‹ Les correspondants de la marquise de Balleroy (volume 2)Chapitre 56 sur 90 · Lieutenant général et gouverneur de Besançon · texte numérisé non relu

Lieutenant général et gouverneur de Besançon

voisins des Capucins que je tiens cela, mais de plusieurs autres qui peuvent être instruits.

On dit que Taffaire de la Constitution va se terminer par une déclaration qui défendra tf ea parler. On tint conseil hier sur cela jusqu'à deux heures, à notre grand détriment, car cela nous fit attendre à dîner chez M. de Caumartin presque jusqu'à cette heure-là M. le duc d'Albret, qui avoit voulu parler au Régent après le conseil.

Il y a quatre jours, il a paru ici une gazette d'Amsterdam qui est plutôt un manifeste du roy d'Espagne contre sa renonciation qu'une gazette; elle a été bientôt supprimée.

Il court un bruit que M. Lass est brouillé avec le duc de Noailles. On a peine à le croire, et en tout cas on est persuadé que cela ne durera pas.

Balleroy.

12 octobre.

Je crois que j'ai oublié de vous mander l'aflFaire du marquis de Tessé K Etant à table à Marseille avec quelques officiers, il donna une espèce de démenti à l'un d'eux. Les autres l'engagèrent aussitôt à lui demander pardon et ensuite les firent embrasser ef continuer à boire ensemble. Le lendemain au soir, le chevalier de Tessé étant à se promener sur la grève avec le chevalier de Nangis, ce même ofB-

\, Second fils du maréchal.

cier^ que Ton croyoit content, vint à lui Tépée à la main. On dit que M. de Tessé eut la précaution de faire remarquer aux personnes présentes qu'on le forçoit à mettre Tépée à la main ; il se battit et tua cet officier. Cette affaire iroit toute seule, à ce qu'on dit, sans qu'il s'est fait quelques ennemis dans le parlement d'Aix, qui font faire des informations et cherchent à le trouver coupable. Le maréchal est revenu en poste pour cette affaire.

17 octobre.

Le chevalier de Broglie étant allé avec un phaéton essayer des chevaux de carosse dans la plaine de Grenelle, ses chevaux ont fait quelques sauts; il a eu peur et s'est jeté à bas ; en tombant, il s'est cassé la jambe ; la gangrène s'y est mise et il en est mort. Le Régent a voulu donner au marquis de Broglie l'alné son régiment à vendre ; il l'a remercié, disant que cela appartenoit de droit au plus ancien colonel réformé. On dit qu'en cela il recule pour mieux sauter.

Il court un bruit de marier le duc de Chartres avec une infante de Portugal.

Mme d'Arpajon est aussi entrée chez Mme de Berry à la place de Mme de Clermont *. On dit

1. Fille de Le Bas de Montargis, trésorier de l'extraordinaire des guerres, et d'une fille de Mansart, riche, belle, honnête, mariée au marquis d'Arpajon, lieutenant général, qui la rendit peu heu-

216 LES œRRESPONDANTS

qu'elle a donné 2000 pistoles à Mme de Mouchi pour cela.

Le pauvre petit Boissy, dont je vous ai mandé la petite vérole, se portoit à merveille avant-hier, c'est-à-dire sa maladie alloit, au dire de Gelé, aussi bien qu'on pouvoit le désirer, et hier à midi il tourna à la mort tout d'un coup * .

Balleroy.

27 octobre.

On m'avoit dit il y a déjà quelques jours, mais sous un si grand secret que je n'ai pas osé le confier au papier, une chose que je crois pouvoir vous mander aujourd'hui : c'est que le duc de Noailles, voyant qu'il n'y a pas beaucoup de raison à tout ce qui vient de se faire au sujet des gens d'affaires, fait M. de Caumartin * chef d'un bureau qu'ils ont composé ensemble pour revoir toutes ces affaires et y mettre quelque sorte de règle, que je ne sais pas comment ils s'y prendront, car il y a déjà bien de ces affaires consommées ; mais c'est toujours beaucoup pour lui et pour nous que M. de Noailles le regarde comme une ressource, d'autant plus que

reuse. La duchesse de Berry la prenait d'ordinaire avec Mme de La Rochefoucauld, fille de Prondrc, quand elle allait en retraite aiii Carmélites, en disant toujours à Tabbesse : « Je vous amène mes deux bourgeoises. •

1. Timoléon, second fils de M. de Caumartin de Boissy et de Mlle de Verthamon, âgé d'environ vingt ans.

Page 1