‹ Les correspondants de la marquise de Balleroy (volume 2)Chapitre 36 sur 90 · Ballet en cinq entrées de Morand · texte numérisé non relu

Ballet en cinq entrées de Morand

pour la troupe italienne d'aller en Angleterre ce carême, que le roy d'Angleterre le souhaitoit fort. Par parenthèse, cela fut refusé. M. le Régent revint à M. de La Vrillière. « Oh ! pour cela, vous devez être sorcier. » Et on se moqua bien du pauvre Rouillé. On a eu pitié de sa vieillesse, et on n'a pas voulu le chasser, mais on lui a donné un bon adjoint dans son département, qui est M. d'Ormesson d'Amboile \ M. Rouillé est fort content: il est allé en faire un remerciement en forme au Régent de ce qu'il lui a conservé la direction en chef de la Comédie italienne.

Ce sont de grandes nouvelles querelles des départements, vous le savez apparemment. M. de La Force s'est fort picquoté avec le duc de Noailles ; on comprend leurs sujets de jalousie. Quelqu'un a conseillé au duc de La Force de demander un département comme en avoient les intendants des finances. Mais quelque chose de beau, comme les provinces d'État, le clergé, les grosses fermes, etc., où il tailleroit et rogneroit, et ne reconnattroit point la souveraineté du duc de Noailles. Il lui parla en général de l'idée d'avoir un département ; le duc de Noailles l'en dissuada fort, principalement pour l'honneur de la paierie ; ce que ce seroit que de rouler entre le petit

1. Henri Lo Fèvre d'Ormesson, dit M. d'Amboile, maître des requêtes, nommé au conseil des flnances pour seconder Rouilh», intendant des finances, et mort en 1756 avec une grande répulation de savoir et d'intégrité. — Pour Rouillé, voir Saint-Simon, qui ne répargne pas : il fut disgracié avec Noailles.

de Fourqueux, d'être non seulement son égal, mais son concurrent. Autre réel inconvénient : en absence du duc de Noailles, M. de La Force, vice-président, se trouvant avoir à rapporter des affaires de son département, il faudroit qu'un robin, un M. Fagon, le présidât, signât à Tarrét comme président, le duc de La Force ne pouvant alors signer que comme rapporteur. Il n'a pas tenu compte de ces remontrances; il alla à M. le Régent, et, présent M. de La Vrillière, fut réglé ce département des plus étendus et le règlement bientôt expédié par le secrétaire d'État et imprimé dès le soir. Il n'y en avoit pas trois exemplaires de distribués que le duc de Noailles représenta et obtint la révocation du règlement. Gela mortifia beaucoup le départementaire, et chez le duc de Noailles se passa une scène d'éclaircissements des plus vifs qui se voyent. Il se dit des choses et des paroles qui n'étoient pas trop mesurées. Le duc de La Force se doiinoit cependant pour celui qui se posscdoit le mieux ; il vouloit en se retirant embrasser son ami, et le baiser lui fut dédaigneusement refusé.

MM. Lau et de Noailles sont fort brouillés ; les politiques vous diront que c'est jeu joué pour détruire ce que leur grande intelligence avoit de trop suspect et connoître les véritables amis de l'un et de l'autre. Par prévision, on parle d'ôter à Law la banque générale et de la doiuier aux Paris.

Le cardinal de Rohan est arrivé. M. le Régent l'a

mandé et lui a fait rompre le vœu de ne pas quitter Saverne, que la constitution ne fût reçue ou accomodée. On dit qu'il revient pour de grands desseins, comme par exemple pour être fait patriarche. Enfin on s'ennuie de la situation des affaires, tant le conseil de conscience, le chancelier, le cardinal de Noailles sont portés à faire quelque coup d'éclat.

Mme de Parabère est heureusement parvenue au cinquième mois de sa grossesse ; tout le monde donne cette œuvre à M. de Noce '.

Messieurs vos enfants qui étoient à la noce de Mme Fermé peuvent se rappeler un jeune homme nommé M. de La Baune, d'une très joHe figure et qui bégayoit beaucoup. Voici ce qui lui est arrivé. Il étoit depuis peu conseiller au parlement de Toulouse, dont son père est président à mortier. A Toulouse, il est devenu amoureux d'une des plus belles femmes de France, appelée Mme de La Croix ; il a fait tant de progrès sur son cœur en peu de temps, qu'elle s'est trouvée grosse de son fait. Sa situation étoit de ne plus coucher avec son mari depuis plusieurs années même; ce mari étoit absent depuis plusieurs mois. Au désespoir, elle ne s'est pas trouvé d'autre réponse que la funeste résolution d'empoisonner son époux. La probité et l'éloquence de M. de La Baune n'ont put l'en détourner. Au con-

i. Elle accoucha d'une fille au mois d'octobre, laquelle épousa, en 1735, le comte de Roltembourg. Veuve depuis le 13 février précédent-

% LES œRRESPONDAVrS

traire, il a lui-même succombé en apparence et s'est engagé à lui fournir du poison. Il n'a envoyé que de rémétic même assez doux. Le mari revenoit heureusement, pour le dessein de Mme de La Croix, malade; en arrivant, il a fallu se mettre au lit et prendre du bouillon ; elle a plusieurs fois redoublé la dose. Cependant on étoit fort étonné de voir cet homme vomir jusqu'au sang toutes les fois qu'il prenoitdii bouillon. Un jour qu'elle étoit dans la nielle du lit, elle tira son mouchoir et il tomba une lettre. Elle fut ramassée ; son mari trouva que La Baune lui écrivoit et avoit signé. On ne connut qu'un mystère d'amour, mais pas encore un mystère d'iniquité. Cela 6t fort épier, et enBn on intercepta une lettre qu'elle écrivoit à M. de La Baune. « Si vous m'aimiez comme je vous aime, vous me serviriez comme je le souhaite. Vous m'aviez promis un poison subtil; c(* que vous m'avez donné ne me tire pas d'embarras. » AfTaire furieuse et qui revient à M. le président (le La Baune. A quelque prix que ce fût, il voulut raccomoder promptement et secrètement. Il lui en coilt(» 50 000 livres, qui ne sauvent ni la réputation ni Tétat de son fils. La nouvelle est devenue publlcjne, (*t la notoriété a obligé le procureur général à commencer son procès. Il pensa donner dans le panneau, les chambres étant assemblées pour lui faire son procès. Un ami lui en donna avis comme il s(» rendoit au palais. Il a pris la fuite, et autant (Ml a fait son amante. L'histoire en est à cette

DE LA HARyUISE DE BALr.EKOV T.

ous manderay le reste avec le temps, ïii plus simple, c'est les amours de M. le Mlle Le Roy, veuve d'un chirurgien et puis peu danseuse à t'Opéra, la plus jolie permne du monde et une merveille de bonne humeur, llle n'a eue/ire reeu qu'un sac d'écus blancs. Mais faveur fut d'abord au point que M. le Duc lui apil quel étoit le chien de sa meute qu'il ainioil le ieux, le nom de ce chien, ses bonnes qualités el lies de quelques autres chiens qui étoient après mieux dans son esprit. La pauvre Mme Martel, outre quelques confidences pareilles, n'a pas reçu h-

moindre présent qu'une

11 n'est parlé que du gros jeu de Mme Le Riche au rlan ' ; toutes les bonnes maisons de Paris se la dislutent et l'arrachent.

M. de Magny-Foucault donne le jeudi assemblée de danses et gros jeu ' ; le dimanche, comédie italienne et gi-aiid souper; le lundi, bal masqué, pré- •àé d'un concert et d'un souper. Où sont les petits 'jeudis du baron de Breteuil? Heureuse postérité, si les introducteurs enchérissent toujours ainsi sur la magnificence de leurs prédécesseurs.

Le comte de Nostiche est un étranger célèbre par dépense. Il donne dans toutes les choses où l'ar-

irailanl laxé Tminèe sulvaii « do M. Le Riflie de La Poupliii

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