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CONCLUSION

L’heure est venue de réorganiser les forces du travail, et d’appeler les ouvriers à la défense de leurs intérêts, en les groupant, comme autrefois, dans de fraternelles associations. Léon XI II nous le demande, et, partout, les travailleurs répondent à son appel. Après le rude hiver qui a passé sur elles pendant un siècle, voilà que les corporations se remettent à bourgeonner partout comme les arbres à l’approche du printemps. Si Dieu leur prête vie, elles rendront au monde de l’usine et de l’atelier le rang social qu’il a perdu, elles renoueront la chaîne d’or de la tradi-

tion catholique, et elles imprimeront une allure nouvelle à la marche de la civilisation

Il ne s’agit pas, bien entendu, d’une restauration pure et simple du passé. Les conditions politiques et sociales ont changé. Des États centralisés existent partout; la grande industrie a pris, grâce à l’avénement des machines, la place de la petite ; le marché est devenu international. Les corporations du moyen âge, avec leur organisation appropriée à un état de choses fort différent du nôtre, ne nous rendraient donc plus les mêmes services qu’autrefois. Mais le principe qui leur a donné le jour reste éternellement jeune et fécond. Et ce qu’il nous faut aujourd’hui, ce sont des applications nouvelles du même principe.

Ces applications, on les trouvera dans les syndicats chrétiens, qui sont les corporations modernes. Adaptés aux besoins multiples de notre régime actuel, inspirés par l’esprit de charité fraternelle et nourris par les enseignements de la religion, ils deviendront la force qui ramènera l’ordre et la justice dans le chaos du monde économique.

Comment cela? Parce qu’ils y feront rentrer la notion chrétienne du travail. « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front. » Cette parole divine a une double portée : elle veut que l’homme travaille, et elle veut que le travail nourrisse le travailleur. Tout sera changé, le jour où la société comprendra que c’est à elle que s’adresse la seconde partie du précepte divin. Aucun des abus qui déshonorent l’atelier moderne ne pourra plus subsister. On reviendra, pour ne plus l’abandonner, à une organisation du travail qui n’est pas une utopie, puisque

elle a fonctionné pendant des siècles à la satisfaction de tous. L’ouvrier honnête et laborieux ne saura plus ce que c’est que le travail du dimanche, la journée excessive, le salaire insuffisant, l’insécurité du lendemain. On rira des sophistes qui, pour la défense de tous ces abus, allèguent des fatalités économiques. Les prétendues lois qui font à l’industrie l’obligation d’être injuste ne prévaudront pas contre la loi de Dieu, qui fait de la justice la pierre angulaire des sociétés.

Religion et corporation! que ce soit donc là la devise de tous les ouvriers. Qu’ils l’inscrivent en tête de leurs statuts et sur la soie de leurs étendards, mais surtout qu’ils la gravent au fond de leurs cœurs.

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