SCÈNE III
Les Mêmes, moins TE1SSIER.
MADAME VIGNERON
Merci, ma chère Marie. On est si bête et si honteuse quand il faut obtenir de l’argent de ce vieux bonhomme; je crois bien qu’au dernier moment j’aurais reculé à lui en demander.
MARIE
C’est fait.
MADAME VIGNERON
Judith? où vas-tu, mon enfant?
JUDITH
Je vous laisse, j’ai besoin de me reposer.
Reste ici, je te prie.
JUDITH
Mais, maman...
MADAME VIGNERON, impérieusement.
Reste ici. (Judith obéit à contre-cœur et se rapproche de sa mère.)
Notre situation est grave, n’est-ce pas? Elle t’intéresse? Nous n’en parlerons jamais assez.
JUDITH
A quoi bon en parler? nous répétons toujours les mêmes choses sans prendre la plus petite détermination. Il faudrait une autre femme que toi, vois-tu, pour nous tirer de l’impasse où nous sommes.
MADAME VIGNERON
Dis-moi tout de suite que je ne fais pas mon devoir.
JUDITH
Je ne dis pas cela. Ce n’est pas ta faute si tu n’entends rien aux affaires.
MADAME VIGNERON
Charge-t-en, toi, alors, de nos affaires.
JUDITH
Dieu m’en garde! Je perds la tête devant une addition.
MADAME VIGNERON
On ne te demande pas de faire une addition. On te demande d’être là, de prendre part à ce qui se dit et de donner ton avis quand tu en as un.
JUDITH
Vous le connaissez, mon avis. Nous ne ferons rien et il n’y a rien à faire.