‹ Les corbeaux; pièce en quatre actesChapitre 42 sur 110 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

MARIE

Soyons raisonnables, patientes, courageuses ; tâchons de sortir de là le mieux possible, en acceptant bien des épreuves et bien des dégoûts.

BLANCHE

Vous ferez ce que vous voudrez, maman, Judith et toi, je ne me mêlerai de rien. Je voudrais dormir jusqu’à mon mariage.

Si tu me croyais, ma chère Blanche, tu te dégagerais de ce mariage et tu n’y penserais plus. On va trouver de si bonnes raisons pour le rompre. Ta grande jeunesse d’abord, le chagrin où nous sommes, la perte de notre fortune qui change bien des dispositions. A ta place, je préférerais me dire la vérité que de l’entendre de la bouche d’un autre-

BLANCHE

Je te comprends. Tu me fais plus de peine que tu ne crois, Marie, avec cette pensée dont j’étais bien loin.

MARTE

Ne t’afflige pas trop, va. Il y a tant d’unions malheureuses. Plus d’une jeune fille a regretté la sienne, après l’avoir bien désirée. Nous nous marions si légèrement, sans rien savoir, sans lien prévoir; l’a^ectîon des nôtres est préférable toujours à celle d’un étranger.

t BLANCHE.

Pourquoi doutes-tu de M. de Saint-Genis?

MARIE

Je regarde votre situation à tous deux* voilà tout.

BLANCHE

Georges est sincère et désintéressé.

MARIE

Il a une mère qui calculera pour lui.

On ne conseille pas une trahison à son fils.

MARIE

Ils seront d’accord sans s’être consultés. Tu es la plus charmante petite femme de la terre, toute de coeur et de sentiment, l’argent n’existe pas pour toi. Mais l’argent, voistu, existe pour les autres; on ne peut répondre de personne, quand il est en jeu.

BLANCHE, à part.

Serait-ce possible qu’un tout jeune homme, épris comme il le dit, aimé comme il le sait, plutôt que de sacrifier ses intérêts, commît une infamie !

MARIE

Qu’est-ce que je voudrais? Que ce mariage fut encore possible, puisque tu y vois le bonheur pour toi. Mais on ne se repent jamais d’être forte et résignée.

BLANCHE

Résignée ! Si je pensais que M. de Saint-Genis ne m’eût recherchée que pour ma dot, je serais la plus honteuse des femmes et si, ma dot perdue, il hésitait à m’épouser, je deviendrais folle ou j’en mourrais.

MARIE

Tu l’aimes donc bien ?

BLANCHE

^,/ôui, je l’aime r Je l’adore, si tu veux le savoir ! Il est doux, il est tendre, c’est un enfant comme moi. Je suis certaine qu’il a du cœur et qu’il est incapable d’une mauvaise action. Tu comprends, n’est-ce pas, que je veuille l’avoir pour mari? Eh bien, me tromperais-je sur son compte, ne méritât-il ni

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