ACTE DEUXIÈME
eu besoin d’argent, il m’a envoyé ce que je lui demandais en se faisant tirer l’oreille, nos rapports n’ont pas été plus loin jusqu’ici.
MADAME DE SAINT-GENIS
Ecoutez bien ce que je vais vous dire, madame Vigneron, et quand bien même tnon avis tomberait à faux, prenez-ie pour règle de votre conduite. Méfiez-vous de M. Teissier.
madame vigneron.
Soit, madame, je me méfierai de lui. Mais en supposant qu’il fût mal intentionné ce n’est pas moi, c’est mon notaire qui le mettrait à la raison.
MADAME DE SAINT-GEN IS
Méfiez-vous de votre notaire.
madame vigneron.
Oh! madame.
MADAME DE SAINT-GENIS
Ne faites pas : Oh! madame Vigneron, je connais messieurs les officiers publics. On ne sait jamais s’ils vous sauvent ou s’ils vous perdent et l’on a toujours tort avec eux.
MADAME VIGNERON
Que direz-vous donc, madame, quand vous saurez que M. Bourdon, mon notaire, est en même temps celui de M. Teissier ?
MADAME DE SA I NT-GËNIS
Je vous dirai d’en prendre un autre.
MADAME VIGNERON
Non, madame; j’ai en M. Bourdon une confiance aveugle, je ne le quitterai que lorsqu’il l’aura perdus.
MADAME DE SAINT-GENIS
Il sera trop tard alors.
AUGUSTE, entrant et s’approchant de madame Vigneron.
M. Lefort présente ses compliments à madame et lui fait demander si elle a examiné son mémoire.
MADAME VIGNERON
Son mémoire ! Il me l’a donc donné?
AUGUSTE
Oui, madame.
MADAME VIGNERON
Où l’ai-je mis? Je n’en sais rien.
AUGUSTE
M. Lefort viendra voir madame dans la journée.
MADAME VIGNERON
C’est bien. Dites que je le recevrai. (Auguste sort.) M. Lefort est notre architecte.
MADAME DE SAINT-GENIS
Méfiez-vous de votre architecte!
MADAME VIGNERON
Je ne sais pas, madame, où vous avez pris une si mauvaise opinion des autres, mais, à votre place, je ne voudrais pas la montrer.
MADAME DE SAINT-GENIS
C’est bien le moins vraiment qu’on vous mette sur vos gardes; vous voyez des honnêtes gens partout.
Et vous, madame, vous n’en voyez nulle part.
MADAME DE SAINT-GENIS, se levant.
Je souhaite de tout mon cœur, ma chère madame Vigneron, pour vous, à qui je ne veux aucun mal, et pour vos filles, qui sont réellement charmantes, que la succession de M. Vigneron marche sur des roulettes; mais, en affaires, rien