‹ Les Coréens: Aperçu ethnographique et historiqueChapitre 3 sur 28 · APERÇU GÉOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

APERÇU GÉOGRAPHIQUE

La Corée, par sa situation géographique, par le caractère de ses habitants et par la langue qui s'y parle, forme une contrée essentiellement distincte de Tempire Chinois, bien qu'elle lui soit rattachée par de nombreux liens historiques et politiques. Ces liens^ 1^ presque toujours contractés dans Tunique but de satisfaire Torgueil des Fils du Cielt n'ont cependant presque jamais été assez étroits pour qu'il ait pu s'opérer une fusion entre les habitants des deux pays. Dans ces derniers temps même, il n'était permis

aux Coréens de commercer que deux fois par année avec les Chinois, à la cinquième et à la onzième lune, c'est-à-dire vers la fin de juin et de décembre ; et encore ce commerce ne pouvait-il durer chaque semestre plus de dix jours. ATépoque fixée parles règlements, les marchands coréens, réunis en caravane, gagnaient le nord de leur presqu'île et se rendaient au petit village de Foung-pien-men^ sur la frontière du Liao-toung, où les mandarins inscrivaient ponctuellement leurs noms, afin de s'assurer qu'une fois la foire terminée chaque individu retournerait bien exactement dans son pays. Dès que les dix jours étaient expirés, les gardes des frontières fermaient avec soin les issues, et toute tentative d'établir des rapports avec la Chine était sévèrement interdite *. La foire japonaise ne durait aussi que peu de jours, et une seule fois par année. A part cela, la Corée demeurait sans cesse renfermée dans un isolement absolu de tout le reste du monde.

Baignée au nord et à l'est par la mer du Japon, au sud et à l'ouest par la mer Jaune, la Corée forme une grande presqu^île tra-

1. Voyez l'abbé Callery, dans la Revue de V Orient, t. V, p. 278.

versée dans toute sa longueur par une chaîne de montagnes qui en couronne Textrémité et sépare le royaume du pays des Mandchoux. Là s'élève le Paik-tô-san « le Mont à la Blanche tète », dont on ne connaît pas très exactement l'élévation , mais qui passe pour Tune des plus hautes montagnes de Tex-* trême Orient. Puis vient le Tsyang-paik-san « le Long Mont Blanc », et à peu de distance le Pàik-san « le Mont Blanc » proprement dit, lequel va en s'abaissant dans la direction de la mer du Japon, où il prend bientôt le nom de SyO'paik'San « le Petit Mont Blanc ».

Dans la direction du nord au sud, la chaîne des montagnes coréennes, que les cartes chinoises et japonaises nous font connaître sous un grand nombre de noms différents, suivant la latitude, ne paraît pas toutefois se prolonger sans d'assez fréquentes interruptions jusqu'aux côtes méridionales de la péninsule.

Plusieurs fleuves semblent venir de fort loin dans la direction de re3t, et le tracé de leur cours, que donnent les indigènes, indique des brisures dans le système orographique longitudinal de la Corée.

Parmi ces fleuves, les uns se jettent dans la mer du Japon, les autres dans la mer Jaune ou dans le détroit de Corée ; mais il est

à remarquer que les plus importants vont se déverser dans la mer Jaune, tandis que des cours d'eau, pour la plupart d'une médiocre importance et à peine nommés sur les cartes asiatiques, vont seuls se perdre dans la mer' du Japon. On trouve cependant à la frontière nord-est un fleuve appelé Tou-man-kang, qui, suivant la Géographie impériale de la dynastie des Tsing- *, prend sa source au bas du mont Tsyang-paik'San, dont l'importance, tant au point de vue de la largeur qu'à celui de rétendue navigable, paraît être considérable. — Un autre fleuve, le Ap-lok-kang, sert de frontière nord- ouest à la Corée qui se trouve ainsi séparée de la Chine par des rivières dont les gouvernements des deux pays ont su tirer parti pour empêcher les rapports trop fréquents de leurs sujets respectifs. Les sources de ces fleuves se rapprochent tellement, sur certaines cartes chinoises, que la péninsule coréenne n'y est plus attachée au continent que par un isthme en apparence fort étroit.

Les autres fleuves d'une certaine importance sont : le Taï-tong-kançy qui sert de limite septentrionale à la province de Hoang-

l. Tai'tsing Yih'toung-lchiy liv, ccccxxi, p. 22 v».

haï et va se jeter dans la mer Jaune, en face des îles Halls: les anciens auteurs chinois le désignaient sous le nom de Paî-choiiiy et il était considéré, suivant le grand historiographe Sse-ma Tsien, comme la frontière méridionale du Liao - toung, sous la dynastie des Tsin ; — le Han-kang, qui passe à dix li au sud de la capitale, et dont la source est dans les monts 'O-taïsan ; — le Paik-kang ou Fleuve-Blanc, situé à la frontière nord de la province de Tsyoungtsyœng, et qui se jette dans l'archipel de la Corée ; — le Nag-tong-kang^ à l'embouchure duquel se trouve Pou-san *, port de mer du

1. Ce port est cité, dans la Relation de Hendrik Hamel, comme possédant un magasin établi par les habitants de lile japonaise Tu-sima. Si nous en croyons un voyageur anglais, qui a fait récemment une tournée sur*^ la côte occidentale de Corée, il s'y trouvait alors, au dire des indigènes, environ SOU Japonais, qui, du reste, y demeuraient placés sous la plus sévère surveillance et n'avaient aucune faculté de voyager dans l'intérieur de la péninsule, soit dans l'intérêt de leur commerce, soif pour leur agrément. Ces Japonais, toujours suivant ces mêmes indigènes, étaient considérés comme des otages pour garantir le tribut que les syau-goun de Yédo devaient envoyer à leur roi. — Malgré l'obscurité qui règne encore sur la condition politique et les relations internationales des états de l'Extrême-Orient, il ne faut accorder qu'une médiocre confiance aux déclarations de ces Coréens. En opposition radicale avec eux, tous les Japonais lettrés avec lesquels je me suis trouvé en relation m'ont affirmé que leurs compatriotes ne se rendaient naguère en Corée, d'ailleurs en très petit nombre, qu'autant que cela paraissait utile à l'industrie de la pêche

canal de Corée, dans lequel les Japonais ont établi un comptoir, et Tune des villes les plus commerçantes delà péninsule.

Au territoire coréen se rattache la grande île de Quelpaertj qui ne compte pas moins de 42 milles de longueur sur une largeur d'environ 17 milles, et au sein de laquelle s'élèvent plusieurs montagnes, dont la principale a reçu des Européens le nom de Mont Auckland, et compte 1,996 mètres d'élévation au-dessus du niveau de la mer. Cette île est désignée, dans les géographies chinoises, sous le nom de 7cAm-/o, et dans les ouvrages japonais sous celui de Tsin-ra ; les indigènes, suivant Klaprolh, l'appellent iSeA^50i/re(?), et ce fut sous le règne de Tcheou Wen-wang, roi de Païk-tse, qu'ils entrèrent, pour la première fois, en relation avec la Corée continentale, où ils envoyèrent un tribut.

De nombreuses îles de moindre étendue environnent, à Test et surtout au sud et à Touest, le royaume de Corée. Celles qui sont

qu'ils professent sur les côtes de la péninsule ; que « le roi de Siura (Corée), anciennement et pendant beaucoup d'années, envoyait le tribut à l'empereur du Japon, mais que JAMAIS celui-ci n'en avait offert au roi de Sinra. (En japonais : Sin-ra kok-wau inisiye-va Nippon kok-teiyé ta-nen mituki-wo sonayetari; sikasi-nagara Nippon tei-wa kessite sorewo Sin-ra wau-ye atayei*ù-koto nasi). »

situées dans la partie sud et sur le détroit de Corée, sont pour la plupart fort fertiles, entremêlées de rochers taillés à pic, et parfois réunies par des bancs accores, dont il est difficile pour les navigateurs de reconnaître Texistence, même lorsque la mer est calme.

La plupart sont inhabitées, si ce n est à certains moments de Tannée, oîi quelques pêcheurss'yrendentety construisent de pauvres cabanes.

Les îles de la côte occidentale sont un peu plus importantes. Trois groupes surtout méritent d^être signalés dans cette direction : les îles Amherst^ vers la pointe sud-ouest de la péninsule ; Y Archipel de Corée, où Ton distingue plusieurs petites villes ou villages, et une île assez étendue désignée par les Euroropéens sous le nom d'île de Lindsey ; et les îles de Hall ^ un peu au-dessus du 38° de latitude nord.

Enfin, dans la mer du Japon, il faut citer Vîle des Cerfs [Louh-tao des géographes chinois), dans le golfe de Pierre-le-Grand ; Tîle de Ma-rang, dans la baie de Broughton, et une autre île (à laquelle les cartes asiatiques donnent le plus souvent de très grandes dimensions, dont il est difficile d^admettre Tcxactitude) où habite une population très

i2 ETHNOGRAPHIE DE LA CORÉE

mêlée de Coréens et de Japonais, et qui porte le nom de Ts'yœn-san-kouk « Royaume des Mille montagnes ». Les Japonais appellent cette dernière île Take-sima « l'île des Bambous )).

Aux renseignements qui précèdent, il ne sera peut-être pas inutile d'ajouter la liste des montagnes et des îles ou îlots de la Corée, dont il est fait mention dans les ouvrages chinois parvenus à ma connaissance. Dans le but de faciliter les recherches, je donnerai cette liste dans Tordre alphabétique européen, et suivant Torlhographe chinoise :

Chin-soung-chan, montagne située au nord de la ville de Kai-tching-fou, Son nom provient du grand nombre de pins [soung) qui croissent sur son versant septentrional.

FoU'chan. Cette montagne est située sur le rivage en face de l'île japonaise de Tu-sima.

Fou-young-chan « la montagne de la Richesse et de l'Utilité », ou suivant une autre orthographe « la montagne des Mauves », est située en deçà de la frontière de Houngtcheou.

Heh'Chan « le mont Noir » est situé au sudest du Peh-chan « le mont Blanc »• Ces deux montagnes se voient simultanément, car elles sont très rapprochées Tune de l'autre. Le

Heh-chan est habité jusque dans sa région la plus élevée.

Hien-chan-tao, île située du côté de la frontière sud-ouest de King-tcheou^ avec un bon port.

Hioung-hoa-chan « la montagne fleurie aux Ours », au nord-est de la principauté de Siouen-tcheou.

HO'Chang-tao « Tile des Religieux (bouddhistes) » est formée de pierres entassées.

Sa forêt est épaisse et sa vallée profonde. Au milieu de la montagne, dit la Relation insérée dans le Tchi-pouh'tsoh'tsaï^ il y a beaucoup de tigres et de loups. Anciennement, des hommes adonnés à l'étude du bouddhisme y avaient établi leur demeure. Les bêtes n'osaient pas les approcher. Aujourd'hui le couvent Yeh'lao sse « le monastère des Vieillards aux feuilles », en conserve les vestiges. C'est pourquoi les Coréens l'appellent « l'île des Religieux».

Hoachan « le mont Fleuri », au sud-est de la vallée de Tou-chan-hien.

Houng^tcheoU'Chan est une montagne qui s'élève au milieu de la mer, dans la direction du sud-ouest du déparlement de Tchoungtcheou et au sud-est de l'îlot Tsze-yun-chen. On y trouve de l'or.

G)' ETHN. DE LA COHËE. ^

Kaï-ma-ta-charij mont situé à Touest de Ping-jang, I

Ki'Sinsiu « Tîle du Cœur de Poule », située près de Tîle Nleou-sin-siu.

Kiang-hoa-tao « Tîle à la Fleur du Fleuve », dans la mer de Kaî-tcheoii.

Kin-tang-ckan « le mont de la Salle dorée», au nord-ouest du district de Saii-ho-hien, dans le département de Hoang-tcheou,

KieoU'teoU'Chan « la montagne aux Neuf têtes ». « En. effet, dit la Relation de l'ambassade envoyée en Corée dans les années Sioiien-ho, cette montagne a neuf pics qu'on aperçoit de loin. Bien qu'insuffisamment examinée, elle est d'un aspect agréable par suite des arbres et des plantes verdoyantes qui la recouvrent. »

Kiu-tsi'taOy île située près de la côte, et à l'est de rile Tchuh-tao. Il y a un bon port.

Kiuh-yen-chan « le mont aux Précipices sinueux », à Test de Ting-youen-chan,

Khin-^chan-tao « l'île des montagnes rassemblées », dans la mer de Tsiouen-tcheou, Cette montagne, dit le Kao-li Tou-king^ a douze sommets qui se réunissent en circonférence, de façon à ressembler à une place forte. »

Koii-chen-chen. Cet îlot est situé en face

et à peu de distance de Tîle Tchuh-tao. Elle est habitée et bien boisée.

Kouei'Cheriy îlot situé au nord-est de Tîle Peh'i-tao.

Lan-chan-tao « l'île de la Montagne obstruée », dans la mer située au sud de Tsioiien-icheou, se nomme aussi Tien-sien-tao « Tîle des Immortels du Ciel ». Sa montagne est haute et escarpée: on l'aperçoit de loin, s'élevant comme une muraille. Sur le devant, se trouvent deux rochers qui ressemblent à une tortue [Kao-li Toii-king).

Lan-sieou-chan, montagne située à Touest deKaï-tckeou.

Liiig-chan « la montagne des Esprits », au sud-ouest de Siouen-tcheou,

Loii-yang-ch^n, mont situé au nord-est de Ping-jang.

Loung-chan « le mont du Dragon », au sudest de Séoul \

Loung-koh-chan « le mont aux Os de Dragon », à Test de la capitale de la principauté de Louîig-tcheou.

Ma-tao <c Fîle aux Chevaux », située du côté de la frontière de Tsing-tcheou. On lui a donné son nom à cause des haras célèbres

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