INTRODUCTION
Nous publions une correspondance qui nous parait présenter un intérêt exceptionnel pour le premier quart du xvni* siècle. Nous voulons parler des lettres écrites, de 1706 à 1725, à Mme la marquise de Balleroy par ses parents et par ses amis, pour la tenir au courant de la chronique de la cour et de la ville durant cette période. Fille de Tun de ces Gaumartin qui occupèrent de si hautes situations sous le règne de Louis XIV, mariée à un gentilhomme normand qui préféra la vie de campagne à la carrière des intendances, qui s'ouvrait brillante devant lui, elle dut se retirer de bonne heure dans un des plus beaux châteaux de la Normandie. Mais elle partit sans plaisir évidemment, regrettant Paris, où elle trouvait avec raison qu'elle eût été bien mieux à sa place. C'est alors que, pour tromper son
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ennui, — car elle ne revint plus que rarement et passagèrement à Paris. — elle pria ses parents et ses amis de Taider à oublier son éloignement en la tenant soigneusement au courant des événements petits et grands de la capitale. Elle eut lieu d'être satisfaite, et nos lecteurs jugeront de Tempressement mis à répondre à son appel, témoignage assurément très flatteur pour elle ; pour obtenir une pareille fidélité à distance, il fallait qu'elle fût très aimée et très aimable.
Du reste, Mme de Balleroy ne pouvait être mieux servie ; ses correspondants assidus sont ses trois frères, Gaumartin de Saint-Ange, Caumartin de Boissy et Tabbé ; des parents, le baron de Breteuil, introducteur des ambassadeurs, dont Saint- Simon parle si plaisamment ; Tabbé de Guitaut ; le chevalier de Girardin; un autre cousin, M. de La Cour de Maltot ; ses deux neveux d'Argenson. Avec une pareille pléiade, elle ne devait rien ignorer.
« A cette époque, a écrit récemment M. Garo dans sa remarquable étude sur la Fin du XVIIP siècle^ Tavidité du public, impatient et éveillé, ne trouve pas de quoi se satisfaire dans la conversation des salons, qui, si nombreux et si peuplés qu'ils soient, n'accueillaient cependant que le petit nombre. C'est alors que paratt une littérature nouvelle à son usage, litttérature improvisée, fortuite, née du hasard et de
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l'à-propos, litttirature de l'heure et du jour, qui u'est is encore le journal, mais ((iii le deviendra ; qui ne Burvit pas à l'oceasiou, mais (jui multiplie l'écho de rfia(|ue idée et le prolonge ju&qu'aux dernières lilites de la puhliciti^. C'est la conversation écrite fiusant suite à la conversation parlée et répandant ivec une Fécondité sans exemple les bruits et les dées, les railleries et les espérances, les chioières et es ventés nouvelles sous toutes les formes possi- Ues, petits traités, chansons, apologues, contes, brochures ; c'est la littérature du pamphlet. »
Cette curiosité générale donna naissance aux j^eltes à la main, dont on trouvera dans ce recueil le iioDibreuscs pages; mais jusqu'à présent nous l'avions eu que des gazettes i-èdigées par des merenaires ou par des bourgeois. Le journal de Buvat, s mémoires de Mathieu Marais, les gazettes publiées depuis quelque temps dans divers recueils, le journal no/^me de I avocat Barbier rentrent dans l'une ou Pautre de ces catégories. Pour la première fois, nous luvons une correspondance émanée exclusivement de gens du grand monde et relatant les événements avec une liberté, une franchise tout à fait Douvelles. Ce u'est plus le duc de Saint-Simon écrivant à tête reposée ses mémoires, en écoutant ses rancunes ou ses préférences ; le marquis de Dantau et le duc de Luynes rédigeant des procès-