‹ Les coralliaires et les ©les madr©poriquesChapitre 5 sur 8 · E. PERRIER · texte numérisé non relu

E. PERRIER

splu'iique. Chez les autres espèces le calcaire du Polypier est compact. Les Ocnlines (i\g. 6) sont brancliues, d'un blanc de marbre, avec de petits calices au bout de leurs branches. Chez les Astrées (fig. 7) les calices, d'assez grande taille et arrondis, se rassemblent sur une même surface et forment une masse encroùlaiiio ; ils arrivent à se toucher chez les Aguricies et se confondent si bien chez les Méandrines (lig. 8), qu'on ne peut savoir où ils commencent, où ils iinissenl et qu'ils dessinent tous ensemble sur la surface qu'ils encroûtent fies bandes sinueuses tordues de mille façons et cloisonnées par d'innombrables lames calcaires, normales aux parois de la bande. Les Fongies (fig. 9 et 10). malgré leur grande taille, n'ont qu'un seul calice; elles sont libres et circulaires à l'iige adulte, mais fixées dans le jeune âge. Elles forment alors une sorte d'entonnoir qui se divise successivement en tranches horizontales

Kig. 10.

Foneie hérissée.

dont chacune devient une Fongie libre. Les Herpetolithes semblent au premier abord des Fongies allongées comme des limaces; les Halomitra, des Fongies gigantesques: en y regardant de plus près on voit que les cloisons de ces sortes de polypiers convergent vers certains centres épars dont chacun marque la place d'un calice particulier.

Mais les caractères que nous venons de signaler sont ceux de cette partie morte que l'on nomme le polypier et dont les masses accumulées forment le banc de corail. Dans quel rapport ces parties mortes sont-elles avec les parties vivantes qui les produisent, et que sont ces parties vivantes elles-mêmes? Il faut, pour bien le comprendre, remonter un peu plus haut dans l'histoire de la série des Polypes. Les animaux appartenant à cette longue série d'organismes se repartissent en deux embranchements : l'' les Ilydraires; 2" les Coralliaires. Ces derniers sont les vrais constructeurs de récifs, mais on ne peut les comprendre si l'on ne connaît bien les premiers.

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Les Polypes hydraires n'ont, en général, que de fort modestes proportions. On peut considérer comme leur forme type un petit animal qui fut, en 1735, l'objet d'études immortelles de la part du naturaliste suisse Trembley et qui vit dans nos eaux douces: c'est YHydre brune (fig. 11). Imaginez un petit cornet fixé par sa pointe, ouvert à son extrémité élargie qui est entourée de six à huit bras allongés qu'on nomme tentacules: voilà l'Hydre tout entière. Ses tentacules et toute la surface de son corps sont bourrés de petites capsules pleines d'un liquide \enimeux et contenant chacune un filament creux, roulé en hélice, qui se détend comme un ressort, au moindre contact, et porte le liquide venimeux dans le corps de tout animal qui vient à frôler l'Hydre ; ces capsules portent le nom de capsules urlkantes ou nématocystes (fig. 12). Tous les Polypes hydraires ou Coralliaires en sont pourvus, et leur venin est assez puissant chez

Fig. 11.

Hydre brune avec un bourgeon et un œuf.

Fig. 12. — B, un bras d'Hydre dont les Nématocystes ont été expulsés par pression. — G, Nématocyste dont le filament est en partie déroulé. — D.

œuf d'Hydre.

les grandes espèces pour produire sur la peau de l'homme une irritation semblable à une brûlure : de là le nom d'Orties de mer sous lequel on désignait autrefois ces espèces.

Quand l'Hydre brune est en chasse, elle étend ses tentacules autour d'elle, les fixant aux objets environnants ; j'ai vu ces tentacules acquérir plus de un mètre de longueur, c'e'st-à-dire près de deux cents fois la longueur du corps de l'Hydre. Ce sont alors des filaments délicats comme des fils d'araignée sur lesquels viennent s'attacher les petits animaux que foudroient en quelque sorte les nématocystes. L'Hydre replie aussitôt ses bras, les ramène vers sa bouche et y porte sa proie qu'elle engloutit peu à peu. Bien nourrie et mise au chaud, l'Hydre bourgeonne comme le ferait une plante ; il pousse peu à peu à sa surface des Hydres nouvelles dont l'ensemble forme avec elle ce qu'on nomme une Colonie. Trembley a pu, avec un peu de soin, obtenir des colonies de dix-

E. PERRIER. — LES COR ALLIAllîES ET LES ÎLES MADRÉPOFUQLES I.S

sept individus. Mais oda ost exceptionnel cliez l'Hydre lirune. dont les l)()uri,'eons s'isolent, en t,^énéral. dès qu'ils ont revêtu complètement l'aspect d'une Hydre. A l'automne, l'Hydre produitidiisieurs bourgeons qui n'acquièrent jamais ni bouche ni tentacules, mais à l'intérieur desquels se développent les œufs (fig. H et lig. 12, D). Les œufs passeront l'hiver à l'état de repos et redonneront des Hydres au printemps. Chez les Hydres, les individus qui forment les œufs ou indicidus reproductrun, ne ressemblent donc pas aux individus ordinaires, (jui seuls sont capables de manger et peuvent t'tre désignés sous le nom d'individus noun-iciers.

Chez une autre espèce d'Hydraire de nos eaux douces, le Cordylophora lacustris (fig. 13), et chez beaucoup d'espèces marines, les divers individus une fois formés ne se séparent pas; une sorte d'étui corné les soutient et la colonie

Fig. i2. — Cordylophora lacustris. — a, colonie de" grandeur naturelle; b, un rameau grossi de la colonie ; c, d,

revêt l'aspect d'un petit buisson délicatement ramifié, ou d'une masse encroûtante assez épaisse. Dans ces colonies le sort des bourgeons qui naissent sur les individus ramifiés devient parfois assez variable ; ils ne se bornent pas à former des individus nourriciers et des individus reproducteurs : ils peuvent former d'autres individus sans bouche, sans tentacules, comme les individus reproducteurs, mais qui, grêles et allongés, sont chargés d'explorer sans cesse les alentours de la colonie, de la défendre en empoisonnant ses ennemis de leurs nématocystes et de capturer au besoin les proies ; nous appellerons d'une manière générale ces individus les individus préhenseurs. Des colonies d'une espèce d'Hydraire qui revêtent d'une mousse légère les coquilles habitées par les Bernard-l'Hermite, les Hydradinies (fig. 14), ne comptent pas moins de cinq sortes d'individus ayant chacun son rôle à jouer, se partageant la besogne, étroitement solidaires et transformant ainsi la colonie en un véritable organisme dont ils sont les organes.

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Chez de nombreuses espèces d"Hydraircs, un certain nombre d'individus préhenseurs se groupent en cercle autour d'un individu nourricier, et se soudent entre eux de manière à constituer une sorte de cloche dont l'individu nourricier serait le battant (fig. 15). Cet ensemble rappelle assez bien par sa forme une fleur à pétales soudés, telle qu'une campanule ou une digitale; la colonie, ramifiée comme une plante, fleurit comme une plante, et sa fleur est formée de Polypes modifiés, comme la fleur de la plante est formée de feuilles modifiées ; dans les deux cas, la fleur contient les éléments reproducteurs ; mais chez les Polypes elle quitte, en général, la colonie (jui l'a produite : c'est ce qu'on nomme une Méduse. Quelquefois cependant Méduses et Polypes

Fig. 14. — Hydraclinie épineuse. — ab, indiviilu nourricier; c, individu préhenseur; rf, individu reproducteur; e, individu sexué.

demeurent associés; grâce aux aptitudes locomotrices des Méduses, la colonie peut alors se déplacer nonchalamment dans l'eau, et constitue un de ces êtres aussi bizarres qu'élégants, une de ces guirlandes de fleurs animées qu'on nomme un Siphonophore (flg. 16).

Tout ceci nous montre l'extrême plasticité dont les Polypes hydraires sont doués et nous prépare à compi'cndre d'autres séries de transformations qui nous ramènent au cœur de notre sujet. Il y a des Polypes hydraires qui demeurent nus comme l'Hydre brune ou les Siphonophores , et qui forment de volumineuses colonies, dans lesquelles les individus composants sont unis entre eux par un réseau compliqué de canaux dont tous les interstices sont remplis par de la substance calcaire : tels sont les Spinipora (fig. 17). Dans ces colonies on distingue toujours des individus nourriciers, des individus repro-

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Fig. 1o. — Hydraire producteur do Méduses (Syncnryne pusillv) • «, iino colonie de Syncoryne pusilla grandeur nal.; 6, deux individus grossis de la colonie dini ! un h' porte des Méduses; c', un hras unwsi avec bouquets do nnninlocysles; d, Médnso di' syci oryno dcviMiui' libre.

Fig. 10.-1 iiu cuiL'hiv :!uiiaiii.; d iiNuics cl du -uuiluMJs i iu Mcliwiiupliore^'/'raj/a dii)hye-^).

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