ACTE DEUXIÈME
BOURDON
Je comprends très bien, mademoiselle, que frappée comme elle vient de l’être, votre mère ne s’amuse pas à faire des visites ou à courir les magasins ; mais on prend sur soi de venir voir son notaire et si c’est encore trop, on le prie de passer. La succession de M. Vigneron, fort heureusement, ne présente pas des difficultés bien sérieuses ; cependant votre père a laissé une grosse affaire de terrains, qui demande à être examinée de près et liquidée le plus tôt possible ; vous entendez, liquidée le plus tôt possible.
marie.
Voici ma mère.
MADAME VIGNERON, pleurant, son mouchoir à la main.
Quel malheur, monsieur Bourdon, quel épouvantable malheur ! Mon pauvre Vigneron ! Ce n’est pas assez de le pleurer nuit et jour, je sens bien là que je ne lui survivrai pas.
- Ua silence.
Dites-moi, madame, pendant que j’y pense. Est-ce avec votre autorisation que madame de Saint-Genis s’est présentée chez moi pour connaître la situation qui vous était faite par le décès de votre mari ?
MADAME VIGNERON. ’
C’est sans mon autorisation et si madame de Saint-Genis vous faisait une nouvelle visite...
BOURDON
Tranquillisez-vous. J’ai reçu madame de Saint-Genis de manière à lui ôter l’envie de revenir. Vous avez désiré me voir, madame. Parlons peu, parlons vite et parlons bien .
MADAME VIGNERON
Je ne vous retiendrai pas longtemps, monsieur Bourdo% je n’ai qu’une question à vous faire. Est-il vrai, est-il pos«
«ible que mon mari en tout et pour tout ne laisse que cinquante mille francs ?
BOURDON
Qui vous a dit cela?
MADAME VIGNERON
M. Teissier.
BOURDON
Cinquante mille francs ! Teissier va peut-être un peu vite. Vous le connaissez. Ce n’est pas un méchant homme, mais il est brutal sur la question argent. J’espère et je ferai tout mon possible, soyez-en bien sûre, madame, pour qu’il vous revienne quelque chose de plus. (Madame Vigneron fond en larmes et va tomber sur le canapé; il la rejoint.) \OUS espélUeZ donc, madame, que la succession de M. Vigneron serait considérable? A combien l’eslimiez-vous ?
MADAME VIGNERON
Je ne sais pas, monsieur.
BOURDON
Cependant vous avez dû vous rendre compte de ce que laissait M. Vigneron. Quand en perd son mari, c’est la première chose dont on s’occupe, (il la quitte.) Teissier n’en est pas moins très blâmable et je ne me gênerai pas pour le lui dire, de vous avoir jeté un chiffre en l’air. Les affaires ne se font pas ainsi. On procède à une liquidation par le commencement, par les choses les plus urgentes; on avance pas à pas ; quand on est arrivé au bout, il reste ce qu’il reste. (Revenant à madame Vigneron.) Avez-VOUS décidé quelque .chose, madame, pour vos terrains? Vous vous trouvez là en face d’une nécessité manifeste, il faut les vendre.
MARIE
Quelle somme pensez-vous que nous en tirions?