‹ Les corbeaux; pièce en quatre actesChapitre 33 sur 110 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

eu besoin d’argent, il m’a envoyé ce que je lui demandais en se faisant tirer l’oreille, nos rapports n’ont pas été plus loin jusqu’ici.

MADAME DE SAINT-GENIS

Ecoutez bien ce que je vais vous dire, madame Vigneron, et quand bien même tnon avis tomberait à faux, prenez-ie pour règle de votre conduite. Méfiez-vous de M. Teissier.

madame vigneron.

Soit, madame, je me méfierai de lui. Mais en supposant qu’il fût mal intentionné ce n’est pas moi, c’est mon notaire qui le mettrait à la raison.

MADAME DE SAINT-GEN IS

Méfiez-vous de votre notaire.

madame vigneron.

Oh! madame.

MADAME DE SAINT-GENIS

Ne faites pas : Oh! madame Vigneron, je connais messieurs les officiers publics. On ne sait jamais s’ils vous sauvent ou s’ils vous perdent et l’on a toujours tort avec eux.

MADAME VIGNERON

Que direz-vous donc, madame, quand vous saurez que M. Bourdon, mon notaire, est en même temps celui de M. Teissier ?

MADAME DE SA I NT-GËNIS

Je vous dirai d’en prendre un autre.

MADAME VIGNERON

Non, madame; j’ai en M. Bourdon une confiance aveugle, je ne le quitterai que lorsqu’il l’aura perdus.

MADAME DE SAINT-GENIS

Il sera trop tard alors.

AUGUSTE, entrant et s’approchant de madame Vigneron.

M. Lefort présente ses compliments à madame et lui fait demander si elle a examiné son mémoire.

MADAME VIGNERON

Son mémoire ! Il me l’a donc donné?

AUGUSTE

Oui, madame.

MADAME VIGNERON

Où l’ai-je mis? Je n’en sais rien.

AUGUSTE

M. Lefort viendra voir madame dans la journée.

MADAME VIGNERON

C’est bien. Dites que je le recevrai. (Auguste sort.) M. Lefort est notre architecte.

MADAME DE SAINT-GENIS

Méfiez-vous de votre architecte!

MADAME VIGNERON

Je ne sais pas, madame, où vous avez pris une si mauvaise opinion des autres, mais, à votre place, je ne voudrais pas la montrer.

MADAME DE SAINT-GENIS

C’est bien le moins vraiment qu’on vous mette sur vos gardes; vous voyez des honnêtes gens partout.

Et vous, madame, vous n’en voyez nulle part.

MADAME DE SAINT-GENIS, se levant.

Je souhaite de tout mon cœur, ma chère madame Vigneron, pour vous, à qui je ne veux aucun mal, et pour vos filles, qui sont réellement charmantes, que la succession de M. Vigneron marche sur des roulettes; mais, en affaires, rien

Page 1