ACTE TROISIÈME
ROSALIE
Viens te coucher, ma Blanchette.
BLANCHE
Ta Blanchette, c’est une fille perdue! Je suis une fille perdue, tu ne le savais pas.
ROSALIE
Ne parle plus, mon enfant, ça te fait mal. Viens... viens... avec ta vieille.
BLANCHE
Ah! que je souffre! (criant.) Marie! Marie! Marie!
Elle s’affaisse dans les bras de Rosalie et glisse peu à peu jusqu’à
terre.
MARIE, entrant et se précipitant.
Blanche ! Blanche !
ROSALIE
Tais-toi, ma petite, c’est inutile, elle ne t’entend pas. Prendsla bien doucettement, la pauvre mignonne, et allons la coucher.
BLANCHE, murmurant.
Fille perdue!
MADAME VIGNERON, paraissant.
Qu’est-ce qu’il y a?
Elle se précipite à son tour.
ROSALIE
Laissez-nous faire, madame, vous nous embarrassez plutôt qu’autre chose.
Judith paraît.
MADAME VIGNERON
Judith, viens ici. (Elles descendent la scène.) Tu avais raison, mon enfant. Toutes ces affaires ne nous valent rien. Voilà ta
sœur qu’on porte dans son lit, demain ce sera vous et apiès demain ce sera moi. Tu penses toujours que le meilleur est d’en finir?
JUDITH
Oui, toujours.
MADAME VIGNERON
Bien. Tu vas prendre Rosalie avec toi et vous irez che£ M. Bourdon. Tu lui diras que j’accepte tout, que j’approuve tout et que j’ai hâte maintenant de voir tout terminé. Tu ajouteras : la même hâte que lui. C’est bien ton avis?
JUDITH
C’est mon avis.
MADAME VIGNERON
Va, ma grande fille. (Elles se séparent.) Je veux bien garder ce que j’ai, mais je tiens d’abord à conserver mes enfants.