Frère de Vauban, lieutenant général, cousin du maréchal
3. Claude Jouvenel de Harville des Ursins, dont Taîeul avait été substitué à la maison Jouvenel des Ursins, épousa une fille du secrétaire d'Etat de la guerre. Mort en 1726, colonel des dragons d'Orléans.
4. Gaston de Grossolles, brigadier, épousa Agnès de Beauvais, fille du marquis de Beauvais et de Marie de Brancas.
DE L\ MARQUISE DE lîALLEKOÏ 165
louse lui feracourirlecerf, et, ayant SU que ce prince, comme prince du sang, voutoit avoir un siège à dos chez lui, le cinr a dit qu'il ne feroit point de façon, puisqu'il n'étoitque vice-amiral et le comte de Toulouse amiral. Il a été surprendre le roy dans son cabinet en passant par chez le maréchal de Villeroy. Le roy lui dit qu'il le trouvoit sur la carte, où il examinoitles grands Etats. Le czar Fut charmé et lui fit cent amitiés.
La maison de M. d'Avaray, ambassadeur de France en Suisse, a été entièrement brrtiée avec tons ses meubles.
Le petit Harouet, poète satirique, a été mis à la Bastille et sera mené, dit-on, à Pierre-Encise '.
L'archevêque de Reims a perdu son procès contre ses chanoines et ses curés. Il lui en coiltera 2000 écus eu dommages intérêts *.
Le czar est venu voir la procession de Notre-Dame et a entendu tout l'office dans les voûtes. Il est allé à Fontainebleau à la chasse du cerf, que lui
1. Voliairc, compromis déjà par des vers Irop hardis, fui recueilli par M. de Cnumarlin deSainl-An^; mais il Tut nccusé d'avoir encore écril une satire inlllulée Kesnante puero; arrilé le 16 mai, clicï lui, à Paris, il fut ècroué le lendemain h la DosUlie, où il reslB un an.
% Mgr de Uallly, ardeni panisan de la bulle, avait poursuivi avec imc excessive rigueur son clergé, qui y élail 1res opposé. U lui créé peu après cardinal.
IGii LES CORRESPONDANTS
donne le conoite de Toulouse. On est toujours charmé de son esprit et de sa politesse. Il achète beaucoup de choses curieuses pour les arts. M. le duc de Rohau le \\t à Bercy, et comme il ne saluoit pas, ne le connaissant pas, il dit : « Voilà un homme bien impoli. >» Le prince Couraquin, qui l'entendit, lui dit : « Je me jirarderai bien de dire à Sa Majesté la sottise que vous venez de dire. »
Caumartin de Boissv.
âJ juin.
On a parlé beaucoup pendant quelques jours du combat des officiers aux gardes ; à peine parlait-ou ici de la querelle du prince Charles contre les légitimés ni de celles de la noblesse contre les ducs. 11 v
avoit cependant des commissaires de nommés : ils «Moient peu contents de la besogne qu'on leur donnoit, mais ils s(^ tialtoient qu'ils ne jugeroienl peut-être pas. Gepiuidant les téfes sages qui se sont faites chefs de la nobl(\sse se sont avisées de faire une belle protestation. On prétend que c'est M. le grand prieur et le cardinal de Polignac qui, pour favoriser les légitimés, se sont avisés de la leur inspirer. Cette nol)l(»sse extravagante s'est donc avisée de donner une r(Miuét(» d'opposition à ce que les six commissaires nonnnés n'eussent pas à s'ingérer de juger la suc- (•(^ssion de la couronne, qui ne peut être donnée que par les Etats. Ils en demandent en même temps la
DE LA MARQUISE DE BALLEROY i67
convocation. Cette requête auroil pu être bonne à donner lorsque le feu roy avoit déclaré ses enfants bâtards habiles à succéder; mais, aujourd'hui qu'il ne s'agit que de leur ôterce que Ton n'a pu leur donner, pourquoi vouloir empêcher de le faire et arrêter ceux qui vont remettre les choses dans Tordre et donner pour motif de ce qu'ils vont faire que le roy ni le Parlement n'ont pu sans le consentement de la nation appeler des bâtards à la succession de la couronne.
Vous savez apparemment que le Régent a fait arrêter MM. de Chastillon, de Rieux, de Beauffremont, de Polignac, de Vieuxpont et de Glermont : trois ont été mis à la Bastille et trois à Vincennes.
Samedi 19, les légitimés ont donné leur requête au Parlement. Les chambres se sont assemblées aujourd'hui : beaucoup ont été d'ans de rejeter la requête. Ils ont pensé de faire entrer les gens du roy ; ils ont été d'avis de rendre compte au roy. On a suivi les conclusions. Le Parlementa fait demander Tordre du roy pour le jour qu'ils iroient. Le roy a donné jour mercredi 30. On va avoir le temps de juger. Je ne doute point que Tédit ne soit donné avant le 30.
Je vous fais ces détails, parce que je ne doute pas que cette cabale enragée n'écrive à votre fils pour lui faire signer cette ridicule requête. 11 est homme d'esprit, mais il est jeune, et je crains sa tête, qui n'est pas incapable de s'échauflTer. Faites-lui bien comprendre dans quoi il se jette. Ce parti est ameuté contre les princes du sang, qui jamais n'eu-
168 LES œRaESPONDANTS
blieront ceux qui se seront ligués contre eux. Le Régent assure bien que, tant qu'il aura le pouvoir, Ton n'avancera aucun de ceux qui auront signé. Votre fils veut-il être hors d'espérance , s 'il venoit à la guerre, d'avoir un régiment? Veut-il se faire gentilhomme de campagne pour le reste de ses jours? Ceux qui auront ici des protections puissantes pourront se flatter de se raccommoder par la suite; mais que pourra espérer votre fils s'il se met devant lui cette barrière? La cabale n'a personne de sensé à sa tête : aucun gouverneur de province, personne qui puisse la soutenir ni donner de la force à son parti. Quelle espérance ont donc ceux qui s'y joindront? Le chevalier convient qu'il a tort, mais que, puisque le vin est tiré, il faut le boire. Ce discours est extravagant. Cependant ces messieurs courent partout et écrivent de tous les côtés pour avoir des signatures. S'il a signé, faites en sorte qu'il retire sa signature, s'il le peut : c'est le plus grand service que vous puissiez lui rendre, .le vous offre de dire au Régent ce qu'il auroit fait pour faire échouer les choses dans vos cantons, et je ne doute pas que Son Altesse royale ne lui en sache gré, quand même il auroit commencé par se laisser aller à signer et à fiiire signer, s'il détruit ce qu'il a fait, lui ou les autres. Servez-vous de votre bon esprit, ma chère sœur, pour lui faire distinguer le faux du vrai, car je ne doute pas qu'il n'ait reçu bien des lettres des enragés qui veulent embarquer tout le monde dans la sottise qu'ils ont faite.
Le duc de Montbazon se meurt de la petite vérole * . Il y a très peu d'espérance. Celui qui suit est le chevalier. C'est rauimal le plus obscur et le plus brutal que Ton puisse connattre '.
Le mariage du duc d'Albret avec Mlle de Culant s'avance fort, malgré l'opposition de MM. de Louvois, qui vouloient la donner à l'abbé de La Rochefoucauld ; mais elle et les Dalligre veulent absolument du duc d'Albret.
Caumartin de Boissy.
26 juin.
L'affaire de la noblesse a fait un grand bruit ; il n'y en a jamais eu une si mal concertée. Votre fils I>eut vous dire ce que j'ai pensé sur cela. Je lui conseille de se tenir en repos. On a été près de dépouiller entièrement ceux qui ont signé de leurs gouvernements, régiments, pensions. On dit que celle de M. de Goesbriant est retranchée. Il a disparu, et on croit qu'il est allé en Bretagne. Cette protestation a fait un effet tout contraire à ce qu'ils vouloient, car on va juger les princes on ne sait point encore en quelle forme; beaucoup de gens croyent que ce sera jeudi,
1. Armand de Rohan, dit le prince de Montbazon, flls aîné du duc, brigadier des armées; il mourut le 26; il avait épousé Louise de La Tour Bouillon, sœur du comte d'Evreux, qui s'enrcrma avec lui, quoique redoutant excessivement cette maladie.
2. Hercule Meriadec, comte de Rocherort, puis prince et enfln duc de Montbazon, mort en 1757.
no LES CORRESPONDANTS
dans un lit de justice. Les commissaires ont fini leur examen. Si les légitimés se soumettent au jugement, on leur conservera leur préséance sur les ducs; s'ils protestent, comme ils le disent, ils pourront bien perdre cet article. Ces deux affaires sont les seules dont on parle et ont fait oublier la constitution. Tous ceux qui ont signé ont été embarqués par quelques faux frères. On accuse M. de Chastillon d'avoir dit que Ton feroit plaisir au Régent et on croit que le c^irdinal de Polignac, fort attaché à M. du Maine, a conduit toute cette intrigue, dont ceux qui ne sont point en prison sont fort honteux.
M. de Montbazou est mort hier. Le chevalier de Rohan, qui devient l'atné, a, dit-on , épousé une blanchisseuse. On vient me dire que M. de Noailles a demandé huit commissaires pour examiner son administration.
CaI MARTIN DE SaINT-A\GE.
28 juin.
Le chevalier de Matignon épouse Mlle de Beauvais, fille d'un homme d'affaires ^ . Le Régent a permis
1. Il s'ajLril ici du second llls du moréchal de Matignon, assez médiocre sujet, mais qui avait inspiré un vif sentiment à Mlle de Heauvais, fHJSsédanl 1 ÎKJO (KM) livres « non sujetes à recherches . Sa famille préféra marier celle-ci au mois de janvier suivant, à l'avocat général de Chauvelin, « auquel, dit Saint-Simon, elle lit loiifruement éprou\er son cuisant désespoir, p D'une conduite irréprochable, très jolie, elle sut guider son mari sagement el garda dans le monde une situation parfaite.
aux femmes des prisonniers de voir leurs maris, sauf à Mmes de BeauflFremont et de Chastillon .
Le czar a donné 20 000 livres aux officiers de la maison du roy et a envoyé des présents dans toutes les maisons rovales.
Le mariage du duc d'Albret avec Mlle de Culant est déclaré.
L'abbé de Presigny, doyen de Notre-Dame, est mort ce matin. Il était prieur de Conflans-Sainte- Honorine.
Argenson.
!«•• juillet.
Je suis ravi, ma chère sœur, que votre fils ne se soit mêlé en rien de cette maudite requête que le chevalier a signée. On jette dans les carosses la nuit des billets affreux qui tendent à vous mettre en combustion.
Mlle de Culant est la cadette Barbesieux. Nous ne croyons pas que le legs de Mme d'Olonne lui fasse un grand avantage. Elles ont à elles deux ou trois millions à partager. Toute la case Louvois est fort opposée ; mais la demoiselle, le grand-père et la grand 'mère sont très déterminés à la chose. La marquise de Villeroy blâme fort le duc de son union avec les Louvois, pour traverser une union qui leur fait honneur et qu'ils ne peuvent empêcher.
172 l-ES CORRESPONDANTS
Le pauvriî Al. de llarlay s'est fait rapporter dans sa maison à Paris, où il se meurt. Nous l'avons vu avant-hier, mon frère et moi. Il nous serra le cœur au point que je ne jtuis dire. Je n'ai jamais vu un homme qui cù\ tant de bon et de mauvais '.
Vous avez su, je crois, tout ce qu'on a dit d»? Houillr. Voici ses dernières paroles au Régent : « Monseigneur, je sors de confesse ; je me suis accust^ d'avoir vu des garres et bu do vin. Je ne changerai rien à cela. Je me suis tguelquefois montré en public avec du vin et des garcrs ; bien d'autres le font, mais je n'y retournerai plus. Je me suis une fois présenté devant Votre Altesse royale ajirès avoir bien diné, le sceptre des Philistins à la main, avec des discours que je crus qui diverliroient Votre Altesse royale. Je vis que cela n'avoit pas réussi. Je ne retomberai pUis en pareille inconvenance. Je n'ai jamais pillé ni en ai été tenté, je continuerai. Il est vrai que,
pendant la justice, j'ai marié mon neveu B (?), et
que le Beaupon a été épargné. II est vrai que j'en ai épargné quelques autres pour l'intérêt de M. de Béthau. Voilà ma confession. Je m'en suis donné l'absolution, mon confesseur m'a donné la sienne. Je viens demander celle de Votre Altesse royale. Si elle me la donne, je continuerai de travailler comme le doit faire un bon sujet, capable de servir l'Etat; si
1. Conseiller d'Elal, llls du premier président. Ccsl un des liommcs que Saint-Simon a le plus vivement attaqués dans ses MÉmoirei.
elle ne me la donne pas, j'irai vivre au Coudray. » Le Régent lui dit : « N'y pensons plus; continuez à travailler. »
2 juillet.
Il y eut hier deux conseils de régence, soir et matin. L'affaire des princes y fut jugée. Le Régent dit à M. le Duc qu'il ne sauroit son sort qu'aujourd'hui. M. et Mme du Maine demandèrent ce qui avoit été décidé. Son Altesse royale leur répondit la même chose ; ils avoient l'air très mortifiés. Mme la duchesse d'Orléans pressa fort le Régent pour savoir le sort de ses frères, mais elle n'en tira pas plus que les autres et sortit en pleurant.
On a beaucoup crié contre Ronneval. Mme la Princesse avoit envoyé une lettre à M. de Charolois pour la présenter lui-même à l'Empereur, avec qui l'impératrice Amélie avoit négocié pour lui faire accorder de grandes distinctions dans cette visite. M. de Ronneval a fait continuer la route de M. de Charolois sous prétexte qu'il pourroit arriver quelque action pendant ce temps-là. Mme la Princesse, Mme la Duchesse et M. le Dqc sont au désespoir. On accuse Ronneval de ne l'avoir fait que pour faire plaisir aux bâtards et ôter la distinction que M. de Charolois auroit eue.
Caumartin de Roissy.
174 LES CORIlESl'ONDANTS
3 JuIllPl.
Mlle lie Ciilniit, soutenue des Dalligre, fera faire aujourirhui des sommatioas aux Louvois de vonst'iilir au luariapie. I^cs Louvois répondront tuutc siirlc lie [lolitessos, à ce qu'ils pr^tenderil, sur h jHTsoime. la iiaissatiee et sur le di^sir qu'ils auroieot de l'alliauce, mais que le duc il'Alhrel est si gueus, si ruiné, si emliarrass*'^ d'affiiires de substitution, i]u'en honnêtes ffens ils ne [R'uvent y consentir pour une mineure. Toutes ces taquineries ne donnent que plus d'envie au duc de faire la chose, à sa future et aux Dalligre. Vous voyez que pai- la suite il prépare une belle haine entre ces proches-là.
L'affaire des légitimés fut jugée hier. Mais les juges ne disent rien. Ou croit aipendant l'édit n^ ïoqué : plus princes du sang, mais le rang conservé aux duc du Maine et comte de Toulouse au Parlement et aux enfants à la cour. Je doute fort cependant qu'on leur permette de traverser le parquet.
Mme de La Trémoille se meurt du dévoiemenl '. J^e cardinal a permis au Père Gaillard de la confesser.
Gai'mahtin de Boissy.
K juiUel.
La marquise de Gesvres est depuis hier sans connaissance ; elle a reçu ce matin l'exlr^me-onctioii.