APERÇU HISTORIQUE
Les corporations ouvrières sont l’un des plus grands besoins de la classe laborieuse. L’homme n’est pas fait pour vivre isolé : dans les mille difficultés de la vie, il a besoin de l’appui de ses semblables, et lui-même est tenu de tendre une main secourable à ceux de ses frères qui se trouvent dans la détresse. Cela est vrai surtout des travailleurs. Abandonnés à eux-mêmes, ils sont sans défense et sans force. Unis fraternellement à leurs camarades, ils peuvent former des sociétés puissantes, d’où ils tireront sans cesse secours et protection.
L’Église catholique, cette mère si pleine de sollicitude pour tous ses enfants, mais surtout pour les pauvres et les faibles, avait admirablement pourvu à ce besoin social. Sous son influence et avec son aide, toute PEurope chrétienne s’était couverte d’une magnifique floraison de corporations ouvrières. Ces belles associations ont fait la gloire et la force des pauvres travailleurs, et elles ont brillé d’un éclat admirable pendant le moyen âge. Elles participaient alors du respect dont l’Église elle-même était entourée. A mesure que les sentiments religieux s’affaiblirent au sein des peuples, elles perdirent une partie de leur ancienne prospérité. Néanmoins, elles sont tellement nécessaires au monde quelles ont traversé tous les âges, depuis les origines de la société chrétienne, et quelles n’ont cessé de faire partie intégrante de la civilisation.
Tous les siècles ont joui de leurs bienfaits : un seul fait exception, et c’est le nôtre. Seul, le XIXe siècle a vu les ouvriers isolés les uns des autres, sans lien entre eux, réduits à l’état de grains de poussière que le vent disperse dans le vide, tomber enfin dans une condition d’infortune et de misère imméritées. Pourquoi? Parce que la Révolution française, dans sa haine aveugle pour la religion, a voulu détruire tout ce que la religion avait créé, et que les corporations ont été ses premières victimes. Tous les ouvriers doivent connaître, pour la maudire, la loi Chapelier du 14-27 juin 1791, dont voici l’article Ier :
« L'anéantissement de toute espèce de corporations de citoyens de même état ou profession étant l'une des bases fondamentales de la Constitution française , il est défendu-
de les rétablir de fait, sous quelque prétexte et sous quelque forme que ce soit. »
On peut dire que cette loi constitue le crime le plus abominable qui ait été commis contre les intérêts populaires, depuis dix-neuf cents ans que nous sommes chrétiens. Presque tous les malheurs de l’ouvrier moderne sont venus de ce qu’il s’est trouvé, au moment où naissait la grande industrie, privé des ressources innombrables que lui aurait fournies l’organisation corporative pour conjurer sa déchéance économique.
Qu’il lise donc attentivement cette brochure écrite pour lui. Il y verra la situation enviable à laquelle la corporation l’avait élevé dans le passé ; il y apprendra aussi à quelles conditions il reconquerra, s’il le veut, son rang social perdu.