‹ Les correspondants de la marquise de Balleroy (volume 2)Chapitre 76 sur 90 · Fils d'un frère du premier duc de La Ferté · texte numérisé non relu

Fils d'un frère du premier duc de La Ferté

OU autrement. Deux jeunes gens portant épée vinrent à passer et contrefirent le patois de ce portier; il le trouva mauvais , paroles s'émurent ; il appela les domestiques de la maison, qui vinrent en foule avec bâtons. Ils désarmèrent un de ces jeunes gens et le tuèrent sur-le-champ de sa propre épée et donnèrent cinq coups d'épée au travers du corps de l'autre, dont on croit qu'il mourra aussi. On m'a dit que le mort est de Rouen, fils unique d'une famille fort riche; on a arrêté tous les domestiques de Mme d'Estrade^ mais on dit qu'elle a fait sortir ceux qui avoient frappé.

Balleroy.

20 août.

3e reçois votre lettre, ma chère tante, au retour de la campagne. M. de la Cour m'a dit que vous auriez les Souverains du monde^en quatre volumes, en double, si je vous les envoyois, parce qu'un malotru m'a enlevé l'honneur de ce petit service. Pour Mlle de Montpeusier, ce livre ne paroît pas encore; il y en a deux volumes d'imprimés, et je travaille à vous le faire avoir subtilement, mais mon père travaille au contraire : on lui a mal parlé de ces mémoires. Je ne sais pas s'il n'eu étouffera pas l'édition dès sa naissance. Me sied-il bien de vous annoncer les nouvelles du Parlement ? On procède contre Lass au Parlement. M. de la Cour aura sans doute en-

voyé l'arrêt que je lui ai fait avoir. On n'a encore rien cassé au Conseil. Ils disent qu'on attend la veille des vacances, qui approche fort, et d'ailleurs il n'est pas trop aisé de mordre sur la forme. Nous rendons des arrêts qu'on auroit beau jeter, jamais ils ne cassent. Il y a des titres de chapitres gaulois et quelques pauvres petits couplets. Vous devez avoir tout cela.

M. d'Antin vient de faire avoir la survivance de son gouvernement au petit de Gondrin. La duchesse de Mortemart agonise ou est morte à présent. Ponteuil est mort*. 11 fait bien chaud ici. Voilà tout.

Le chevalier d'Argenson.

:22 août 1718.

Les nouvelles, madame, font toujours un fort grand plaisir, puisqu'elles m'instruisent de votre santé. Les nouvelles augmentent chaque jour en ce pays-ci par les événements. Hier, il en arriva une considérable par un lit de justice que le Roi tint aux Tuileries. Personne n'en parut averti que le matin ; l'on envoya le matin une lettre de cachet au Parlement pour s'y rendre en robe rouge. On avoit fait mettre tout en armes toute la nuit. Comme le Parlement prévit bien ce qui arriveroit et que la liberté

4. Nicolas le Franc dit Ponteuil, fils d'un riche notaire de Paris ; il ne put résister à sa vocation pour le théâtre, où il acquit promptement une légitime réputation.

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