RUE AUBER
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PRÉFACE
A M. FRÉDÉRIC BÊCHARD
Mon chef; ami,
"Voici donc nos Corbeaux. C'est le cas île dire à la critique, cette censure idéale: Daveniamcorvis...
Je ne vous les dédie pas ; je vous les rends. Presque ù toutes les pages, en relisant nos épreuves, j'ai retrouvé la trace de vos bons conseils el de celte collaboration qui n'a été un secret pour personne ; dans les scènes principales, le sentiment dramatique que vous possédez à un si haut degré m'a été d'autant plus secourable que j'avais, cette fois, à sortir de mes habitudes d'analyse. Grâce à vous, j'ai compris qu'un sujet pareil ne comportait pas de subtilités psychologiques, qu'il fallait aller droit au but, montrer les événements et les personnages par le dehors ; que c'était, en un mot, par l'action que devait se dessiner le caractère.
Est-ce à dire pourtant, mon cher ami, que nous devions nous résigner d'avance à voir nos Corbeaux confondus avec tous ces récits qui, sous le titre de Causes célèbres, tiennent, depuis quelques années, tant de place dans le roman-feuilleton? N'avons-nous cherché à exciter qu'une émotion violente ou vulgaire? Est-ce uniquement à la curiosité que nous nous adressons? Vous ne l'eussiez pas voulu plus que moi, vous si antipathique au scribitur ad narrandum et dont chaque ouvrage, pièce ou roman, est la mise ea action d'une vérité morale ou sociale. Si nous
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avons écrit ce livre, c'est que nous avons pensé l'un et l'autre qu'il pouvait se rattacher à tout un ordre d'utiles et graves pensées.
On s'est fort occupé, l'hiver dernier, de cette question si délicate de la réhabilitation judiciaire, et nous nous sommes réjouis de voir notre récit paraître tout juste au moment où des hommes sérieux, des législateurs, des écrivains spéciaux travaillaient à combler une lacune dont s'attristent également l'humanité et la justice.
Un de nos amis, un homme éminent et charmant, que nous venons de perdre et qui a eu l'honneur de prendre en main la cause du malheureux Lesurques, M. Gustave de la Boulie, me disait après avoir lu quelques chapitres de nos Corbeaux : « Courage ! une œuvre n'est jamais (Vivole, si elle sert une idée qui ne l'est pas. L'adoucissement dos peines n'a été qu'un progrès matériel; la réhabilitation sera un progrès moral. » Il me fit lire, à cette époque, un long et excellent article, publié dans le Droit du 50 avril, par M. Ortolan, professeur à la faculté de Paris. Vous le voyez, mon cher ami, co sont là des noms autorisés ; ce sont là des souvenirs faits pour donner à notre œuvre une valeur et un sens, quand même elle serait de pure invention, quand même nous n'aurions eu d'autre but que dintéressernos lecteurs à des infortunes imaginaires. Mais il n'en est pas ainsi. Nous avons raconté la légende; M. Saint-Marc Girardin, dans son rapport à l'Académie française sur les prix de vertu (19aoûtl858), s'est chargé de raconter l'histoire. Je ne puis mieux faire que de lui céder la parole :
« ... En 1821, un affreux assassinat fut commis à Jeu» cas (Vaucluse) sur la personne de la veuve Boyer. Un paysan de ce village, nommé Durand, fut accusé d'avoir commis le crime.
« Beaucoup de témoignages se réunirent contre lui ; cependant, il fut acquitté à une voix de majorité. Durand, pendant les débats, avait toujours protesté de son iimo-