Ingénieur qui inventa la machine de Marly
3. Premier président. Arrêté en 1718, il fut reconnu innocent au mois d'avril. Comme il quitta alors Paris sans prendre congé de la cour, un courrier fut expédié à sa suite, porteur d'un ordre d'exil en Poitou.
par ses friponneries. « Et moi je vous dis, répondit M. de Brillac, que tout le monde à Paris dit que vous n'êtes parvenu à la place où vous êtes que par de semblables choses et que depuis que vous y êtes, vous n'y avez fait que ce que vous me reprochez. » Comme il ne se soucioil pas du secret de sa réponse, il le dit assez haut pour que tout le monde de Taudience l'entendît.
On dit que M. Bedic (?) épouse Mlle Lass.
Argenson.
22 novembre.
Je VOUS dirai pour nouvelle que M. le marquis de Briqueville a épousé depuis six semaines Mlle de Grandpré *. M. de Briqueville le père est ici pour faire casser le mariage, en quoi il n'y a pas apparence qu'il réussisse ; ils ont été mariés par M. le cardinal de Noailles.
Le roy d'Espagne continue à être fort malade. Il a fait son testament, par lequel il fait la reine régente, et tous les grands y ont signé.
La comtesse de Soissons, belle-sœur du prince Eugène, est morte * ; la cour en a pris le deuil d'avant-hier.
1. Celle alliance n'est pas mentionnée dans la généalogie de la maison de Briqueville, ni dans celle de Joyeuse-Grandpré.
2. Mlle de La Gropte de Beauvais, fille d'honneur de Madame, que le comte de Soissons avait épousée par amour; elle était arrivée depuis peu de Lyon et recevait des gratifications du Régent, étant très pauvre. Son fils était richement marié en Allemagne et de plus héritier du prince Eugène; sa fille vivait dans un couvent à Turin.
Le roi avec Mme de Berry donnèrent le nom jeudi dernier à M. de Glermont*.
On a volé dans la cassette de M. le cardinal de Noailles une espèce de concordat qu'il avoit fait avec tous les évêques de son parti ; aussitôt qu'il s'en apperçut, il le fit dire à M. le Régent, qui a fait faire toutes les diligences possibles pour empêcher qu'il soit imprimé à Paris ; il y a apparence qu'il Ta été en Hollande, puisqu'on assure qu'il a déjà paru ici.
Le pape n'a rien voulu recevoir de tous les accomodemens qui ont été faits, et la Constitution est plus brouillée que jamais.
Balleroy.
24 novembre.
Le bureau de M. de Gaumartin a commencé lundi dernier; il va commencer incessamment aussi celui qui concerne les affaires ecclésiastiques, que l'on regarde devoir être encore plus considérable que le premier.
M. de Gaumartin s'est trouvé ces jours-ci à dîner chez M. le duc de Noailles avec Mme de Sabran, et pendant le dîner elle lui fit beaucoup de questions sur le chevalier.
1. Troisième flls du prince de Condé et de Mlle de Nantes, né le 15 juin 1709.
M. le duc de Richelieu a été à rextrémité ces jours passés.
Mlle de Gharolais a la petite vérole.
Balleroy.
8 décembre.
M. Tabbé du Bois est revenu d'Angleterre pour quelques difficultés de la négociation. Il y retourne demain.
Les différens entre le maréchal de Villeroy et les gentilshommes de la Chambre ont été réglés par M. le Régent. Ils pourront interdire les officiers qui sont sous leurs charges et le maréchal ne pourra point lever l'interdiction. Du reste, il demeure toujours maître de la Chambre. Quand les gentilshommes de la Chambre vinrent saluer le rov, M. de Ruffé, l'un de ses sous-gouverneurs, leur demanda s'ils ne trouvoieut pas le roy fort cru : il n'y avoit que quatre jours qu'ils ne l'avoient vu.
L'œil de M. le Régent va beaucoup mieux; il distingue les couleurs.
M. des Marais est grand fauconnier; sou fils, qui n'a que six ans, a la survivance.
Il a paru un frère à M. d'Evry * ; il a trentesept ans ; on n'en avoit pas ouï parler depuis vingt ans; il demande sa part à la succession.
On croit que tous les jeux publics seront défendus
!• Maître des requêtes.
dans deux jours par une déclaration du royqui s'observera dans tout le royaume.
15 décembre.
Le Régent a donné au duc de La Force le département des États de Languedoc, Bourgogne et Bretagne, de sorte qu'il ne reste presque plus rien à M. des Forts.
Mme de Sezane a gagné la petite vérole auprès de Mlle de Charolais *.
On a enfin défendu tous les jeux, sauf l'ombre, le piquet, les échecs, le tourniquet, le trou-madame. M. l'ambassadeur de l'Empereur a obéi d'abord; ceux d'Espagne, Malthe et Sicile ont dit qu'ils vouloient faire jouer trois et quatre jours pour montrer qu'ils en avoient le droit.
Le Régent a recommencé à faire le remède du curé de Ruel ; il a souffert hier des douleurs fort grandes.
L'abbé du Bois n'est pas encore reparti pour Londres.
Le cardinal de Noailles a enfin retiré des mains du premier Président et du Procureur général la protestation qu'il avoit faite que son acte d'appel a
1. Marie-Louise de Nesmond, flile d'un lieutenant général des armées navales, veuve en 1714 de Louis d'Harcourt, comte de Sézanne, frère du maréchal d'Harcourt; elle avait gardé Mlle de Charolais pendant sa maladie. Elle ne mourut qu'en 1720.
été imprimé contre sa volonté, et ladite protestation a été déchirée.
Le cardinal de Rohan n'est pas encore arrivé. Le débordement des eaux a reculé son voyage.
16 décembre 1717.
Il n'y a personne qui ne connût Tabbé de Bonneuil, un grand diable d'abbé que l'on voyoit par tous les spectacles et qui se mêloit des femmes * . On l'a trouvé hier matin assommé, lui et son laquais, dans sa chambre, mais ce qui s'appelle assommé : l'instrument de son martyre à côté de lui, un bâton ferré un peu ensanglanté, sur une table deux petites bagues bien proprement mises sans teinture de sang, 7 louis dans sa poche et 200 dans son tiroir ; ainsi il n'y a point de voleurs à ce meurtre. On sait qu'il avoit joué la veille chez l'ambassadeur de Sicile e! soupe chez M. de Gastellane. On a parlé aux porteurs qui Tont ramené à une heure après minuit. On soupçonne, on raisonne, on n'en sait pas davantage, et Ton n'en découvrira peut-être pas plus que sur l'assassinat d'un vieux M. Savary qui fut massacré il y a quelques années avec sa servante.
Notre ami l'abbé Richard n'a pas eu une aventure tout h fait si tragique, mais il y a espérance. On la mis au Ghàtelet pour avoir ajusté de faux titres; le
1. Grand joueur, dit Stiint-Simon, ayant beaucoup gagné depuis peu et voyant assez bonne compagnie.
bras séculier s'est joint à la justice ecclésiastique. M. Antoine, banquier en cour de Rome, est son accusateur. Son dessein est de le faire pendre; ses amis se flattent qu'il n'ira que jusqu'aux galères.
Il y a eu un bal de l'ambassadeur de Sicile à l'hôtel de Soissons. M. deMontauban (que personne ne connaît), cadet aux gardes, et M. d'Héricourt, mousquetaire, étant ivres, ont voulu entrer sans billet ou sans parler honnêtement à la garde : on leur a dit que Son Excellence leur^avoit donné des ordres précis. Les mousquetaires ont dit qu'ils se f.... de Son Excellence, ce qui n'est pas bien à eux, et ont mis flamberge au vent. Enfin ils sont entrés. La garde a fait une tracasserie de cela et l'a redit à l'ambassadeur , qui les a fait arrêter en plein bal. Grande rumeur parmi les jeunes gens : des pelotons de masques ont tenu conseil pendant ce temps-là, on envoya chercher d'autres escouades pour emmener avec sûreté les prisonniers au Ghâtelet; les troupes auxiliaires sont arrivées, et on a donné dessus pendant que les boute-feux étoient menés en prison ; il y a eu de notre régiment quatre archers et un sergent tués, beaucoup de blessés, et aussi bien de la part des assaillants.
Gela a accéléré la défense déjouer au pharaon, qui attire ces baccanales ; on a publié la plus belle ordonnance de palais qui ait paru depuis longtemps. On prétend que ces défenses seront soutenues de beaucoup d'autorité. Jusqu'ici cela n'a fait tort qu'à
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la décoration de la ville. Les feux subsistent toujours, mais les lampions ne sont plus au dehors de la maison ; on les a mis entre deux châssis. M. d'Argenson, mon frère, a lavé la tête à quelques étrangers prétendus résidents, mais qui ne lui ont point prouvé ce caractère. Ils ont cessé deux jours et le troisième s'y sont repris de si bonne grâce qu'on les laissera faire. Le pharaon est trop ancré dans Paris pour qu'on le détruise : il défendra plutôt la police, son parti est à présent trop fort.
Un officier ne savoit l'autre jour de quel bois faire flèche pour partir. Il n'avoit que 20 louis. Il avisa d'envoyer son laquais acheter douze petites lumières ou lampions qu'il étala sur sa porte, dressa une belle table et mit dessus un tapis et ses 20 louis. Sur-lechamp arrivent des messieurs ; il leur propose de les ennuyer un moment ; c'est le terme pour proposer de tailler, et il se trouva le soir 110 louis de profit que lui ont valu ses lampions, tant est grande leur vertu.
Les ambassadeurs, pour plus de sûreté, vont mettre au-dessus de leurs portes les armes de leurs maîtres, et malheur à l'ofBcier public qui en approchera; leur hôtel sera lieu de franchise, comme on vous dira que sont à Rome les quartiers des ambassadeurs.
On fait des nouvelles façons de culottes, qui sont sans poches ni goussets et s'appellent culottes à la régence. Tout le monde en porte, sinon les garçons.
M. le duc d'Orléans lui-même en porte et en connaît le terme.
M. de Romanay, conseiller, épouse Mlle d'Estrade, sans autre dot que 100 000 écus qu'il confesse avoir reçus d'elle et 500 000 livres que l'on diminue de sa taxe. C'est le premier effet de la reconnaissance de M. du Maine *.
Mme Bouchu épouse le prince d'Harcourt ; l'affaire n'en est pas pourtant encore à recevoir le compliment ^.
M. d'Asfeld se remarie avec Mlle Le Nain ^.
Le procès du duc d'Albret pour épouser Mlle de Culant ne peut finir de deux ans, et au bout de cela il le perdra.
Argenson,
22 décembre.
Le prince de Galles ayant dit des injures au duc de Newcastle, le second parrain du prince nouveau-
i. Marie-Charlotte, fllle du'comte d'Estrades, lieutenant général, maire perpétuel de Bordeaux, et de Charlotte iNormand ; mariée le 23 décembre 1717 à Pierre Romanet, conseiller au Parlement.
2. Mme Bouchu était une riche veuve qui cherchait un rang à la cour; ce mariage n'eut pas lieu; peu après, elle rechercha le prince d'Auvergne, en lui assurant de grands avantages pécuniaires, mais la négociation échoua.
3. Ce mariage n'eut pas lieu. Le maréchal d'Asfeld, veuf après cinq mois de mariage avec Mlle Joly de Fleury, épousa le 20 septembre 1718 Anne Leclerc de Lesseville, fllle d'un président au Parlement. — Mlle Le Nain, fllle d'un conseiller au Parlement, épousa en 1723 le marquis de Tilly de Blaru; une de leurs filles se maria avec un flls du maréchal d'Asfeld.
né, le roy d'Augletenre a ordonné à son fils de demeurer trois jours dans sa chambre. Il a obéi et puis est allé à trois lieues de Londres et peut-être plus loin. Il pourroit bien arriver des désordres en ce pays-là.
La chambre de la noblesse des États de Bretagne ayant refusé d'accorder le don gratuit par acclamation, selon l'ordinaire, le maréchal de Montesquiou a congédié les États. On parle d'y envoyer des troupes.
Mme de Berry a donné à M. Bonnivet * la charge de maître de la garde-robe ; les gens qui ont trouvé cela nouveau, ne savent pas que les deux reines et M. le Dauphin ont eu des maîtres de la garde-robe, et Madame aussi .
M. de Gourtanvaux a fait une nouvelle chicane qui éloigne le mariage du duc d'Albret. L'affaire se plaide à la Grand'Ghambre, et Mlle de Gulant assiste à l'audience .
On fait de grandes perquisitions de l'assassinat de l'abbé de Bonneuil, et on a arrêté beaucoup de monde. On commence à croire qu'il a été volé, quoi qu'on ait trouvé chez lui 2000 livres d'argent blanc ; mais on dit qu'il avoit gagné plus de 300 louis depuis deux jours, et on ne lui en a trouvé que quatre.
Mme du Guesclin a été assassinée par sa femme de chambre et son laquais ; mais elle s'est si bien défendue qu'elle a arraché l'épée au laquais, qui
i. Le marquis de Bonivet, espèce de chevalier d'industrie, bretleur, bâtard d'un Goufller.
s*en est enfui. La femme de chambre est arrêtée *. Les princes légitimés ont fait imprimer un mémoire pour défendre leurs droits et y ont mis que M. le duc d'Orléans leur avoit dit les paroles suivantes : a Ce que j'ai approuvé du temps du feu roi, je n'aurai pas la bassesse de le condamner présentement. » Ce sont de grandes paroles que M. le Régent a depuis ratifiées ; ainsi il y a créance que cette affaire sera renyoyée à la majorité du roy.
27 décembre.
Les libertés de l'Église gallicane augmentent tous les jours; on a promis au Saint-Père de ne plus parler ni eu bien ni en mal de sa Constitution. Cependant on ne croit pas qu'une parole donnée au pape sans nécessité doive être gardée. M. le cardinal de Noailles, depuis la déclaration du roy, a même augmenté son acte d'appel ; il dit qu'on lui a volé, mais il parait depuis deux jours en beau papier et en beaux caractères, et au bas l'appel de feu M. de Lectoure. Les magistrats ont couru sans succès pour empêcher l'impression. Cela fait croire que les voleurs auroient aussi dérobé une presse d'imprimerie quelque part.
D'un autre côté, on nous mande de Dijon que
1. Marie-Madeleine, chanoinesse de Poussey, flile de René du Guesclin,conseilIer d'Etat, et d'Anne Cousinet. Elle eut le courajro. après avoir désarmé son assassin, de lui crier : « Sauve-toi, malheureux. » Elle avait alors près de soixante ans.
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Tavocat général auroit traité avec mépris la Constitution dans ses mercuriales : toutes ces infractions à la loi du chut^ dont on vous aura envoyé la chanson dans les provinces sont fâcheuses. Ce chut n'a pas trop réussi en cour de Rome; on a bien de la peine à obtenir ce silence; à Rome, on a des adorations pour la bulle. M. de La Feuillade perd toute espérance de partir.
Milord Collifichet est brouillé avec la marquise de La Ferté pour un cas particulier. Cette dame, revenant chez elle, où milord Tattendoit depuis une heure, y trouva un .... dans sa propre chaise qu'elle n'y avoitpas laissé; elle demanda si c'étoit de Lionne, et, comme on lui eut répondu que c'étoit de milord, elle Ta traité de plaisant gredin, l'a chassé de sa présence et exclu son équipage de ses remises.
Il vient d'y avoir un grand changement entre plusieurs nobles dames et messieurs tant de la ville que de la cour. Le comte de La Motte * a quitté Mme Turgot ^ pour Mme de Villers, puis encore abandonné celle-ci pour une autre. Mme de Villers a pris le duc d' Aumont ; Mme d'Argenson ^, vacante par la mort du chevalier d'Oppède, a choisi pour
1. Fils du comte La Mothe, lequel était tils du frère aîné du maréchal de La Motlie-Houdancourt. — Marié à Mlle de La Roche- <»orlx)n.
2. Louise Le Gonz-Maillard, flilc d'un président au Parlement de Dijon, mariée en 1703 à Marc-Antoine Turgot, maître des requêtes, intendant de province; morte en 17âl.
3. Sœur de Mme de Balleroy ; la mention ici est au moins bizarre. JI n'y avait pas à ce moment d'autre femme portant ce nom, ses Jlls ne s'étant mariés qu'en 1718 et 1719.
consolation le marquis des Alleurs *, jeune homme d'une discrétion au-dessus de son âge. Mme d'Arginy * a donné son congé à Mesiay ^ pour aimer le duc de Richelieu avec toutes les fidélités qu'il mérite. Le jeune seigneur a voulu dire et faire des prodiges de vigueur et a eu recours à des bouillons de cantarides qui l'ont réduit à l'extrémité; actuellement on espère peu de sa vie, d'autant plus que les médecins ont commencé par le faire saigner. Le président de Maupeou est tombé dans le môme mal pour avoir voulu servir la maréchale d'Estrées comme elle le méritoit et le souhaitoit *.
Le prince de Soubise continue dans les bonnes grâces de Mme de Nesle, qui vient de prendre pour l'abondance de sa maison et la dépense de son jeu M. Lass, sans préjudice de la tendresse qu'elle a pour l'autre. On s'aperçoit que ce ministre la suit et la lorgne assiduement aux spectacles, ce qui lui attire l'envie des plus grandes dames et princesses. La vicomtesse de PoUgnac favorise depuis plusieurs mois le chevalier de Bavière, dont il a été obligé de se mettre au lait. Mmes de Polignac et de Nesle manquèrent vendredi dernier notablement de respect à M. le Duc, en ce qu'elles firent mettre dans la première loge à l'Opéra