‹ Les corbeaux; pièce en quatre actesChapitre 95 sur 110 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MERCKENS, JUDITH.

JUDITH

Je vais vous faire une petite querelle d’abord et puis, il n’en sera plus question. Je vous ai écrit deux fois pour vous prier de venir me \oir, une seule aurait dû suffire.

M ER G KEN 9, entre deux tons.

Êtes-vous certaine de m’avoir écrit deux fois ?

JUDITH

Vous le savez bien.

MERCKENS.

Non, je vous assure, votre première lettre ne m’est pas parvenue.

JUDITH

Laissons cela. Je n’ai pas besoin de vous dire à quelle situation nous voilà réduites, vous l’aurez deviné en entrant

MERCKENS, après un signe moitié sérieux, moitié comique.

Expliquez-moi...

JUDITH

C’est une histoire qui ne vous intéresserait guère et je ne trouve aucun plaisir à la raconter. En deux mots, nous avons manqué d’argent pour défendre notre fortune, il nous aurait fallu, dans la main, une centaine de mille francs.

MERCKENS.

Pourquoi ne m’avez-vous pas parlé de cela? Je vous les aurais trouvés. x

JUDITH

Il est trop tard maintenant. Asseyons-nous. Vous vous souvenez, monsieur Merckens, et vous avez été témoin de notre vie de famille. Nous étions très heureux, nous nous aimions beaucoup, nous n’avions pas de relations et nous n’en voulions pas. Nous ne pensions pas qu’un jour nous aurions besoin de tout le monde et que nous ne connaîtrions personne. (Merckens a tiré sa montre.) VOUS ètfeS pressé?

MERCKENS.

Très pressé. Ne faisons pas de phrases, n’est-ce pas? Vous avez désiré me voir, me voici. Vous voulez me demander quelque chose, qu’est-ce que c’est? Il vaut peut-être mieux que je vous le dise, je ne suis pas bien obligeant.

JUDITH

Dois-je continuer?

MERCKENS.

Mais oui, certainement, continuez.

JUDITH

Voici ce dont il s’agit d’abord, je vais tout de suite au plus simple et au plus sûr. Je me propose de mettre à profit les excellentes leçons que j’ai reçues de vous et d’en donner à mon tour.

MERCKENS, lui touchant le genou.

Comment, malheureuse enfant, vous en êtes là!

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