‹ Les corbeaux; pièce en quatre actesChapitre 43 sur 110 · acte deuxieme · texte numérisé non relu

acte deuxieme

mon affection ni mon estime, serait-ce le dernier des hommes, il faut maintenant que je l’épouse.

MARIE, à part.

Elle souffre, la pauvre enfant, et elle déraisonne.

BLANCHE, à part.

Ah! Quelle faute 1 Quelle faute! Tu me connais, toi, ma sœur, nous vivons ensemble depuis vingt ans sans un secret l’une pour l’autre. Est-ce que je ne suis pas une belle petite fille, bien aimante, c’est vrai, mais bien honnête aussi. Je n’ai jamais eu une pensée qu’on ne puisse pas dire. Si j’avais rencontré M. de Saint-Genis dans la rue ou ailleurs, je ne l’aurais pas seulement regardé. 11 est venu ici, la main dans celle de mon père, nous nous sommes plu tout de suite et l’on nous a fiancés aussitôt. Maman me recommandait bien plus de sagesse avec mon futur, mais c’était mon futur, je ne voyais pas de danger ni an bien grand mal en me confiant à lui.

MARIE

Allons, calme-toi, tu exagères comme toujours. Tu as dit à M. de Saint-Genis que tu l’aimais, n’est-ce pas, tu es bien excusable puisque tu devais l’épouser. Vous vous preniez les mains quelquefois et vous vous êtes embrassés peut-être, c’est un tort sans doute, mais qui ne vaut pas les reproches que tu te fais.

BLANCHE, après avoir hésité.

Je suis sa femme, entends-tu, je suis sa femme !

MARIE, très innocemment.

Je ne comprends pas ce que tu veux dire.

BLANCHE, surprise d’abord et émerveillée.

Ob ! pardon, pardon, chère sœur, pure comme les anges, je n’aurais jamais dû te parler ainsi. Oublie ce que je viens de te dire, ne cherche pas à le comprendre et ne le » épète à personne surtout, ni à maman, ni à Judith.

MARIE

Sais-tu que je te crois un peu folle ou bien c’est moi qui suis une petite bête.

BLANCHE

Oui, je suis folle et toi tu es la plus belle enfant et la plus charmante sœur qu’on puisse rêver.

EU© l’ embrasse passionnément.

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