‹ Les correspondants de la marquise de Balleroy (volume 2)Chapitre 57 sur 90 · Le marquis de Saint-Ange · texte numérisé non relu

Le marquis de Saint-Ange

cela ne se fait pas sans la participation de M. le Régent.

Il n'y a point de nouvelles que celle d'un rôtisseur appelé M. Quoniam. Le pauvre homme avoit pour son malheur épousé une très jolie femme : quelqu'un en grand crédit en est devenu amoureux ; on ne sait pas qui c'est ; mais le fait est que, le mari étant un obstacle au commerce qu'on vouloit avoir avec sa femme, on a engagé sa femme à proposer au mari de prendre un caresse un jour de fiftte pour aller voir leur enfant qui étoit en nourrice à deux lieues de Paris, et qu'à moitié chemin il s'est trouvé des gens qui ont enlevé le mari et ont laissé la femme revenir à Paris. Elle a voulu continuer son commerce ; mais tous les voisins l'ont poursuivie par toutes les pierres, boues, et toute sorte d'ordures dont ils ont rempli la boutique, tout le monde étant persuadé qu'elle a part à l'enlèvement de son mari, qui est, dit-on, un bon homme et des mieux apparentés dans la rôtisserie.

A propos de cette histoire, on m'en a conté une approchante d'un de nos amis qui demeure sur le boulevard et qui n'est pas M. de Saint-Hérem K On dit qu'il est devenu amoureux à la fohe d'une comédienne de campagne qui étoit venue avec les danseurs de corde à la foire Saint-Laurent; qu'à la fin de cette foire, le père et la mère de cette fille

1. Le marquis de Saint-Hérem, g^ouverneur et capitaine de Fontainebleau.

il» LES corugspond&tts

TtHilaul la ramoner chez eux, il a trouvé moyeu di' les fairr exiler tous deux et leur escamoter leur Pille, doDl il est demeuré |)aisib]e possesiseur. Ce i]iif j'ai vu. c'est que le mari et la femme sont plus mal ((ue jamais et qti'elle a pris le [larti d'aller à la campajnie p<»ur lonprteiups.

Il V a un vrai mariagi' qui a surpris tout le monde : c'est la lourièn* des Killes Saîtite-.^larie du faubourg Sainl-l iemiain ; elle a quarante-deux ans et ed, dit-on. bt^e et Lien Taite. Il y u lon^emps qu'elle est doiw eette maison ; aussi a-l-elle asseni- W, dil-on. t(IO (MK) libres, on ne sait pas bien a quel métier. (>• qu'il v a de certain, c'est qu'elle épouse un bomiue qui a an bou carosse et est furt à s(tD aise.

Ballsaoi

L'év^hé de CIemi<H)t est enfin donné à l'abbé de Louvois ' ; 00 dit que le premier vacant sera pour l'abbé de Vaubruo. Bien des gens se proposent, s'il en a un, d'y aller, quelque part où il puisse être, pour avoir le plaisir de le voir à une procession mitre et crosse : d'autres disent qu'ils n'iront pas,

I. u rprusa, en allêguiDi que » saaiè ne lui permetuii pa» (Ttcœpter an diocèse où l'évêque èuit obligé de *1siler nn gnni DomtHre de paroisses à cheral. Frère de Barfaesietu, c'éliii u" prftre iastmil. qui arail espèfê uoe bril1>nle mriéfe M ne pul .<' mi^ef à accepter un poste au$9i peu inporUot.

parce qu'ils croyent qu'on demandera trop d'argent pour montrer cela.

On embellit tous les jours la commission de M. de Gaumartin ' ; elle est présentement composée de quatre conseillers d'Etat avec lui et de onze maîtres des requêtes et un procureur général, M. Dombreval, avocat général à la Cour des aides, qui soUicitoit autrefois pour le marquis de Gesvres, à qui il est, je crois, allié. M. de Gaumartin ne croyoit pas qu'il fallût un procureur général ni un aussi grand nombre de commissaires, persuadé qu'il est que cela allongera fort le service. Cependant il y a grande apparence que cela restera ainsi. Ce sera tant mieux pour lui, mais tant pis pour l'affaire, et il n'aura rien à se reprocher sur cela, car il en a bien dit son sentiment à M. le Chancelier. Ce qu'il y a de plus rare dans cette affaire, c'est que ce sera probablement sur les mémoires de Bounallais qu'on travaillera ; je crois même qu'il y aura une commission pour cela.

Balleroy.

30 octobre 1717.

Le comte de Riom a acheté le gouvernement de Cognac de M. de Saint- Vian pour 50 000 li>Tes et 2000 livres de pension viagère.

i. Ce bureau avait pour mission cTexaminer les comptes des gens qui avaient été dans les affaires extraordinaires, d*étudier leurs prétentions et de constater leurs dettes envers les particuliers. }\ tenait ses séances chez M. de Gaumartin.

On dit que le pape prétend que les commissaires devant lesquels les chevaliers de Malte font leurs preuves soient nommés par lui.

Le marché de la terre de Grosbois, que M. le comte d'Evreux achetoit 2 250 000 livres au prince de Tingry, fut rompu avant-hier pour des bustes et autres bagatelles estimés au plus 3000 livres et que chacun vouloit avoir.

L'abbé de Louvois n'accepte pas Tévêché de Clermont.

Les gens intéressés à faire tomber la banque de Lass, après avoir tiré sur lui beaucoup de lettres de change en fort peu de jours et croyant avoir par ce moyen épuisé tous ses fonds, lui envoyèrent un matin deux hommes qui demandèrent à lui parler. Comme ils étoient de mine médiocre, on leur dit qu'on ne pouvoit voir monsieur ; si c'étoit pour recevoir de l'argent, qu'ils n'avoient qu'à s'adresser à ses commis. Ils répondirent qu'il falloit qu'ils parlassent à lui et qu'ils attendroient. Quelque temps après, un domestique, les voyant attendre constamment, les alla annoncer à M. Lass, qui les fit entrer. L'un lui présenta pour 2 millions de ses billets, et l'autre pour 2 800 000 livres. Il fut un peu surpris et demanda vingt-quatre heures pour payer. Un de ces messieurs lui dit qu'il n'y songeoit pas, que les billets dévoient être payés à vue, et que c'étoit décrier sa banque que de demander du temps pour payer si peu de chose. Il lui accorde cependant

les vingt-quatre heures avec promesse qu'il ne lui donnerait pas six minutes de plus, et qu'ils feraient pratester s'il lui manquoit. Pendant ce temps, Lass, dont les fonds étoient épuisés par le payement des lettres de change, alla trouver M. de Noailles, qui, ayant autant d'intérêt que lui que la banque ne fût pas décriée, alla au grand magasin, d'où la somme fut tirée et payée aux porteurs de billets.

Il y a quelques jours qu'un marchand vint demander à M. le Duc une somme considérable pour des choses fournies à Mme de Nesle. Ce prince appela un valet de pied et lui dit de s'en aller avec le marchand chez la dame, de n'en point partir qu'il ne l'eût vue payer. Le valet ayant exposé la commission, Mme de Nesle dit que ce n'étoit point à elle de payer ; cela causa quelque altercation ; le valet, qui avoit les ordres, dit qu'il ne sorliroit point que le marchand ne fût payé; que, si elle n'avoit pas assez d'argent, il y avoit un homme dans son cabinet qui étoit en état de lui en prêter : c'étoit M. Lass, qui, ayant tout entendu, se montra et dit qu'il ne falloit point faire de bruit et qu'il alloit payer, ce qui finit toute discussion.

Balleroy.

9 novembre.

On parle d'une grande conversion au Luxembourg. Le Père Massillon a été Vinstrument et

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on pourroit dire en peu de mots en recommençant la phrase par le dernier substantif que vous remarquerez qui est souligné, véritablement jamais prêtre ni moine n'a mieux mené une affaire. 11 a persuadé, au bout de plusieurs retraites qui ont été faites aux Carmélites, qu'il falloit se marier pour ôter les péchés : elle a épousé Riom ; je vous en parle pour avoir vu l'habit de noce qui est fort beau. Dès que le sacrement a été mis en jeu, il a fait l'effet ordinaire d'apporter le dégoût, et le directeur, qui est, dit-on, aussi amusant dans la ruelle qu'en chaire, est devenu le galant *. On lui donne l'évêché de Glermont, quoique sa nomination ne soit pas encore aussi publique que sa bonne fortune.

On commence à démolir Mardyck; outre l'épargne de l'entretenir, on vendra pour 30 000 livres de matériaux.

Si quelqu'un mérite qu'on se fasse écrire à sa porte, c'est le prince électoral, pour trois choses qui lui arrivent à la fois : il vient de changer de rehgion et passer à la communion romaine ; le roi Auguste abdique et le fait éhre roi de Pologne, et il épouse une archiduchesse ^ Les politiques font de grands

1. Cette lettre est très importante, en ce qu'elle donne la preuve du mariage de la duchesse de Berry avec son dernier amant. Quant à Taccusalion portée contre Massillon, nous en avons fait facile justice dans notre histoire des Filles du Régent; la princesse avait alors vin^'t et un ans et Massillon cinquante-trois. On connaît le caractère sceptique et médisant de d'Argenson, qui ne sut pas résister au plaisir de raconter un cancan qui lui semblait piquant.

± Kncore dépures chimères, (|ui ne furent jamais réalisées.

almanachs sur ce dernier article, en voyant clair comme le jour qu'il sera un jour empereur et partant plus puissant que Charles V , qui n'avoit que des forces divisées.

On a prétendu que le chevalier de Bavière s'étoit battu contre le chevaher d'Oppède, qui vient de mourir. Le premier a reparu ces jours-ci, mais un peu plus pâle qu'à son ordinaire, et a véritablement disparu pendant plusieurs jours, après avoir renvoyé une partie de ses domestiques *. Quand on vous dira que M. de La Feuillade part incessamment, n'en croyez rien ; il a dit à M. de Vannes qu'il le retrouveroit à son retour, et les dernières nouvelles de Rome sont assez indifférentes sur cette belle déclaration, qui devoit faire tant d'effet.

Argenson.

16 novembre.

Ce que je vous ai mandé du Père Massillon est si vrai que cela vient de se confirmer par sa nomination à l'évêché de Clermont ; on a dit que Mme de Berry payoit les bulles, qui sont de 40 000 livres. Mais elle ne fait qu'y contribuer. Le chevalier Croizat fournit le reste * ; des dévotes envoyèrent le

1. Dangeau mentionne au 28 octobre la mort de M. de Forbin d*Oppéde, neveu du cardinal de Janson, en parlant seulement d'une agonie de trois à quatre jours.

2. Dangeau affirme que Crozat < cadet » paya la somme exigée pour les bulles.

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soir de sa nomination de petites sommes de leurs épargnes pour y contribuer ; mais on les repoussa brutalement , et on leur dit qu'il y avoit six heures que la somme étoit complète.

On vous aura sans doute appris il y a plusieurs mois que M. le Duc avoit pris Mme Martel * par le conseil de Mmes de Verrue et de Cessac * et l'administration de La Faye ^ A propos de ce dernier, on conte que, quelque temps après que cette aflTaire-là fut parvenue au public , le président Henaut et La Faye se trouvèrent dans l'amphithéâtre de l'Opéra. La Faye lui parla en goguenardant de la beauté de Mme Martel et faisoit fort le mauvais plaisant. On attendoit Mme la Duchesse la jeune pour commencer l'opéra d'Isis , et , dès qu'elle entra, le président donna pour toute réponse à ces plaisanteries ce vers de l'opéra :

Junon paraît; allez, Mercure, obéissez.

Or cette affaire, conduite à si bonne fin, vient de cesser. M. le Duc ne pouvoit mordre à cent propositions qu'elle lui a faites, comme de lire les Epodes

1. Nous ne pouvons désigner exaclemenl celte personne ; Gédéoii Martel, comte de Marennes, eut une fille qui épousa en 4653 M. dr la Cropte-Beauvais et eut pour enfant la comtesse de Soissons.

2. La comtesse de Verrue, fille du duc de Luynes, quitta la cour de Turin en 1700 et se retira d'abord dans un couvent à Paris, puis elle eut une maison très recherchée; elle vécut jusqu'en 1736. — Mme de Seissac — sœur du comte d'Albert — rect^ vait souvent à souper le Régent et ses intimes.

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