SCÈNE Y
BOURDON, MERCKENS.
MERCKENS, entrant.
Tiens! monsieur Bourdon.
BOURDON
Bonjour, jeune homme, (ils se donnent la main.) Qu’ôtes-vous devenu depuis ce mauvais dîner que je vous ai fait faire?
MERCKENS.
Le dîner n’était pas mauvais, nous le prenions malheureusement après un fichu spectacle.
BOURDON
En effet. Ce pauvre M. Vigneron qu’on venait de rapporter sous nos yeux...
MERCKENS.
Quelle idée avez-vous eue de m’emmener au restaurant ce jour-là?
BOURDON
L’idée venait de vous. Vous m’avez dit, en descendant, sous la porte cochère : rentrer chez soi, en cravate blanche et l’estomac vide, je n’aime pas beaucoup ça; je vous ai répondu : allons dîner, nous ferons quelque chose le soir. Eh bien! nous n’avons mangé que du bout des lèvres et nous ne demandions qu’à aller nous coucher. Voyez-vous, on est toujours, plus sensible qu’on ne croit à la mort des autres, et surtout à une mort violente; on pense malgré soi qu’un accident pareil peut vous arriver le lendemain et l’on n’a pa£ envie de rire.
Vous attendez madame V;gneron?
BOURDON
Oui, je ne devrais pas l’attendre; mais madame Vigneron n’est pas une cliente ordinaire pour moi, je la gâte. Vous ne donnez plus de leçons ici, je suppose ?
MERCKENS.
Mademoiselle Judith les a interrompues depuis la mort de son père.
BOURDON
Si vous m’en croyez, vous ne compterez plus sur cette élève et vous vous pourvoirez ailleurs.
MERCKENS.
Pourquoi?
BOURDON
Je me comprends... Les circonstances nouvelles où se trouve cette famille vont lui commander de grandes économies dans son budget.
MERCKENS.
Non.
BOURDON
Si.
MERCKENS.
Sérieusement?
Très sérieusement.
MERCKENS.
M. Vigneron était riche cependant.
Un temps.