‹ Les correspondants de la marquise de Balleroy (volume 2)Chapitre 82 sur 90 · Mlle Méliiincl et M. d'Argenson · texte numérisé non relu

Mlle Méliiincl et M. d'Argenson

lehors, et un ambigu pour ceux qui voudront encore nanger le soir.

Balleroy.

l*»" décembre.

Enfin, ma chère amie, notre noce se fit hier merlîredi avec toute la munificence imaginable : il y avoit deux tables de 15 à 20 couverts chacune, Tune pour les dames et les jeunes mariés, tenue par Mme la garde des sceaux, et l'autre par le garde des sceaux pour les hommes, toutes deux servies magnifiquement ; on se mit à table environ à trois heures et demie après midi, on en sortit à sept heures ; après cela, bien des tables de jeu et une musique composée de tout ce qu'il y a de meilleur à l'Opéra ; sur les onze heures un ambigu, et enfin à deux heures on mit les mariés au lit. M. Le Bret^ oncle de la mariée, lui a fait présent d'une belle toilette d'argent ^

Le mandement de Mgr l'Archevêque de Bourges parait en 4 pages in-4*. C'est un précis de tous les autres parus jusqu'à présent en faveur de la constitution. Ce prélat y dit que la division dans le corps épiscopal est aussi funeste qu'elle est mal fondée, parce que l'acceptation de la constitution est un jugement unanime de l'Eglise. Le bruit court qu'il parottra bientôt plusieurs nouveaux mandements de

1. Mlle Méliand avait pour mère Mlle Le Bret, flile du premier président du Parlement d'Aix.

prélats appelants au futur concile; mais, pour égayer un peu la matière, je crois qu'on ne sera pas fâché de savoir qu'un bon bourgeois de Paris disoit ces jours-ci : « Eh! de quoi s'avise le Père Quesnel, jésuite, de faire une constitution qui fait tant de fracas? »

On a accordé 30 brevets de colonel à tous les grands officiers du Roi, c'est-à-dire aux guidons, enseignes et sous-lieutenants. M. le comte de Tavanes avoit demandé la même grâce pour la gendarmerie, et M. le comte d'Evreux lui en a fait compliment.

M. de Boisfranc, architecte, a acheté 650 000 livres le jardin de l'hôtel de Soissons, où il va faire bâtir une belle maison, à condition de faire une rue qui aboutira dans celle des Vieilles-Etuves.

Le commandeur de Bandeville, grand prieur de Champagne, est mort, âgé de plus de quatre-vingts ans.

Les demi-quarts d'écu sont prorogés jusqu'au 1" janvier 1717.

On ne parle que de la belle tragédie A' Œdipe, par M. Arouet. Le prince de Conty a fait remarquer à l'auteur quelques défauts qui avoient échappé aux plus fins connaisseurs.

On ôte actuellement les quatre lanternes et les douze colonnes de la place des Victoires, et M. le duc de La Feuillade a donné le tout aux Pères Théatins pour orner leur église, qu'ils ont bien de la peine à finir. M. le duc d'Orléans a donné à ces Pères

10 000 livres pour les aider et en a promis encore

d'autres.

Balleroy.

1er décembre.

L'affaire du maréchal de Villeroy se chauffe avec les premiers gentilshommes ; ils ont pris la résolution de ne point aller chez le Roi jusqu'à ce que le duc d'Orléans leur ait fait justice.

Le cardinal de Rohan a eu ordre de venir ici incessamment; on croit que c'est bon signe pour la constitution .

Le Parlement supprimera demain par arrêt l'appel qui court du cardinal de Noailles, comme contraire à la dernière déclaration du Roi.

2 décembre 1718.

Au sérieux que vous prenez dès que l'on badine avec vous, je me garderai bien de vous confier des détails immodestes de la noce, quoique le marié m'ait tout confié. Ce seroit de quoi se brouiller avec vous pour tout jamais. Je vous demanderai au lieu de cela des pardons de la liberté ridicule avec laquelle j'ai trop inconsidérément badiné avec vous. Je me recommanderai même à vos saintes prières. De quel parti serez-vous sur la constitution, car vous allez trop figurer parmi les dames dévotes pour n'en prendre aucun. N'allez pas déshonorer notre race par des sentiments indignes sur la grâce. Songez

382 LES œRaESPONDÂNTS

que nous ayons toujours* été pour saint Auj^tin; n'allez pas tout de go tous jeter dans le pélagianisme; ma iille tous maudiroit comme une hérétique^ malgré tout le respect qii'elle doit à sa tante. Je tous la garantis, du mrâis jusqu'à ce qu'elle sorte du couTent, plus janséniste que n'étoît Mme de Fontp^uis. ,

GADlIARTiN DE BcflBST.

3 décembre.

On nomme des commissaires à Tabbé Brigand ^on lui promet la question incessamment et la corde au bout. Tout Paris Teut que le 26 on déclare la guerre à l'Espagne. Le chcTalier Menflte \ gentilhomme ordinaire chez le Roi, plus sot qu'mi rc^urier, aura peut-être le col coupé pour une sottise de lèse-majesté. Voici le fait. L'abbé Brigand étoit son ami; quand on eut arrêté l'ambassadeur, il songea à s'enfuir comme il a fait, mais auparaTant il voulut mettre en sûreté certaine cassette remplie de papiers d'impoilance : il va chez son ami Menille, lui dit que le Prétendant, dont il s'étoit fait agent, le mandoit, que le voyage étoit long, qu'il pouvoit mourir en chemin, qu'il avoit fait son testament, qu'il étoit dans la cassette avec d'autres papiers de conséquence à ses héritiers. Menille s'en charge. L'abbé est pris trois ou quatre jours après; le bon

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