Pensées, I, 180 et s
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lettres, OÙ il envoie son avis au prand maître sur un mémoire relatif à l'instruction publique, présenté au roi de Hollande par quelques professeurs de ce pays, et soumis par Louis Bonaparte à l'appréciation de M. de Fontanes : «Ce travail m'a fait rester deux lois au lit jusqu'à quatre heures du soir, en tenant les yeux collés tantôt sur le mémoire, tantôt sur le papier. Je serais fâché de ne pas aller jusqu'au bout. Cela me sert d'ailleurs à me fouiller moimême en passant, et on est toujours bien aise de savoir ce qu'on porte en soi. » — « Cinquante inspecteurs pour dix départements, écrit plus loin M. Joubert, veillent et courent sans cesse pour maintenir ou rétablir l'ordre dans les écoles ; ces petits établissements sont traités comme les digues du pays.» Il approuve les professeurs hollandais, rédacteurs du mémoire, (( de comprendre dans l'instruction élémentaire le profond respect pour l'Etre suprême et le culte qui lui doit être rendu, » de vouloir qu'on parle de religion ou du moins qu'on la pratique publiquement dans les écoles et de dire fort sensément à ce sujet, dans leur mémoire, « qu'il faut que les enfants sentent que, si le gouvernement a laissé sagement aux ministres des cultes une instruction religieuse détaillée, il attache néanmoins une grande importance à la religion, qu'il la considère comme la
base de la morale, du bonheur particulier et public, du respect dû au souverain et de toute instruction sociale.» N'est-ce pas en eiïet M. Joubert quia laissé ces belles pensées : « Tout enfant impie est un enfant méchant ou débauché; — il faut du ciel à la morale comme de l'air à un tableau ; — il faut aimer la religion comme une espèce de patrie et une nourrice : c'est elle qui a allaité nos vertus, nous a montré le ciel, et qui nous a appris à marcher dans les sentiers de nos devoirs » ?
N'est-ce pas lui qui recommandait, à la même époque, à son ami Chênedollé, en lui proposant les fonctions d'inspecteur d'académie à Gaen , de ne « considérer dans les écoliers que de jeunes âmes et dans les maîtres que des pasteurs d'enfants, à qui on indique les eaux pures, les herbes salutaires et les poisons ».
Au sujet de l'éducation littéraire, M. Joubert exprime son admiration pour les corps ecclésiastiques enseignants, Doctrinaires, Oratoriens, Jésuites, dont il voudrait faire revivre au moins les traditions; il regrette d'avoir vu disparaître leurs anciens collèges : « L'enfant, dit-il, y était dressé à distinguer et à goûter tout ce qui doit charmer l'imagination' et le cœur ; » l'on y faisait des littérateurs, « et non pas seulement des grammairiens; »• la jeunesse, « au
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lieu de cette ignorance qui s'ip:nore et de ce savoir qui se connaît, fruits pernicieux et repoussants de notre éducation actuelle, » en sortait avec « une ignorance qui se connaissait et un savoir qui s'ignorait, avide de s'instruire encore et pleine d'amour et de respect pour les hommes qu'on croyait instruits » . Ces doctrines, si différentes de celles qui dirigent aujourd'hui les maîtres officiels de la jeunesse et qu'on veut imposer, même par la force, aux générations nouvelles, étaient alors celles de l'Université tout entière. Elles ne pouvaient trouver qu'un accueil empressé dans l'esprit éminent du grand maître, qui n'appréciait pas moins la religion sous le rapport de l'utilité publique que comme consolation de l'homme dans le malheur, et considérait l'alhéisme comme le principe destructeur de toute organisation' sociale. N'était-ce pas lui qui, depuis qu'il gouvernait en France l'éducation des générations nouvelles, recherchait avec ardeur, pour former le corps enseignant, les jeunes gens ayant le goût de la vertu et des bonnes mœurs ? Il s'appropria les observations de M. Joubert, et le remercia dans les deux billets qui suivent :