ACTE QUATRIÈME
fasse un effet de deux mille francs à trois mois, sa signature pour moi c’est de l’argent comptant.
MARIE
Je dirai à ma mère que vous êtes venu lui réclamer deux mille francs, mais je vous le répète, il y a erreur de votre part, je suis bien sûre que nous ne vous les devons pas.
DUPUIS
Eh bien, mademoiselle, je ne sortirai pas d’ici avant de les avoir reçus. Je me suis présenté poliment, mon chapeau à la main, (n se couvre.) vous avez l’air de me traiter comme i n voleur, ces manières-là ne réussissent jamais avec moi. Allez chercher votre mère , qu’elle me donne mes deux mille francs... ou un billet... je veux bien encore recevoir un billet... sinon M. Dupuis va se fiche en colère et il fera trembler toute la maison.
Teissier rentre. — Dupuis surpris et déjà intimidé par son arrivée, se découvre*
Gardez votre chapeau. On ne fait pas de cérémonies dans les affaires. Vous avez votre facture sur vous?
DUPUIS
Certainement, monsieur, j’ai ma facture.
TEISSIER
Donnez-la moi.
DUPUIS
Est-ce qu’il faut, mademoiselle, que je remette mon compte à ce monsieur?
MARIE
Faites ce que monsieur vous dit.
TEISSIER, lisant la facture,
« Reçu de madame veuve Vigneron deux mille francs pour
solde de son compte arrêté de commun accord entre elle et moi. » Qu’est-ce que c’est qu’une note de ce genre-là? Vous ne donnez pas ordinairement le détail de vos livraisons?
DUPUIS
Nous ne pouvons pas, monsieur, recommencer cinq et six fois la même facture. La première que j’ai remise à M. Vigneron contenait toutes les indications nécessaires.
C’est bien. Je vais vous payer. Je vérifierai en rentrant chez moi.
DUPUIS
Vérifiez, monsieur, vérifiez. M. Vigneron a dû laisser ses papiers en règle.
TEISSIER
Oui, très en règle. (Portant la facture à ses yeux.) Dupuis, n’estce pas? Cette signature est bien la vôtre? Vous êtes M. Dupuis en personne?
DUPUIS
Oui, monsieur.
TEISSIER
Je vais vous donner vos deux mille francs.
DUPUIS
Vérifiez, monsieur, puisque vous le pouvez. J’attendrai jusque-là.
TEISSIER
Vous êtes bien sûr que M. Vigneron au moment de son décès vous devait encore deux mille francs?
DUPUIS
Oui, monsieur... oui, monsieur. Il faudrait que ma femme eût fait une erreur dans ses calculs, mais je ne le pense pas.
Votre femme n’a rien à voir là-ded ;r vous qui vous exposeriez en recevant deux fois la r urne.
DUPUIS
Je ne la réclamerais pas, monsieu: , ne m’était pas
due. Je suis un honnête homme.
TEISSIER, lui tendant 1 :iJ
Voici vos deux mille francs.
DUPUIS
Non. Vérifiez d’abord. J’aime mieux ça.
\ TEISSIER
Rentrez chez vous, mon garçon, et que je ne vous voie pas remettre les pieds ici, vous m’entendez?
DUPUIS
Qu’est-ce que vous dites, monsieur?
TEISSIER
Je vous dis de rentrer chez vous. Ne faites pas l’insolent, vous le regretteriez.
DUPUIS
Rendez-moi ma facture au moins.
TEISSIER
Prenez garde de la retrouver chez le juge d’instruction.
DUPUIS
Ah! c’est trop fort! Un monsieur que je ne connais pas, qui ose me parler ainsi, en pleine figure. Je m’en vais, mademoiselle, mais on aura bientôt de mes nouvelles.
Il sort en se couvrant.
Vous êtes entour< de fripons, mon enfant depuis la mort de votre père. AJIok j retrouver votre famille.