‹ Les correspondants de la marquise de BalleroyChapitre 13 sur 79 · Son journal ne fut même pas interrompu à ce moment · texte numérisé non relu

Son journal ne fut même pas interrompu à ce moment

porte à merveille. Il revient de loin à latre ans.

le fait songer à un discours de la dudont le Régent a beaucoup ri \ Elle dans le temps que les actions monivon avoit promis d'y mettre un gros bonne compagnie, avec l'air de capaii connaissez, elle dit qu'elle en savoit ï'est qu'il y devoit mettre. . . . elle retrant« à la place de dant. On ne peut mrs avec plus de modestie. J'ai is prêterai lorsque vous serez ici le uitfaucon des Antiquités grecques 10 ou 12 volumes in-folio, avec de D'Argenson m 'avoit promis de me coûtait alors que 300 livres ; mais, m'a coûté 400 livres. Il est monté >, et l'on dit qu'il ira bientôt à 700. issipi.

[ues jours que trois belles dames fort dédaignèrent pas de se transporter fix. Un agioteur leur demanda si elles Ter ou vendre. Elles lui dirent qu'elles i. L'agioteur leur demanda combien actions. Elles dirent qu'elles en avoient

'.-• Bêthune, fille du duc de Sully, veuve du remariée le 6 février 1681 à Henri de Uaillon, ni maître de l'artillerie ; dame d'honneur de la

cent, mais qu'elles ne savoient pas bien le cours sur la place. L'agioteur crut avoir trouvé des pigeons. Il leur proposa, au lieu d'entrer dans la rue, de venir dtner chez un traiteur. Les dames firent de grandes difficultés et dirent que des femmes de leur qualité n'alloient pas au cabaret. 11 dit que ce n'étoit pas un cabaret, mais un traiteur chez lequel toutes les dames de condition alloient tous les jours. Elles eurent grande peine à s'y laisser traîner; elles y consentirent enfin ; elles n'avoient pas apporté leurs actions avec elles, mais dirent qu'elles avoient voulu simplement savoir le cours de la place; que si on vouloit leur en donner un prix convenable, elles alloient les chercher. L'agioteur leur fit 10 ou 12 plus bas que le cours, charmé d'avoir trouvé des dupes. En attendant leur homme d'affaires, qu'elles a voient envoyé chercher, on se mit à table, et les bonnes dames mirent des drogues dans le vin de celui qui croyoit les attraper. Elles l'enivrèrent, lui volèrent son portefeuille, payèrent en bas, disant qu'elles Tavoient laissé dans les vapeurs du vin. Le cabaretier bien payé ne s'informa pas davantage. L'agioteur à son réveil se trouva sans portefeuille et n'a encore pu rien découvrir.

Gaumartin de Boissy.

Paris, 14 décembre 1719.

J'ai toujours pensé que les actions baisseraient fort au moment des payements. Beaucoup de personnes

onseilloient de vendre et de racheter après cela. Je 'ai pas cru que cela convint à d'autres qu'à des uriers. Je ne m'en repens pas, quoique de 1030 s actions soient descendues à 500 livres. Je tremerois si je les voyois à 100 livres.

Càcmartin de Boissy.

Les actions ont remonté et se soutiendront. La Banque, pourôterl'épouvante qui s'étoit saisie de tout le monde, fera afficher que l'on les reprendra sur le pied de 600 livres de bénéfice. Cela va les faire remonter, et je crois qu'elles seront à 2000 de bénéfice au mois de février. La tête tourne de ce que l'on voit. C'est un grand bonheur pour moi d'avoir risqué d'abord : si je ne l'avois pas fait, mes enfants u'auroientpas de pain.

Caumartin de Boissy.

Les actions se couchèrent hier à 893 de profit.

out le monde dit que, si la Banque affiche ce matin,

:s seront à lOOOJecrainsbienquesielle n'affiche

, elles ne dégringolent encore un peu. Quiconque

s jours-ci a voulu acheter et revendre à la place : avoir fait des profits immenses. Mais je tiens e espèce de gain comme indigne de gens comme

nous. Il y a un banquet dans la société de la maréchale d'Estrées ! qui se paye tous les dimanches au .soir par un grand souper. Ilssoqt seize, tous gens choisis. Le plus fin agiotage s'y rassemble. C'est demain Le Blanc qui traite. Gomme la maison qui gtt dans la rue Jean-Pain-Mollet n'est pas bastante pour recevoir si grande et si noble compagnie, ils prendront une salle à faire noce. Faute d'officiers, le traiteur de la ville nommé du Parcq fera le repas. L'archevêque de Reims partit lundi il de ce mois de sa ville archiépiscopale sur les cinq heures du soir, dans une chaise à porteurs, sans que l'on sût où il allait. Il avoit reçu le courrier du Saint-Père; le chevalier de Velleron ■ n'étoit pas encore arrivé. Personne ne savoit où il étoit allé ; chacun en raisonnoit à son mot. Le tout a été mis au net. Le chevalier l'a trouvé à Soissons, d'où il venoit à Paris. L'archevêque a obéi. Il est retourné chez lui avec parole de ne point en sortir sans permission. Il a écrit une lettre très soumise au Régent, par laquelle il a marqué qu'il ne recevroit pas la calotte, puisque le Roi ne le vouloit pas. Tout le monde a cru d'abord que son obéissance lui serviroit et que dans peu de temps on lui donneroit toute permission. Cependant on commence à en douter, car c'est une espèce d'insulte que

1. Mlle d'Ayen, mariée au comte d'Estrées, vice-amiral, puis •maréchal de France.

2. Le chevalier de Velleron, enseigne des gardes du corps, neveu du cardinal de Janson, depuis ambassadeur en Angleterre sous le nom de comte de Gambis.

DE LA MARQUISE DE BALLEROY 9t

nous a fait le Pape de lui donner le chapeau, malgré l'exclusion formelle donnée par le cardinal de La Tremoïlle.

Le duc de Brancas proposa l'autre jour une punition affreuse pour la vanité du nouveau cardinal : de lui permettre d'accepter sous le nom de cardinal de Heims, avec défense de porter le sien. Le Régent lui a donné une pension de 12 000 livres.

Caumartin de Boissy.

22 décembre 1719.

Vous devez savoir que l'on renvoie d'Espagne le cardinal Albéroni. C'est une des marques les plus certaines de la paix. Il a bien fait parler de lui. Mais à quoi cela a-t-il abouti? A ruiner le roi d'Espagne et à le mettre à deux doigts de sa perte.

L'affaire de Bretagne devient de plus en plus sérieuse; on a trouvé l'acte d'association avec l'Espagne, signé de 18. On en nomme plusieurs. Lambilly vient d'être condamné par contumace à avoir la tôle tranchée, son château de Kergroaen rasé elles avenues coupées à hauteur. On dit que le comte de Noyau a été arrêté à Paris; que Rohan du Pouldu, du Guesclin, Bonamour, Pontcalec, etc., en sont. Mais on ne sait s'ils sont arrêtés ou non '.

1. On arrêta Mmes de Bonamour ei de Lambitly, leurs moris i "-cuit H fuite. M. de Pontcalec se sauva grâce à la vitesse de son cheval. Il fut arrêté peu après déguisé, en paysan, dans une forêt. Au mois de mai suivant, Pontcalec, Talhouoi, Montlouis et du

L'archevêque de Reims est à Paris ; tout le monde va se faire écrire chez lui, mais il n'a pas encore la permission de prendre le chapeau.

Paris, 29 décembre.

J'ai porté aujourd'hui 324 000 livres à la Banque pour la nourriture de nos actions. Vous les trouverez peut-être bien goulues de tant manger, m» il y a espérance que la nourriture produira.

D' Armenonville a vendu un million sa maison ; 3(9 garde la jouissance viagère moyennant 20 000 fin* qu'il,payera à La Chausseraie, qui Ta achetée ^Oi offre 1 500 000 livres au duc de Lorges de la nuis» dont la princesse de Gonti a la jouissance viagère, î la charge de le payer dès à présent et de laisser k princesse jouir de la maison.

Le Roi vient à la Banque demain, où tous les actionnaires qui ont 50 actions du vieil Occident aurom séance et voix délibérative. Je laisserai y briller le

Couedic furent décapités à Nantes. Seize autres le furent * effigie, entre autres Rohan et Bonamour de Talhouet. Tous ara& avoué la conspiration tendant à livrer les ports de Bretagne à Itspagne, qui leur faisait espérer la reconstitution d'une Bretagne tedépendante.

1. Mademoiselle de La Chausseraye, fille d'honneur de Madâtf. qui joua un rôle important sous la Régence. Petit de Veroo* son nom, et d'une médiocre noblesse du Poitou, elle fut poussai la cour par le maréchal de Villeroy et la duchesse de Veotaétfi par la recommandation du marquis de Vezins, frère de sanwrt» son esprit et son habileté firent le reste.

baron de Bretcuil, qui se parera de quelque viril oripeau qu'il a conservé de sa charge d'introducteur.

Ou parle ici de nouvelles actions pour assurances qui doivent être laites ce matin à l'assemblée. Je crains bien que cela ne culbute les nôtres ou du moins que cela ne les fasse baisser.

Je passai une partie de l'après-midi chez un des chefs do la constitution ; j'ai évité tout propos tendant à la nomination de l'archevêque de Reims, mais le bruit court qu'ils en sont fort intrigués et qu'ils s'assemblent à chaque moment du jour. On lui a envoyé la défense delà part du Roi de le recevoir. Cette situation est très délicate; mais je crois qu'il n'y a qu'un parti sage pour lui : c'est d'obéir. Peutêtre sera-t-il dans quelque temps à portée de se raccommoder et lui permettra -t-on d'accepter, au lieu que, s'il se commet avec la cour, il y a toute apparence qu'il lui sera très malaisé d'y revenir jamais. Il est bien hasardeux a un homme de condition de se brouiller avec son maître.

On vient de m 'apprendre un petit détail sur la lettre de cachet de M. de Mailly. Le Roi lui ordonna de renvoyer le chapeau au pape ou de se retirer à Montiicbard '; sur cela on raisonne et

1. On apprit à Paris le 10 décembre la promotion de te prélat au cardinalat ; de longues négociations, auxquelles Saint-Simon fui activement mêlé, eurent lieu à cotte occasion. Mailly joua à peu près tout le monde. A la lin, le Régent lui écrivit deui lettres: l'une ostensible, l'engageant à signer le formulaire, tout en le déclarant libre et en lui promettant quand même l'autorisation ;

on dit qu'il ne le renverra pas et qu'il prétendra que c'est une alternative et qu'il n'aura pas désobéi.

Les actions baissent fort ces jours-ci. NousTavioos toujours prévu vers le milieu de ce mois-ci, à eu» des payements ; mais, vers le mois de janvier, on » doute pas qu'elles ne remontent très haut.

Gaumartin de Boissy.

Paris, !•' janvier 1720.

Que ne veniez-vous il y a deux mois, ma trèschère tante? Mississipi vous aurait fait grand plaisir, il n'auroitété question que d'entendre ; entreprend vous auroit été naturel et réussir sur-le-champ: ro& eussiez plus expédié que César, qui venoit, voyoit,* Aujourd'hui, le bon temps est totalement passé : « a presque aboli la rue Quincampoix : la Banque s é emparée de ses profits par les dernières délibération dont on assure que les actions sont comme fixas on ne verra plus de fortunes subites : tout va redevenir à peu près à son prix naturel ; on ne croin plus dépenser de l'argent du jeu ; on croira dépenser le fonds en dépensant beaucoup et le revenu tant qui viendra.

Vous connaissez l'abbé d' Antrague ! , cette te

l'autre secrète, lui intimant formellement d'opter, t II empo* Tune, se para de l'autre et signa tout de suite. •

4. L'abbé Grémaux d'Entrague, de petite noblesse lyoBW* poussé par sa belle-sœur, Mlle de Courtarvel, sœur utériae* Mme de La Vallière. Il était l'un des fidèles de la petite cour*

se

plâtrée et à grande perruque bouclée ; il avoit déclaré a la mort du Roi qu'il étoit protestant; il en a fait ces jours-ci la cérémonie publique d'apostasie au prêche de l'ambassadeur de Hollande. Cela a fait grand bruit : on a dit qu'une action aussi nouvelle pouvoit le mener fort loin ; on lui a envoyé l'ordre de se rendre à la Bastille sur-le-champ, il s'est enfui en

[ollande.

Le comte d'Auvergne épouse Mlle de Trante, Anglaise, qui a 5 millions : voilà du mariage '. On offre 1 800 000 livres de l'hôtel de Lauzun pour y loger après la mort de M. de Lauzun, et 1 500 000 de l'hôtel de Conti pour y loger après la mort de la princesse de Conti : voilà du marché.

Je ne suis pas encore tout à fait intendant, mais il ne s'en faut guère'. M. de La Cour vous aura dit que dès cet été il ne s'en falloit guère. Aujourd'hui, le papier est écrit et paraphé et en poche de M. le garde des sceaux. Cela est tout prêt à partir ; pourtant je vous supplie de n'eu rien dire et de me croire toujours bien respectueusement à vous.

Le comte d'Argenson.

Sceaux; très an, instruit, médisant, sévère dans ses appréciations, sans mœurs, cherchant à paraître extraordinaire et à imiter surtout les gestes et les manières des femmes, dont il prenait même parfois les vêlements. Mis en liberté après quelques mois de séjour à la Bastille, Il abjura ses erreurs et parvint a un âge très avancé. Saint- Simon assure que finalement il mourut sérieusement converti.

1. Olive de Trante, Hlle d'un baronnet Irlandais, mariée le 17jan- Tier 1730 à Frédéric de La Tour, troisième Iil3 du duc de Bouillon et de Marie-Anne Moncini, veuve sans hoirs en 1733.

S. Il nu. nommé le 10 intendant du llainaul.

i« janvier 1720.

M. le duc du Maine doit arriver ce soir à Clagny et Mme du Maine demain à Sceaux; les uns disent que Mme la Princesse sa mère Ta obtenu par l'aveu que Mme du Maine a fait es mains de M. le duc d'Orléans, car on dit qu'il n'y en a jamais eu contre M. le duc du Maine; les autres disent que c'est un préliminaire que le roi d'Espagne a voulu avant la paix, aussi bien que faire sortir de prison tous ceux qui ont été arrêtés. On dit aussi que M. le duc d'Orléans n'a que jusques au 1er février pour accepter les propositions que le roi d'Espagne offre, dont toute l'Europe est contente.

La Banque fait toujours merveille et a été heureuse, puis bien des gens qui ont fait des fortunes qu'on ne s'imagine pas et qui ont attiré ici 350 000 personnes d'extraordinaire, si bien que l'on ne trouve rien à Paris pour se loger et que Paris n'est plus connaissable, puisque le foin vaut 100 livres le cent et un carrosse se loue aujourd'hui pour la journée 80 livres. Jugez de tout à proportion.

Girardin.

Caen, 3 janvier 1720.

Ce ne sera plus une nouvelle pour vous, madame, que l'étrenne que l'évêque donna hier aux RR. PP.

Jésuites en les déchargeant du soin de prêcher et de confesser tant dans leur église qu'ailleurs. Cette nouvelle auroit fait sans doute l'entretien du premier [our de l'année, sans une autre du même jour beauoup plus intéressante. On est en vérité bien obligé i M. Lass du soin qu'il prend dans le royaume d'occupiT et amuser tout le monde en enrichissant les uns, appauvrissant les autres et en fournissant aux ftntrea îles sujets de conversation. On pourra, je crois, lui appliquer le verset du psaume : Esurienfes implevit bonis, etc. Pour revenir à la nouvelle, ï, de GoupUliêre, directeur de la Monnoie, seul et nique trésnrier présentement par la suppression les autres de toute la généralité, reçut hier au matin un ordre par une simple lettre signée Lass, par lequel il lui étoit défendu de payer en argent aucun des billets de banque que l'on lui porterait, et cela jusqu'à nouvel ordre, sans dire rien de plus; ceux i s'en étoient pourvus avant le dernier arrêt qui donnoit que l'on payerait 1050 livres pour en avoir i de 1000 livres à la Banque, se savoient un très on gré ets'étoient fort remerciés de ce que leur diligence leur valoit par préférence à ceux qui lesachemcni a 5 0/0 pour éviter la diminution, car il voit été porté à la Banque avant cet arrêt pour 700 000 livres d'argent , pour prendre pareil!* ■umnie eu billets, sans ce qui a été porté depuis £heté à 5 0/0. C'a donc été, comme vous jugez grande surprise aux uns et aux autres de so

jour

eille is et une voir

frustrés par une simple lettre du plaisir de reïoir leur argent et d'avoir évité la diminution. Cet ordn ne laisse pas de diviser le pays et d'ébranler la confiance qui s'établissoit; tout ceci s'est fait saosee donner d'avis à M. l'Intendant.

Toutes nos dames veulent voir la rue Quincampoix : Mmes de Sourdoval et de Montéclair partent dans ce mois; Mme de Louvigny, la comtesse, le maris y sont d'avance; enfin notre ville veut avoirs part de l'agiotage.

Le chevalier de La Motte, qui est, comme w savez, enrôlé dans l'agiotage, écrit aujourd'hui a ses associés que, comme porteur d'un certifiai de possession de 50 actions, il a eu l'entrée ri séance à l'assemblée qui s'est faite le 30, oùsesré trouvés le duc d'Orléans, le duc de Chartres et M. le Duc, plusieurs maréchaux et ducs et pairs. tous suivant leur rang assis autour d'une table & 70 personnes, M. Lass à l'opposite de M. le Régent à un des bouts de la table et tous les actk* naires assis au nombre de 1200. M. Gornuau, avocat assis auprès de Lass, qui a fait un beau discouft auquel M. le Régent a répondu et dit que chaa» des assistants avoit le droit de proposer les difficulté qu'il auroit. On a répondu, comme à la comédie, par un battement de mains; peut-être que, si k parterre y eût été, il y auroit eu des siffieurs. Ont fait le dividende des premières actions, qui produise 40 0/0 de la première finance, c'est-à-dire que poor

500 livres on a 200 livres de revenu ; ce n'est pas

la peine de faire tant de fracas, d'autant qu'il y en a

peu qui les ont gardées et qu'elles ont coûté bien plus

cher à ceux qui les ont achetées, dont on ne leur

tient pas compte. De plus, il a été déclaré et résolu

que l'on mettroit le tabac marchand et que, pour

indemniser le pays qui en sèmeroit, on lui donne-

roit avis de semer de la chènevière, que le Roi achè-

teroit les chanvres 55 livres le quintal, et que l'on

établirait des magasins pour cela, et chacun s'est

retiré bien content.

De Faligny. •

Paris, 3 janvier 1720.

Je crois que je vous apprendrai des premiers une nouvelle que je vous prie d'apprendre avec joie sans la mêler de regrets. Mon père vient d'abdiquer les finances, qui sont remises aux mains de M. Lass, sous le titre de contrôleur général. Il ne lui manquoit qu'un titre, toute l'administration étant depuis quatre mois entre ses maius, et il ne manquoit à mon père que de se démettre d'un titre qui n'avoit presque plus de fonctions. Pourtant de ce peu de fonctions et de ce titre, sans aucune perte de revenu, il me fait conseiller d'État dès à présent, Son Altesse Royale m'ayant remis ellemême hier le brevet, et, à mon âge et à mon peu de service, voyez si c'est un grade distingué

et si ce n'est pas l'antipode de la disgrâce. Trouv vous ma destinée malheureuse1?

Comte d'ârgenson.

Paris, 8 janvier 17â0.

Nous ne devons rien trouver que d'agréable <fai révèuement. Il avance un homme que nous devoi être fort aise de voir avancer, et l'autre ne perd rie lorsqu'il ne fait que quitter une place qu'il ne faisui plus, qu'il n avoit jamais bien faite ni avoit enrô de nous faire grand plaisir. Pour moi, je suis for résolu de mettre plus tard mon fils en mon lieu fi place et de vivre pour moi. Mon bonheur aurai été parfait si ç'avoit été avec vous, mais je ne sue pas destiné à tant de douceur.

On prend tous les jours de nouveaux prisonniers, que Ton conduit à Nantes. Je souhaite fort que k comte de Rieux ne se trouve pas mêlé dans tout cet

Vous savez la mort de Mlle de Vertus ; sa sœur, Mlle d'Avaugour, a pris d'elle la petite vérole5.

1. Le contrôle général fut donné à Law; d'Argenson voolaaî conserver les sceaux, comprit à temps qu'il fallait céder au courant et éviter l'orage qui se formait contre lui. Tout au contrai* il sut se faire bien venir par là et obtenir pour son fils les pte avantageuses compensations.

2. Angélique de Bretagne, fille du baron d'Avaugour, comte* Vertus, et d'Anne Le Lièvre de La Grange, morte le 19 décembre, âgée de quarante ans ; sa sœur aînée mourut le iâ janvier; m* autre sœur, Mlle de Chùteaulin, le 13, toujours de la même maladie. La dernière, mariée depuis 1704 au prince de Courte»!seule fut sauvée.

e du Maine n'arrive pas. Ou commence même i douter qu'elle est partie. On dit que M. du .Maine ■ la v<-iil plus voir, que tout ce qu'elle a l'ail a été 1 sou insu et qu'il ne lui pardonnera jamais d'avoir jté la cause de sa prison et de la perte de son ■ang.

Câl'martin de Boissï.

Je ne doute pas que vous n'ayez su que M. Lass •si contrôleur général, puisqu'il y a deux ou trois ours qu'on le sait ici. Cela va ranimer les actions nguissaules, puisque voilà le grand protecteur eu ;at de leur procurer tout le bien qu'il croira devoir faire. Les nouvelles d'aujourd'hui les disent à 1090. On dit que M. le garde des sceaux reprend la surintendance générale de Paris, avec un maître les requêtes sous ses ordres. Vous n'ignora pas on plus qu'il a fait donner la place de conseiller t à son fils. On a commencé hier à payer ici les llcts de banque avec les espèces ordinaires. On t qu'on a fait pour 7 à 8 millions d'actions fausses. h ;i arrête deux ou trois des fabricateurs, dont étoit i notaire. H y a ici une grande quantité de petite ■rôle. Mines de Louvigny l'aînée, de Montéclair, : l.irieux, Brecour, Mlle de Vatainville la cadette, ne belle-fille de M. Le Cocq, Mme de Cauvigny, llle de Brelteville l'aînée, un fils de Mine de Mer-

ville et celui de M. de Bon ne ville. La Vache Royale avec une jeune dame nommée Mme de Grainville l'ont depuis deux jours, ce qui donne beaucoup d'inquiétude aux personnes qui en sont encore exemptes.

La marquise de Rabodange en vient de mourir à Paris. La pauvre Mme de Mal tôt, la religieuse, seule en a succombé aujourd'hui. C'est une très grande perte pour la maison, car c'était une fille de mérile.

De Faligny.

Paris, 15 janvier 1730.

Puisque Dieu me fait la grâce de me trouver ce soir tranquillement auprès de mes tisons, je tife tâcher de me rappeler les nouvelles qui courent.

Premièrement, on dit et en bon lieu qu'il es! arrêté qu'on va rembourser tout le Parlement et commettre en leur place en grande partie ceux qui seront remboursés, mais cela donnera la liberté d'y mettre qui on voudra et d'en ôter de même.

Je ne sais si je vous ai mandé que Mme de Bernières { ayant bien voulu prêter un logement * Mme de Rabodange2 chez elle, qui est la moitié de

1. Catherine de La Mothe, mariée à Charles-Etienne Maignard* Bernières, conseiller au grand conseil, veuve en 1717 ; ellemoff* sans enfants en 1727.

2. Fille du maréchal de La Fer té-Senne terre et de MadeJeitf d'Angennes, mariée en 1699 à son cousin le marquis de Rafr dange.

i maison do Cailli ', elle y est venue et deux jours près s'est trouvée prise de la petit)1 vérole. Mmes • Berniàrea et Cailli ont eu la cruauté de la taire nlever, la petite vérole sortante, et porter chez mie garde, où elle est morte avant-hier.

fil. le Régent a traité fort durement niilord Stairs; il part incessamment pour s'en retourner. On Jil que nùlord Stairs a dit ces jours-ci au Palais- Royal devant gens de considération qu'il ne savoit que depuis peu que le prétendant avoit ici un résidant qui étui Las.s, et ce discours paraît insolent, (car cela doit choquer M. le Régeut.

A pr< ipos de M. Lass, il se va faire bâtir une maison convenable pour se loger; ce sera Bfittt les Champs- Elysées et la maison de M. le comte d'Evreux. Cette maison aura 32 croisées de Eace, le plancher 25 pieds d'exhaussement et le tout d'un goût exquis: les gens disent que cette dépense ne pasiera pas 4 millions, à cause de son habileté; d'autres nviriiilnil que cela ira plus loin. Cela doit être ■et au mois de septembre. Hier, une personne qui avoit besoin de pierres pour achever un petit bout I maison m'assure qu'il y avoit des gardes à toutes les carrières des environs de Paris, pour qu'on ne donnai de pierres à personne jusqu'à ce que sa provision soit faîte.

Balleboy.

1. Louis-François Le Fèvrc rie Caumarliii, marquis de Cailiy.

49 janvier.

Je commencerai par vous dire, ma chère soeur, que la Normandie a perdu la plus grande partie de son mérite pour moi depuis qu'il n'y est plus question d'y faire le lieu de ma retraite de votre château avec vous et nos enfants. M. de La Cour ne m'a parlé d'aucun détail, mais il en a dit plus à ma femme. Il laisse gagner tout le terrain qu'on veut sur lui, et il souscrira à tout. Je ne puis m'empêcher de vous dire que mon frère n'approuve pas du tout les conditions par où il passe.

P.-S. La Cour soupa hier avec son chevalier ici. Nous raisonnâmes beaucoup sur les Matignoniens; il me parut qu'il n'en étoit plus si intéressé, qui ne vouloit plus souscrire à tout, qu'il étoit tout prêt de prendre une résolution virile. Dieu le veuille et pour vous et pour moi, puisqu'un autre mariage que j'étois prêt de faire n'est point fait.

Calmartin de Boissy.

1 î> janvier.

Il est certain que les frais de voitures sont immenses; encore est-il difficile d'en avoir : j'ai pris le parti de louer deux chevaux que je mets à mon carrosse pour être un peu plus honnêtement et diminuer un peu les frais ; ils ne laissent de me coûter 40 pistoles par mois. J'ai stipulé que je pourrai les

mitter quaud je voudrai en prévenant un jour

'avance, et payant au prorata, ce que j'espère faire

.esser incessamment au moyeu de la lettre que je

rous ai écrite il y a quelques jours, par laquelle je

us mande de m'envoyer tout le plus tôt que vous

urrez deux chevaux et un cocher, et je vous prie

core de n'y pas perdre de temps, afin de faire

esser cette affreuse dépense-là ; la nourriture des

lievaux nie reviendra à un éeu la pièce, mais cela

it encore bien différent et plus honnête.

Je vais voua chercher partout un frotteur, niais

es domestiques sont aussi rares ici que tout le

IÎALLEROV.

A Paris, â) janvier 1720.

Je ne vous crois pas assez peu instruite pour vous aire un détail de la confession de Mme du Maine, on tenue en 18 pages bien circonstanciées sur tous es faits les plus forts, même, à ce que l'on dit, sur des ttenlats sur la personne du Régent. Les prisonniers voient tout avoué, et l'on avoit des preuves écrites outre la plupart. On ne peut plus trouver à redire à e qui a été fait contre eux, l'on ne peut que louer i modération. L'ahbé de Vaubrun ' est le seul qui

I. Fils de M. Banlru de Vaubrun, lieulennni général, lue ou inil.it d Wlienlu'im, et de Mlle de Serrant ; une de ses sœurs fui ueliesse d'Esirées ; quant à lui, excessivement contrefait, il tftl •Itins les ordres el passa sa vie à intriguer, d'abord avec le

prend le parti de Mme du Maine et qui veut soutenir que les écrits peuvent être supposés. Alberoni conduisent toute cette machine. Il n'y avoit que deux personnes qui n'étoient pas dans la confidence, M. do Maine et le roi d'Espagne. Le premier est pleinement justifié par sa femme, par les prisonniers et par tous les papiers que Ton a trouvés. Il est bien à plaindre d'avoir eu une femme qui, après ravoir ruiné dans ses biens, lui a d'ailleurs fait essuyer tant de malheurs. On dit qu'il est dans une colère terrible contre elle. Tout le monde va le voir à Glagny, où J est. La presse n'est pas si grande pour aller à Sceaui; cependant M. le Régent n'a pas trouvé mauvais que Mme la duchesse de Rohan et la jeune duchesse d'Estrées aient demandé permission de la voir. Le roi d'Espagne ignoroit absolument tout le complot Alberoni l'obsédoit si fort, que l'on a eu besoin deh voie de Parme pour le lui faire savoir. Lorsqu'il h su, il a chassé le cardinal, et cela nous a donné une paix qui sera apparemment durable.

Caumartin de Boisst.

26 janvier 1730.

M. le président de Novion a fait une niche i M. Lass pour avoir de l'argent. La voici. Il est entré

cardinal de Bouillon, puis avec la duchesse du Maine; lecteur à* roi, il fut exilé pendant dix ans en Anjou, c Toute sa vie, <fl Saint-Simon, il eut la rage d'être évèque. •

i marché avec lui d'une terre et ne lui a fait que 00 000 livres. M. Lass lui a représenté lui-même 'étoit trop bon marché. « Cela est vrai, lui a dit ■l. île Vvmii; mais autrefois eue n'auroit vainque

■ela, et d'ailleurs je ne veux pas profiter de toul M -emuement-ci; mais j'y mets une clause : c'est que

ras me payerez tout en or et point de billets. Le

narchc fut fait et l'or donné; niais, deux ou trois ours après, M. de Novion le lits a retiré1 la leur .1 i remboursé M. Lass en billets.

L'abbé de Vaubrun a ou ces jours-ci une audience

-ccréle du Régent, dans laquelle il lui a représenté

l'un ton fort pathétique qu'il se voyoftavec beaucoup

a chagrin le seul de ceux qui avoient été oublies du

"égue de Louis XIV, continuer à l'être de celui-ci;

■ tous les autres avoient été placés, et qu'il sup-

plioit de vouloir bien faire la même chose pour lui;

qu'il n'avoit jamais rien demandé tant qu'il avait

i être soupçonné d'avoir trempé dans l'affaire de

du Maine, mais ([tic, comme à présent tout

nii éobûroi et que sa fidélité au Koi étoit reconnue,

upplif lit Son Altesse Royale de faire quelque chose

mur lui. Le Régent ne lui ayant pas paru disposé à

ui accorder sa requête, il lui demauda de vouloir

en au moins pour son honneur le nommer à un

■vèulié et qu'il lui promettait de no point accepter.

. le Régent l'assura qu'il ne convenoit pas de faire

i jeu de choses aussi sérieuses et que les mêmes

prétextes dont il pouvoit se servir pour remercier

au cas qu'il fût nommé serviraient pour qu'il ne le fût pas.

Chevalier de Balleroy.

27 janvier.

Parlons d'une comédie qui s'est passée au Palais- Royal. L'abbé de Vaubrun, tout fier de ne s'être point trouvé mêlé dans les affaires de Mme du Maine, a voulu faire servir sa sagesse à sa fortune. Il a demandé une audience particulière, et après s'être bien congratulé lui-même sur la certitude que l'on avait aujourd'hui de son innocence, et vanté son attachement pour Son Altesse Royale, lui a demandé si les biens qu'il répandoit sur tout le monde ne viendraient pas jusqu'à lui ; qu'il étoit triste de se voir déshonoré en ne lui donnant point les honneurs de l'Église. Comme il s'aperçut que son éloquence ne persuada point, il demanda au moins en grâce singulière une nomination à un évêché sur parole qu'il n 'accepterait pas; qu'il diroit, comme l'abbé de Louvois, que s* santé ne lui permettoit pas d'accepter. Le Régent lui répondit avec sa sagesse ordinaire que ces choses étoient trop sérieuses pour badiner sur cela; que l'on ne nommoit un évêque que lorsqu'il étoit de la vraisemblance que cela lui conviendrait. Vous jugez bien que personne n'a ignoré cette conversation .

Caumartin de Boissy.

28 janvier 1720.

Les actionnaires ont été très inquiets. Les deux derniers arrêts, l'un qui augmente les espèces, l'autre qui les diminue avant le temps marqué, avoieut donné un air d'incertitude aux opérations de la Banque qui alarmoit fort ceux qui s'y intéressent; l'on retiroit son argent à force, et l'on ne vouloit plus de billets qu'à perle. Hier le vieil argent commençait h débonder. On craignait les visites; tout le monde porte à la Banque; il y arrive des trésors immenses; on ooeni le papier; hier après-midi, on publie un arrêt par lequel ou remet les i sols par livre à quiconque payera les entrées en billets de la Banque. Vous pouvez compter que cela, joint au bureau que l'on établit, va faire remonter les billets de la Banque et, par une liaison nécessaire, les soumissions.

Il arriva une grande et belle scène l'autre jour entre des gens de votre connaissance : père, mère, fille mariée en pays étrangers et les deux beauxfrères. Je ne vous les nommerai pas; je vous défie de ne pas les deviner.

Malgré l'intempérie de la saison, le fils aîné avoit demandé la permission d'envoyer ses enfants dans la petite maison de campagne que le père et la mère possèdent sur le bord de la Seine. La mère avoit dit qu'ils pou voient prendre dans la maison leur besoin; elle avoit entendu par là du vin et des légumes, si

légumes y a. Le fils avoit entendu toutes choses nécessaires à la vie. Gomme il ne croissoit pas de viande dans le potager, le fils fut obligé d'en faire acheter pour la subsistance de sa progéniture. Il étoit dans un coin du feu de la maison paternelle avec sa sœur et son cadet ; le père et la mère étoient d'un autre côté à piailler apparemment. Il y avoit deux dames dans la chambre.

L'ainé commença un procès contre sa mère et se plaignit de sa dureté. La fille voulut excuser sa mère: on dit qu'il n'y avoit que du malentendu ; sur cela, lfalné s'aigrit et s'emporta de telle façon que, après lui avoir dit de s'en retourner chez son mari et même envoyée où il ne convient pas d'aller à une personne si bien élevée, il lui dit toutes les injures du monde, la menaçant de lui donner cent coups de bâton, etse leva pour la frapper. Le cadet, comme un lion, partit de son fauteuil, prit l'atnéà la cravate, le secoua d lui dit qu'il l'étrangleroit s'il ne se taisoit. La correction du putné fut reçue paisiblement par l'aine, qui trembla devant un si terrible adversaire.

La mère arriva au bruit de la lutte et se mita piailler de la porte. La fille courut au-devant: h mère voulut savoir ce qui s'étoit passé. Le cadet, tort fier d'avoir trouvé plus poltron que lui, sortit de b chambre. Le père arriva en même temps et vouM aussi savoir ce qui s'étoit passé. La fille en cofr mença le récit de la manière la plus douce. Comn* le cadet s'étoit retiré fier de sa victoire, l'aîné le df*

DE LA MARQUISE DE BALLE ROY lit

vint à son tour de n'avoir plus d'ennemi. Il commença à dire que la plus grande marque de respect qu'il avoit pu donner à père et à mère c'étoit de n'avoir pas passé son épée au travers du corps de son frère. Sur cela, son père lui remontra qu'il n 'et oit pas question de parler de son épée, qui ne pouvoit faire peur à personne ; qu'elle n'étoit pas capable de tuer un poulet. Un discours si offensant réveilla l'humeur martiale de notre homme ; il prit son père par la manche et commença à le secouer; il se mit à jurer Dieu comme un païen et lui dit qu'il lui ferait bien rentrer ses paroles dans le corps ; que l'on savoit bien ce qu'il avoit souffert lui-même. Le père lui répéta deux ou trois fois : Je t'entends de reste ; mais cela n'empêche pas que je ne dise vrai que ce n'est pas à toi à parler d'épée, etc. (sic).

Cal MARTIN de Boissy.

Paris, 34 janvier 4730.

M. Lass a couru risque d'être insulté il y a quelques jours ; c'étoit au sujet d'un arrêt qui fait, à ce qu'on dit, défense de garder plus d'argent qu'il n'en faut pour le courant de sa dépense 1. On prétend qu'il y a ordre de fouiller les maisons. M. le contrô-

4. Dangeau annonce, le 3, que la banque pour l'achat et la vente des factions était fermée jusqu'au 40; après cette date, la compagnie recevait la permission de visiter toutes les maisons pour y enlever les louis et écus et n'y laisser que des pièces de 20 franca et au-dessus et des billets.

leur général alloit à la Banque. Il se trouva em loppé dans un embarras et les valets et menu peu] lui chanta pouille ; mais avec son courage ordinal il baissa ses glaces et les harangua de manière qi les calma tous. Ce qu'il y a de plus embarrassai c'est que les petits billets sont fort rares. On ni conté ces jours-ci une lettre d'un gentilhomme < province à un de ses amis par laquelle il lui mandoi « Nous avions bien de la peine à croire ce qu'on m mandoit. » Je suis venu, j'ai vu, et je vois journ* ment et ne crois pas plus que quand j'étois en pn> vince ; ainsi je vous conseille de vous y tenir; poc moi, je crois toujours être à Balleroy un jour de te et cela depuis que je suis arrivé jusqu'à aujouitftai

Balleroy.

2 février 1730.

On a résolu au Conseil de Régence de défeofe les diamants et de ne les permettre qu'aux prince* princesses, ducs et maréchaux de France.

Les Francières crient comme des diables sur* préférence que Ton donne aux clucs sur la h*| noblesse. Les dames mississipiennes en meurtri douleur. Mais il sortoit tant d'argent de Francep*] les emplettes que cette précaution a été absolu» nécessaire. Vous croyez bien que cela ne les f&*P\ renchérir.

Caumartin de Boisst.

5 février.

La défense de pierreries va faire ici bien de la peine aux dames du Mississipi, qui en étoient toutes bardées. L'on ne permet qu'aux évoques l'anneau épiscopal ; on défend toutes sortes de pierreries à tout le monde, hormis à ceux et à celles qui obtiendront des brevets i .

La charge de grand audiencier de Vanelle a été vendue il y a deux jours à Le Blanc 1 203 000 livres ; ces charges n'avoient jamais passé 100 000 écus. Les confrères sont bien fâchés de l'avoir parmi eux, et en vérité on ne peut excuser le garde des sceaux de lui avoir scellé ses provisions 2.

Gaumartin de Boissy.

7 février.

J'appris hier au soir que l'on doit porter au Parlement la déclaration qui défend les pierreries. C'est

1. Mais Dangeau ajoute qu'on devait accorder de nombreuses permissions, du moment où elles seraient demandées. Le tout était d'empêcher l'étranger de nous enlever beaucoup d'or en échange de pierreries ; on parlait alors de plus de cent millions.

2. Van Hol, mort depuis 1714, était un Hollandais qui s'enrichit dans l'agiotage ; on croit que, ses affaires s'étant embrouillées, il se tua ou se sauva en faisant simuler son enterrement. Protégé par les Rohan, ceux-ci continuèrent leur bienveillance à son fils, qui vendit sa charge pour devenir maître des requêtes, puis intendant de province, où il acquit une réputation méritée. — Vincent Le Blanc était un simple agioteur qui fut taxé à 7 millions en 1722; mis à la Conciergerie jusqu'à parfait payement, il refusa pendant plusieurs mois de s'exécuter.

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