I. Fils du inaréclial de Villeroy
M. de Villars lui répondit que tous les côtés lui étoient également sensibles et qu'il lui montreroit. On les en empêcha; le maréchal de Villeroy, qui adore le marquis d'Alincourt, fut prier le maréchal de Villars d'accommoder l'affaire, qui lui répondit qu'il n'y en avoit pas, que c'étoit jeux d'enfants à quoi il ne falloit pas prendre garde. Cependant il veut que son fils se batte.
On a joué aujourd'hui à la Comédie Œdipe d'Arouet ; tout Paris y est venu ; vous comprenez aisément qu'on en a renvoyé plus de moitié. Tout était doublé ; ils ont fait des sommes énormes. Vous saurez que M. le Duc est fort bien avec Mme de Berry ; Mme de Nesle n'a plus que M. de Gesvre : que M. de Fronsac est toujours avec Mlle de Charolais. Je sais aussi qu'une fête de six jours donnée à Chantilly par M. le Duc et Mme de Berry a coûté 30 000 livres par jour.
1i octobre.
M. Ferrant a été réarrété, et Tabbé Lenglet, accusé d'intelligence avec le prince Eugène , mis à lu Salpêtrière ^ .
1. Nicolas Lenglet du Fresnay (i68i-1755), bibliothécaire du prince Eugène ; il avait rédigé un mémoire pour donner au duc de Bourbon les moyens de s'assurer la régence au cas où le duc d'Orléans deviendrait aveugle; ce prince le communiqua au Régent, qui fit arrêter l'abbé, qui resta à la Bastille jusqu'au :2l décembre 1719,
On assure que Monseigneur rarchevéque de Reims a envoyé son mandement à la Faculté de théologie, avec ordre de se rétracter sous peine d'excommunication ; on dit que les docteurs vont faire là-dessus leur protestation en forme.
On dit que l'évéque de Bayonne a adhéré à rappel du cardinal de Noailles et qu'il n'a voulu le faire qu'après être rentré dans son diocèse.
On attend avec empressement le mandement de révêque de Beauvais; on est curieux de savoir comment il s'expliquera; on compte beaucoup sur les lumières de son vicaire général, l'abbé de La Fare.
On remit la semaine dernière aux payeurs des rentes de l'Hôtel-de-Ville 600 000 livres au-dessus de l'ordinaire ; on espère que cela ira de mieux en mieux.
Le conseil des finances vient d'être supprimé, et il y aura deux directeurs, M. de La Houssaye et M, Fagon, et quatre intendants.
Mlle de Gharolais est guérie de la dyssenterie ; elle alla la semaine dernière aux danseurs de corde qui jouèrent à l'Opéra. Ces baladins ne joueront plus du tout, parce qu'ils faisoient tomber l'Opéra et la Comédie française ou italienne et corrompoient entièrement les gens par des farces trop licencieuses.
M. de Ganillac entrera au conseil de Régence.
L'archevêque de Bordeaux, qui étoit du conseil
3ÎÏ LES COBRESPONUANTS
(les affaires ec(.I(^siastii[ues, coiiseirera sa pension et se mi^lt'ni toujours des économats.
M. lie Permatigle, ancien maréchal de camp, bien affligé de n'être point de la promotion des lieutenants généraux, parla au Régent, qui lui dit qii'U n'avaiiçoit point les officiers qui étoient placés et qui avoient des gouvernements. Sur cela, M. de Permanglo dit qu'il étoit prêt de donner la démission do Kort-Louis. Le Régent lui dit ; « De quoi vimez-vous sans voire gouvernement? — De pain et d'eau ! » el sortit comme un homme désespéré.
M. Desfournaux, ancien maréchal de cAmp d gouverneur de Belle-lsle, eut le même sort et Bl la m6me réponse.
Le retour de M. Le Pelletier des Forts, qu'on dit avoir été mandé, fait raisonner bien des gens; on assure qu'on lui destine une place dans les finances.
On a brûlé à l'Hùtel-de-VUle, le 13 de ce mois, 1837 billets d'État, qui font 10 335 560 livres; le nombre de tous les billets brûlés est de 58 078, faisant 51 723 110 livres.
Comme le faux-saunage est toujours en règue à Abheville et le long de la Somme, on doit envoyer des troupes suisses et dans les heux où l'on fait ces négoces prohibés.
On assure que le carrosse de Reims a été volé et qu'on y a pris 30 sacs de 1200 livres chacun, sans l'or; ce vol va à plus de 100 000 livres.
22 novembre 1718.
Nous n'avons fait tous ces jours ici que courir les Mélians; on nous promet toujours que le mariage sera d'aujourd'hui en huit. La mariée, qui aura quinze ans au mois de janvier, est grande et grosse comme si elle en avoit dix-huit; elle est bien fiedte et a bonne grâce, mais elle n'est point jolie de visage, quoique fort blanche. M. et Mme MéUans comptent passer l'hiver ici, chose sur quoi on ne comptoit pas trop. Les nouveaux mariés resteront chez M. d'Ârgenson jusqu'à ce qu'ils aillent à Lille. Ils seront logés d'une façon fort incommode pour eux et pour Mme d'Argenson *.
M. le président Turgot, fils de M. Turgot de Soumont, épouse Mlle Martinol, à laquelle on donne 300 000 livres; on croit qu'il lui en reviendra encore davantage '.
Mlle de Blanzac épouse M. de Comadeu '.
i. Mlle Méliand, fllle de l'intendant de Lille, épousa le flis aîné de M. d*Argenson, auquel il céda sa chargée de maître des requêtes.
â. Etienne Turgrot, marquis deSousmont, président au Parlement, puis prévôt des marchands, conseiller d'Etat, etc., épousa le 25 novembre Madeleine Martineau, fllle du vicomte de Bretignolles et d'Angélique de Montaut.
8. Mlle de Blanzac, fllle de M. de La Rochefoucault-Roye, comte de Blanzac, et de Henriette d'Aloigny, épousa le 30 M. Guy de Lopiiac, marquis de Coetmadeuc, très riche héritière, âgée seulement de seize ans; ce mariage eut lieu parce que M. de Blanzac avait fait sortir M. de Coetmadeuc le père de la prison du château de Saamur.
37 i LES CORRESPONDANTS
Sti novembre.
Gomme il s'est répandu dans les provinces et pays de Picardie, Artois, Gambrésis, Soissonuois, les Trois-Évêchés, Gham pagne et Brie, et même en la généralité de Paris, un grand nombre de vagabonds et gens sans aveu qui s'attroupent avec port d'armes, forcent les habitants de la campagne à les recevoir en leur maison et à leur fournir des vivres, empêchant les fermiers du Roi de percevoir les droits de ses fermes, s'opposant à main armée à rexécution des ordres de la justice et commettant continuellement des désordres et des violences qui intéressent également l'autorité du Roi, la sûreté publique et le repos des particuliers, j'ai cru devoir m'étendre sur ce sujet, parce que c'est la grande nouvelle du jour.
Le Roi a pourvu à toute la sévérité que demande rimportance de cet objet, en ordonnant à tous les gouverneurs, lieutenants généraux, commandants, intendants, etc., à faire une exacte perquisition de ces vagabonds et gens sans aveu pour les mettre en prison. Ils envoient toutes les semaines à M. Le Blanc, secrétaire de la guerre, un mémoire détaillé du caractère de ces gens-là, leur âge, taille, etc.,afln de faire passer aux colonies ceux qui seront en état d'y servir et pourvoir à la punition des autres. Le Roi déclare vagabonds ceux qui n'ont ni profession, ni métier, ni domicile certain ni certifié par une per-
sonne digne de foi. Ils sont obligés, dans Tespace d'un mois, d'avoir des certificats des intendants ou des subdélégués; passé ce délai, on les arrêtera prisonniers. On donnera 20 livres pour chacun qu'on aura arrêté; s'ils ont des armés, les troupes du Roi courront sus, et leur procès sera fait sur-le-champ militairement. On donnera 100 livres pour chaque vagabond pris portant des armes, et il est défendu sous peine de vie de donner vivres à ces gens, qu'on devra découvrir aux officiers et juges. Le Roi accorde amnistie pour les forbans, à condition que dans un an ils quitteront leurs pirateries pour aller servir en Amérique.
129 novembre.
Trois ambassadeurs, comme celui de l'Empereur, de Portugal et de Sicile, ont écrit à leurs maîtres, vu -le traitement fait à celui d'Espagne, que, n'étant pas en sûreté en France, ils prioient qu'on les rappelât. Le Régent est toujours fort triste; l'abbé Rrigault Test encore davantage : il est à la Rastiile ' et, ayant eu une assez mauvaise éducation, il ne veut point parler quand on l'interroge, de sorte qu'on le menace de la question. M. le président d'Âligre fut député hier au Régenta l'occasion de la Ranque royale.
1. Dangeau cependant, le 10 décembre, en mentionnant Parreslalion de M. de Pompadour, dit que l'abbé Brigaud était alors en fuite.
Il représenta avec humilité que le Parlement, s'étant assemblé à ce sujet, avoit trouvé qu'elle étoit pernicieuse au Roi et à TEtat. La réponse de M. le Régent fut digne de lui; il dit qu'il y penseroit et que, ne voulant que le bien de l'État et du Roi, il n'avoit garde de rien faire qui pût lui préjudicier.
Êtes-vous curieuse de sacre? Le Père Mabillon sera sacré demain dans la chapelle du Roi ^ ; le maréchal de Villeroy donne le repas aux hommes et Mme de Ventadour aux dames.
29 novembre.
M. l'Evêque de Rouen a présenté à M. le duc d'Orléans un grand mémoire concernant l'arrêt donné le 13 octobre 1718 par la Chambre des vacations de Rouen portant suppression de son dernier mandement. Cet évc'^que dit entre autres raisons, en propres termes, que cet arrêt a été donné à la pluralité de 7 voix contre 4 et tous jeunes conseillers, même le président, qui commence à faire ses fonctions par dispenses; que le procureur général donna à la Chambre deux lettres de la cour contenant des ordres précis de ne rien faire au sujet des mandements des prélats, et qu'il demande acte de la présentation de ces lettres, qui n'ont pas empêché les juges de passer outre. Cette affaire a été agitée
i. La cérémonie eut lieu le 21 décembre.
dans le conseil de Régence, où les sentiments ont été partagés, et elle ne sera décidée que la semaine prochaine, à cause des petites vacances de ce conseil.
M. Adam a une pension de mille écus, parce que, toutes réflexions faites, la cour n'a pas jugé à propos de rétablir la charge de trésorier des ambassadeurs pour lui.
Le chef des faux-saulniers, nommé Colmery, a été pris ; mais ses camarades l'ont délivré des prisons de Péronne.
M. de Saint-Pierre est à Saintes, pour travailler à y établir la taille proportionnelle.
La cour est assez satisfaite des épreuves de mortiers et canons que M. Thomas fit faire ces jours passés près de Neuilly.
On écrit de Rome qu'une grande partie des équipages du prince Jacques Stuart, connu sous le nom de chevalier de Saint-Georges, y est arrivée, et que le prince y est allé au-devant de la princesse Sobieski.
Plusieurs personnes ont reçu des lettres delà Louisiane, parce que les deux premiers vaisseaux en sont revenus, ayant fait cette navigation en quarante-huit jours.
On a déjà brûlé à T Hôtel- de- Ville plus de 55 millions de billets de l'État, outre les 100 millions que la Compagnie d'Occident a consommés.
Le duc d'Orléans et le garde des sceaux ont pris de justes mesures, afin que l'année courante soit entièrement payée à la fin de décembre. On s'ar-
l'ange aussi pour payer bientôt les pensions et les gages des officiers.
Le 8 de ce raois, il arriva un courrier d'Espagne, et M. le duc d'Orléans a paru content de ses dépêches. Le même jour, les ambassadeurs de l'Empereur, d'Espagne, d'Angleterre, de Hollande, avec l'abbé Dubois furent trois heures en conférence avec le Régent, et le bruit court que TafiFaire d'Italie se terminera par un congrès entre l'Empereur et le roi d'Espagne, où quelques puissances enverront Jes médiateurs pour empêcher que le feu ne s'allume davantage.
31 novembre.
Les futurs époux * furent fiancés hier au soir par l'archevêque d'Embrun ; après les fiançailles, M. d'Argenson fit un joli présent de noce à M. Mélian : il lui remit négligemment un présent entre les mains: •c'éloil une patente de 6 000 livres de pension. M. Mélian dit fort galamment que cela ne seroit pas pour lui, mais pour les jeunes mariés. Ils vont êti\^ mariés ce matin ; après quoi tout le monde dînera ensemble chez M. d'Argenson, où il y a deux tables <lc quinze couverts chacune, mais je ne crois pas •qu'elles suffisent; grande musique après le diuer: grande illumination le soir, force lampions dans le