SCÈNE PREMIÈRE
ROSALIE, MERCKENS.
ROSALIE
Entrez, monsieur Merckens, entrez. On ne se plaindra pas ici de voir une figure de connaissance.
MERCKENS, après avoir regardé autour de lui.
Oh! oh! L’homme de loi ne m’avait pas trompé. Ça sent la misère.
ROSALIE
Vous regardez notre nouveau logement, il n’est pas riche? Ah ! dame ! Hier et aujourd’hui ne se ressemblent pas.
MERCKENS.
Qu’est-ce qui est donc arrivé à cette famille ?
ROSALIE
Ruinées, mon cher monsieur, ruinées, la pauvre dame et ses demoiselles ! Je ne vous dirai pas comment ça s’est fait, mais on ne m’ôtera pas mon idée de la tête. Voyez-vous, quand les hommes d’affaires arrivent derrière un mort, on peut bien dire : v’ià les corbeaux, ils ne laissent que ce qu’ils ne; peuvent, pas emporter.
MERCKENS.
La maison n’est plus bonne, hein, Rosalie?
ROSALIE
Pour personne, monsieur Merckens, pour personne.
MERCKENS.
Pourquoi ne cherchez -vous pas une place ailleurs?
ROSALIE
Est-ce que ces demoiselles pourraient se passer de moi, pas plus que moi d’elles? Je suis une bouche de trop, ça c’est vrai; mais je gagne bien ce que je mange, allez. Il ne faut pas penser, mon pauvre monsieur Merckens, à déjeuner avec nous. Autrefois, quand je vous voyais venir à cette heure-ci, je savais ce que parler veut dire, vous trouviez votre couvert mis ; maintenant ce n’est plus la même chose. Je vais prévenir madame de votre visite.
MERCKENS.
Non, ne dérangez pas madame Vigneron; dites seulement à mademoiselle Judith que je suis là.
Judith entre,
ROSALIE
Voici mademoiselle, justement.