‹ Les correspondants de la marquise de Balleroy (volume 2)Chapitre 77 sur 90 · AI I · texte numérisé non relu

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loit le temps d'y faire réflexion et de délibérer, mais le garde des sceaux dit que le roi vouloit être o\m sur-le-champ. On avoit envoyé au greffier une lettre de cachet pour apporter les registres. Le garde des sceaux biffa les deux arrêts que Ton avoit rendus et fit mettre l'enregistrement. Mais il y fit une chose qui a paru extraordinaire : c'est qu'il signa l'arrêt qui le nommoit garde des sceaux ; personne ne parla. Par cette môme déclaration contre le duc du Maine, on lui ôta la surintendance de l'éducation du Roi, et, après que M. le Régent eut achevé de la lire, M. le Duc se leva avec une requête à la main par laquelle, ayant foit la lecture, il demanda la place vacante comme premier prince du sang et le logement que M. du Maine avoit. Personne ne disoit rien ; cela lui fut accordé. M. et Mme du Maine se sont retirés à Sceaux. Toute la France les ont été voir chez M. de Toulouse, où ils s'étoient d'abord retirés. Mme la duchesse d'Orléans même est malade de cet événement par la part qu'elle y prend ; elle est grosse. MM. du Parlement se sont assemblés le lendemain samedi et ont dressé procès-verl al de ce Ht de justice et ont ordonné îiux commissaires de l'examiner et continuent à se rassembler tous les jours. M. le Régent a toujours mal a son bon œil, car de l'autre il ne voit rien du tout. Il a donné entrée au conseil de Régence a M. de Guiche et à M. de La Force.

Les Etats de Bretagne ne se continuent pas sans

au LES CORRESPONDANTS

liion des diriïculU's; ils ont donoé des protestations coMlrr tout ce qui s'y faisoit, vl le Parlement de Brela^e leur a donn«) acte de leurs protestations et les Présidents des Etals qui y ont été forcés, ce qui fait que l'on en a exilé quelques-uns. Lorsque quelques parlements demandent à s'unir à celui de Paris, vous voyez combien cela prend le train do trembler, car il y a bien des mécontents de toutes parts.

Ou tient que M. du Maine a eu plusieurs entrevue» avec l'ambassadeur d'Kspajçnc aussi bien que plusieurs autres seigneurs d'ici, et l'on parle de lui enlever et h sou fils son fronvernement et les Suisses, et qu'il y aura encore d'autres changements.

GUEVALIER DE GlHARDLN.

M. d'Argenson épousa avant-hier -Mlle de Crussol- Plorensac; ce mariage s'est fait en quatre jours'. On dit que c'est M. de Richelieu qui a été le négt>ciateur et qui l'avoit imaginé.

Nous avons deux nouveaux conseillers au conseil de Régence, lequel se trouve composé aujourd'hui de vingt-six personnes : ce sont le duc de La Fora' et M. de Guiche. Voici comme ou dit que le premier

t. Aiiiic-Cliarlotlc de Crussol, fille du marquis de Rorensac, marcchGl df camp, cl de Thérèse de Scnnelorre, mariée le t2a«ii à Armand de Vigne rot -Kl clic lieu, comte d'Agcnois, duc d'AlguilInoi mon en 17U0.

a été nommé. Il dit à M. le Régent qu'il avoit à lui rendre compte de quelque affaire de finances. M. le Régent lui dit qu'il falloit qu'il vînt au conseil de Régence, coniptant que c'étoit pour rendre compte de cette affaire-là seulement; aussitôt il s'en alla chez M. le Duc et chez tous les autres leur rendre ses devoirs comme nouvel agrégé. Quand M. le Duc en parla à M. le Régent, il lui dit qu'il ne l'avoit pas nommé, mais lui avoit seulement dit d'y venir rendre compte d'une affaire. Cependant, attendu qu'il l'avoit cru et toutes les visites qu'il avoit rendues, il y est resté. Je ne sais point l'autre hasard pour lequel M. de Guiche y est aussi.

Ralleroy.

i26 août.

Il gronde un gros orage : la maison du Roi a des ordres secrets depuis deux jours pour se tenir prête ; on croit que le Parlement pourra s'en sentir, mais on parle aussi de M. du Maine et de M. de Villerov.

Ralleroy.

itl août.

L'orage a éclaté pendant que je vous écrivois. On tenait un lit de justice. On manda sur les neuf heures au Parlement de se rendre au Louvre pour ce lit. Ils étoient assemblés pour délibérer encore

Jlfi LES CORRESPONDANTS

sur les affaires de l'État ef ne s'attendoient pas dii loiit il t^tre mandés. Ils convinreut entre eux dp ni' n'pomlre à rien de ce qu'on leur demaDderoit H soutenir qu'ils ne doivent pas répondre à M. d'Ar- ^iMtson, ni le connottre, attendu que les lettres du {jnrde des sceaux n'étoient point enregistrées. Us,; furent fort étonnés quand ils virent que la premiètei chose qu'on leur proposa fut l'euregistremenl it ces lettres, ce qui fut fait à l'instant; ensuite on Itair ' fit encore enregistrer un édit qui supprime tous le* honneurs et droits prétendus par MM. les prince» bâtards et les réduit ahsolument au titre et rang de ' leurs duchés ; le même édit excepte M. de Toulouse, à la prière de tous les ducs, dit-on, et k cause di'li considération personnelle qu'ils ont pour lui. .M. ii Maine se trouve inférieur au duc de VilleroT, sob duché étant plus nouveau. 11 ne convient pas de lai hiisscr la surintendance de l'éducation du Iloi, et on la donne à M. le Duc. Ou a renouvelé la défense an Pailement de se mêler des affaires d'État. On Jil que le Parlement doit s'assembler ce matin pour protester contre tous ces enregistrements.

Balleroy.

Dans le moment que je vous écris, ou me Ait qu'on vient d'entendre dire dans la rue qu'on a™i arrêté cette nuit grand nombre de MM. du Parle-

ment, tant présidents que conseillers, et cela est vraisemblable, car il y a apparence qu'ils tramoieut quelque chose, n'ayant pas cessé d'être assemblés depuis le jour du lit de justice. Ils étoient encore assemblés hier dimanche, jour où le Parlement est toujours fermé. Mme de Canillac * me fait froid, parce que son mari est brouillé avec M. d'Argenson, et cela bien légèrement; en voici la cause. M. de la Rivière a acheté une charge de guidon des mousquetaires noirs pour son fils : M. d'Argenson en a demandé l'agrément au Régent et n'en a point parlé à M. de Canillac *; je l'ai raconté à Mme d'Argenson pour qu'elle le lui dise ; je ne sais ce qu'elle a fait. M. le comte d'Evreux ^ a trouvé ces jours-ci un secret pour se brouiller tout d'un coup avec toute la cavalerie. Il a imaginé de changer la fin de ses lettres et a fini avec les colonels par : « Je vous honore. » Ils s'en sont tous plaints; il leur a écrit des excuses encore pires ; on dit entre autres qu'il a écrit au marquis de Gesvres qu'il avoit appris qu'il n'étoit pas content de : a Je vous honore », que, comme son mécontentement ne pouvoit rouler que sur sa naissance ou son mérite, il se corrigeroit et finiroit dorénavant par : « Tout à vous. »

Balleroy.

1. Louise Molier de Champelières, femme d'Ignace de Beaufort- Montboissier, vicomte de La Roche-Canillac, morte en 1737.

2. Pierre-Charles, marquis de Canillac, premier enseigne dc< mousquetaires, puis lieutenant général.

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