‹ Les correspondants de la marquise de BalleroyChapitre 12 sur 79 · Alexandre Le Filleul de La Chapelle, nommé en · texte numérisé non relu

Alexandre Le Filleul de La Chapelle, nommé en

qu'il iroit de là chez un maquignon pour des chevaux. Le sellier lui en montra un qu'il venoit de raccommoder ; il lui fit 8000 livres. Le bon agioteur sans marchander lui lâcha son argent et le pria seulement de le garder jusqu'à ce qu'il eût trouvé un cocher et des chevaux.

Une belle dame vint se planter l'autre jour à l'Opéra dans une loge, toute raide d'or et brodée de pierreries; de la loge, elle appela un homme dans le parterre et lui dit : « Monsieur, voulez-vous venir souper chez nous? •

En sortant l'autre jour de la Comédie, un seigneur de la rue Quincampoix, tout brodé, se mit derrière son carrosse, oubliant le droit qu'il avoit de monter dedans.

Un de ces messieurs s'en alla l'autre jour cher un orfèvre et demanda de la vaisselle d'argent. L'orfèvre lui demanda ce qu'il vouloit de plats, d'assiettes, etc. Le nouveau seigneur ne savoit pas bonnement ce qu'il lui falloit, mais il demanda avant tout ce qu'il y avoit dans la boutique. On le lui dit sans rien oublier et il demanda le prix du total, n'y ayant rien de tel que de jouir sur-le-champ. Il se trouva pour 75 000 livres de toutes sortes de drogues, en croix, soleils, calices, réchauds, bassins à barbe, etc. 11 paya le tout sur-le-champ et partit bien content.

On ne tariroit pas. Un conte qui vous paraîtra peu vraisemblable et qui est pourtant extrêmement vrai, est arrivé ces jours-ci chez un orfèvre fameux

que l'on nomme La Miche. Il livrait pour 45 000 livres de vaisselle d'argent en commande. Un homme assez mal bâti et très mal vêtu entra dans la boutique, qui admiroit chaque pièce et importunoit. fort le vendeur et l'acheteur à force de questions. Il s'en aperçut, et pour prouver qu'on avoit tort de le mépriser, lorsque celui à qui ou le livroit fut parti, il demanda combien pareille vaisselle coûtèrent en or. La proposition étonna. Il jeta quelques louis sur la table pour payer d'avance le calculateur. Le compte fait, il fut répondu que sans la façon, qui coûte toujours plus cher en or qu'en argent, il faudrait i 050 000 livres ou environ de matière. Le nouveau Crésus dit que ce n'étoit pas la peine de ne pas en jouir, qu'il vouloit tout cela eu or, et offrit pour ÏOO 000 écusde papier pour servir d'arrhes. L'orfèvre, qui croyoit que c'étoil un songe, voulut se ménager le temps du réveil. Il dit qu'il n'étoit pas sûr de trouver assez de matière d'or pour faire cette quantité de vaisselle. Il le pria d'attendre au lendemain pour qu'il pût en chercher. Ici finit le conte, du moins je n'en sais pas plus.

Finissons par un autre et pire. Chirac, aussi riche que grand médecin, et trois fois plus ardent pour argent, làtoit le pouls d'uue malade. D'autres gens qui causaient au bout de la chambre disoient que les actions baissoient. Chirac, plus attentif à ce mal qui lui étoit personnel, qu'à ce mal qui lui étoit étranger, teuoit toujours le pouls, disant : « Elles bais-

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sent. » Les parents, croyant qu'il ptrloit do pouls qu'A titoit, Tinrent à TEscuhpe et lui dirent : « Bon Dieu, de quoi est-il question? Pourquoi faire peur à U malade? » Chirac assura qu'elle n'avoit nulle fièvre et qu'il ne saToit ce qu'on lui vouloit dire. L'explication faite, il se trouva qu'A partait à son bonnet et qu'il s'entretenoit à lui-même de ce qu'on disoit de son cher Mississipi.

Vous voulez des nouvelles qui ne se trouvent pas dans la gazette. En voilà qui ne se trouvent ni dans celle de France, ni dans les autres.

Gauxartoi db Boissy.

P»ris, 8 décembre 1719.

Les actions haussent et baissent. Elles ont été à 1050 de profit; hier elles n'étaient qu'à 840. C'est l'approche des payements qui les fait baisser ; cela ne m'inquiète pas.

Le pauvre Bellegarde ' mourut hier ; dès qu'il sut qu'il avoit la petite vérole et qu'il n'en pourroit revenir, il se fit transporter hors de la maison paternelle.

Dangeau s'est tiré gaiement de la taille * ; au bout de neuf jours, il a ôté toutes les emplâtres; il est

1. Second fils du duc d'An tin, (Ils de Mme de Montespan; capitaine de vaisseau, surintendant des bâtiments en survivance, marié en 1716 à Françoise de Verthamon, fille du premier président du grand conseil ; il la perdit le 3 octobre 1719 et en conçut un chagrin qui hâta sa fin.

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