 mètres de profondeur. Ce devrait être là la hauteur maximum de la partie submergée d'un banc de Corail, la profondeur maximum des chenaux des récifs-barrières, des lagunes centrales des atolls. Or le chenal du récif-barrière de l'Australie atteint SO mètres de profondeur, celui de la Nouvelle-Calédonie 120 mètres; la lagune centrale de l'atoll des Chagos présente en certains points 100 mètres de profondeur; d'autre part, divers calculs attribuent aux récifs de Yanicoro, des îles Gambier, des Viti, une épaisseur dépassant parfois de beaucoup 500 mètres. Si toutes ces données sont exactes, il faut bien admettre que le pied des récifs, qui n'a pu être primitivement à plus de iO mètres de profondeur, s'est enfoncé peu à peu sous les eaux. Un semblable affaissement d'un récif qui croît surtout le long de son bord externe explique d'ailleurs à merveille comment un récif-frangeant entourant complètement une île devient un récif-barrière, dès que cette île s'enfonce à plus de 40 mètres, et un atoll, lorsque les plus hautes montagnes de l'île sont entièrement submergées.

Ainsi l'énorme quantité de récifs-barrières et d'atolls parsemés à la surface du grand Océan serait une preuve que le fond de cette immense mer ^'abaisse lentement sous les eaux, et les nombreux volcans distribués sur ses

rivages et dans quelques-unes de ses îles ne serait qu'un effet secondaire do cet affaissement. L'écorce terrestre, en se contractant, forcerait la lave à jaillir par tous les points où elle vient à se briser. Un majestueux pliénomène ^^éolo- {,'ique nous serait ainsi révélé par les modestes Zoophytes dont nous venons de conter l'histoire.

Bien plus, cet affaissement ne saurait permettre la formation d'atolls que s'il s'accomplit dans des conditions déterminées.

S'il se produit par saccades, il faut qu'il ne porte jamais la surface supérieure du banc au-dessous de -40 mètres. S'il s'accomplit lentement et d'une manière continue, ce qui est plus probable, il faut que la vitesse de l'atlaissement du sol soit moindre que la vitesse de l'exhaussement du banc; sans quoi la surface supérieure de celui-ci serait nécessairement, au bout d'un certain temps, portée plus basque 40 mètres et alors tous les Polypes mourraient. Ceci donne la mesure du temps nécessaire pour que les fondations d'un récif de Corail puissent descendre à une profondeur de 500 mètres. En effet, si quelques-unes des espèces qui composent un récif madréporique, les espèces branchues notamment, croissent à l'état isolé avec une certaine rapidité, parfois de plusieurs décimètres par an, le récif tout entier doit lutter contre des causes multiples de destruction : la violence des vagues, la voracité des animaux qui dévorent les Polypes, l'activité incessante d'une foule d'organismes perforants : éponges, vers, mollusques, etc. Tout compte fait, le récif ne s'exhausse guère que de G™ ,002 au plus par an. Un récif de 500 mètres de hauteur exigerait donc au moins 250 000 ans pour s'éditier. Or, pendant cette longue série de siècles, rien n'a changé autour de lui : 250 000 ans, 2500 siècles, voilà donc la plus faible duiée que, d'après ces chronomètres d'un nouveau genre, on puisse assigner à l'époque actuelle! Voilà les conséquences inattendues, bien faites pour frapper l'imagination, auxquelles l'étude des bancs de Coraux a conduit l'homme de puissant génie à qui la Science doit le beau livre sur l'Origine des espèces.

La théorie de Darwin, également soutenue par le plus illustre des géologues américains. Dana, était trop simple, trop brillante, trop féconde; elle présentait avec les faits un accord apparent trop complet pour ne pas entraîner, en quelque sorte d'enthousiasme, l'adhésion des hommes de science. Une réaction s'opère aujourd'hui. Durant ces vingt dernières années, plusieurs naturalistes ont eu occasion d'étudier de très près, et avec des moyens d'investigation perfectionnés, un certain nombre de formations coralliennes. En 1851, Louis Agassiz croyait devoir donner une tout autn; explication des récifs de la Floride; en 1863 et 1869, M. Semper, de Wiirzburg, déclarait que les récifs des ilcs Pelew ne lui paraissaient pas explicables par l'hypothèse d'un simple affaissement; M, Rein prolestaitun peu plus tard pour les Bermudes. Étudiant à nouveau les récifs de la Floride, M. Alexandre Agassiz arrivait à explitiuer par le simple jeu des courants la constitution des plates-formes sur lesquelles s'étaient établis les Coraux constituant les récifs des Bermudes: et M. Murray, l'un des naturalistes du ChaUençjer, mettant à protit pour approfondir la question le célèbre voyage autour du monde de ce bâtiment, arrivait, après avoir examiné notamment Tahiti, où Darwin avait surtout étudié les formations coralliennes, à des conclusions tout autres que celles de son compatriote. L'exacte

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configuration du récif de Tahiti, dont Darwin n'avait qu'une idée incomplète, s'explique facilement sans qu'il soit nécessaire de faire intervenir aucun aft'aissement.

La partie abrupte du récif n'a pas plus de 70 mètres de hauteur, et il n'est pas certain qu'elle soit uniquement faite de Madrépores ; elle est suivie d'une pente inclinée à 40 degrés, formée de blocs de calcaires madrcporiques arrachés aux flancs du récif et figurant une sorte de pente d'éboulement au pied d'une falaise. L'inclinaison de cette pente se conserve jusqu'à une distance horizontale de 360 mètres du pied du récif; puis elle s'adoucit et la sonde ne rencontre plus alors que du sable corallien disposé sur une pente d'environ 20 degrés; enfin le sol n'est plus incliné que de 6 degrés sur l'horizon et l'on n'y trouve que des débris volcaniques. C'est exactement ce qui arriverait si une plantation corallienne, s'étendant sans cesse dans le sens horizontal, s'établissait autour d'une ile dont les flancs auraient une inclinaison ordinaire. Le Corail formant autour de File une bordure saillante, les blocs détachés de cette bordure s'accumuleraient au-dessous d'elle, formant une falaise dont la hauteur verticale s'accroîtrait à mesure que le Corail avancerait davantage vers la haute mer. Au-dessous -de la falaise qui cesserait d'être verticale dans la zone où l'agitation des vagues commence à se faire peu sentir, il n'y aurait plus que des détritus qui se disposeraient suivant l'inchnaison que comporterait leur volume.

On ne croit donc plus aujourd'hui à un lent affaissement de tout le fond du grand Océan ; on croit au contraire à l'édification sur ce vaste sol sous-marin de constructions locales en quelque sorte, qui, peu à peu, arrivent à se hausser jusqu'au voisinage de la surface. Ce sont souvent des cônes volcaniques gigantesques, qui peuvent atteindre des proportions d'autant plus grandioses que, jusqu'à peu de distance de la surface, ils s'édifient dans un milieu tranquille qui les protège contre toute érosion, leur sommet seul étant exposé à être détruit par les vagues. Ailleurs, sur le trajet des grands courants qui vont de l'équateuraux pôles et nourrissent dans leurs eaux chaudes une immense quantité d'animaux, les débris tombant de la surface arrivent au fond en telle quantité, que les animaux se multiplient à l'infini sur ce sol toujours riche en matières nutritives. Quand ils meurent, leurs parties solides s'accumulent, et sur le trajet du courant le sol s'exhausse ainsi peu à peu. Si la direction du courant vient à croiser quelque chaîne de montagnes sous-marines, si le courant passe au-dessus de quelque pic volcanique, ces parties saillantes arrivent les premières à une distance de 40 mètres au-dessus du niveau de la mer; aussitôt les Coraux s'en emparent : un récif madréporique commence à se former. 11 n'est pas douteux que ce ne soit par une semblable sédimentation que se sont formés les bancs calcaires sur lesquels reposent les massifs coralliens qui agrandissent sans cesse de leurs bandes concentriques la presqu'île de la Floride et forment au-deyant d'elle ces bandes de kcys, ces îles de palétuviers, couvertes d'arbres, si caractéristiques de cette région.

Mais, pour s'être faits autrement que Darwin ne le pensait, les récifs de la Floride n'en ont pas moins réclamé beaucoup de temps pour s'édifier. Us sont disposés en quatre bandes concentriques qui, suivant les calculs de Louis et d'Alexandre Agassiz, paraissent avoir exigé chacune de 8 000 à 12 000 ans pour se former; il a donc fallu de .')2 000 à 48000 ans pour constituer le récif total. Or, la plus grande partie de la Floride n'est qu'un ensemble de récifs semblables entièrement soudés à la terre ferme, et l'on peut, suivant Credner,

K. l'KIIItlElt. — LES C.OUALLIAIIÎKS ET LES ILES MADRÉPORIQUES 2ij

^(tnipter que cet appareil imposant a exigé pour se Ibrmer environ quatre lois plii>^ de temps que le récil" actuel, soit, pour le tout, bien près de 200 (J(K) ans. Nous revenons au cliitfre de Darwin, il faut reconnaître loulefois que les bases sur lesquelles reposent ces calculs sont encrore trop liypulliéliques pour qu'on puisse les si^'nali'r autrement (jue connne l'indicatinn d'une niélliode dont Tapplicalion est capable de fournir des résultats d'un haut intérêt, lors- (pi'on pourra l'appliquer en complète connaissance de cause.

Après la publication des deux beaux livres de Darwin et de Dana, il semblait que la question des récifs coralliens fût résolue ; elle s'ouvre, on le voit, de nouveau. On ne peut contester que des atî'aissements aient eu lieu dans certaines régions du Pacifique : jadis, les îles de la Sonde et des Philippines ont dû être réunies à l'Asie; les Célèbcs. la Nouvelle-Guinée, la Tasmanie, la Nouvelle- Zélande ont constitué avec l'Australie un vaste continent auquel se rattachait peut-être la Nouvelle-Calédonie. Là, il y a eu de \astes territoires abîmés dans les tlots. et il n'est pfs improbable que, sur nombre de points, les récifs de Coraux se soient formés comme le veulent Darwin et Dana; mais les choses ne se sont pus passées de la même façon partout. Les phénomènes volcaniques, les phénomènes de sédimentation ont aussi fourni aux Coraux de vastes platesformes d'implantation, ce dont, avant les travaux des deux Agassiz et de M. Murra\ , on n'avait pas suHîsamnient tenu compte. Dès lors l'étude de chaque cas particulier s'impose, et de cette étude ressortira une histoire du Pacifique plus compliiiuée que celle à laquelle on s'était arrêté.

Ainsi, nos modestes Zoophytes nous posent et nous fourniront peut-être les moyens do résoudre l'un des plus beaux problèmes de la (ieologie de l'avenir; mais ce problème n'est pas le seul auquel ils lou(;hent. et si l'on résume les questions que nous avons dû effleurer au cours de cet exposé, on demeure étonné de leur nombre et de leur grandeur.

En nous faisant assister à leur retrait graduel vers la zone tropicale, les Coralliaires nous ont appris qu'il fut un temps où la température des mers était presque uniforme et supérieure à 20 degrés, où la terre n'était pas divisée en zones climatériques, et l'on en peut conclure, suivant des géologues éminenls, que les dimensions apparentes du soleil étaient alors notablement plus grandes qu'elles ne le sont aujourd'hui. Kn nous montrant des atolls et des chenaux de récifs-barrières dont la profondeur dépasse 40 mètres, ces mêmes animaux nous prouvent que, dans certaines aires, le fond du Pacifique s'est réellement affaissé; à la Floride, à Tahiti et ailleurs, ils ont conduit, au contraire, à la découverte d'un mode local d'exhaussement du sol qu'on ne soupçonnait pas. L'étude du mode de formation de leurs bancs nous met dans les mains une méthode approximative pour calculer le temps qui s'est écoulé depuis l'ouverture de l'ère géologique que nous traversons. Leur absence sur les côtes occidentales des deux Océans, l'Atlantique et le Pacifique, est liée peut-être à la direction des courants, qui touche a son tour au mode de rotation d(! la Terre; enfin, l'histoire même de la vie sur notre globe peut être singulièrement éclairée par l'étude de nos Polypes. 11 y a dans la vaste mer où ils ao<:-omplissent leur œuvre trois sortes d'îles : les îles hautes, à noyau granitique; les îles volcaniques et les îles basses. Les îles hautes sont peut-être les restes d'anciens continents ; leur faune et leur flore peuvent être le résidu de la faune et de la flore des grandes terres d'où elles ont été détachées et nous fournissent des éléments pour la reconstitution de la physionomie de ces contrées ; c'est un problème dont plusieurs parties ont été abordées par M. Emile

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Blanchard, avec sa science profonde de zoologiste. Il est souvent difficile de décider si les îles volcaniques sont les restes de formations anciennes ou des formations nouvelles; on discute encore, par exemple, sur l'origine des Açores ou des Canaries, pourtant bien voisines de nous et qu'a visitées récemment l'expédition du Talisman, si brillamment organisée et conduite par mon éminent collègue au Muséum, M. Alphonse Milne-Edwards ; mais les îles basses ont bien incontestablement une origine récente qu'attestent et la composition de leur faune et celle de leur flore, et la façon dont elles ont été peuplées, et tout ce que l'on sait de leur mode de formation. On parle souvent d'espèces et de genres propres à ces îles ; si ces espèces et ces genres ne se trouvaient réellement pas ailleurs, ce qui n'est pas démontré, il serait bien difficile d'expliquer leur étonnante localisation autrement qu'en admettant qu'ils proviennent d'individus importés, dont la descendance se serait par la suite des temps profondément modifiée. Que de documents relatifs à la variabilité et à l'origine des espèces pourraient être dès lors recueillis par une comparaison soigneuse de la faune et de la flore de chaque île de Corail avec la flore et la faune des îles voisines!

Sans doute, toutes ces questions sont plutôt posées que résolues; mais leur solution ne paraît pas impossible; on entrevoit la méthode qui pourrait y conduire si elle était appliquée d'une manière continue, et l'on demeure profondément pénétré, après les avoir posées, de l'idée que rien ne saurait être indifférent dans l'étude de cette force sans cesse agissante que l'on appelle la Vie.

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