On comprend qu'il s'agi! de son BU aîné
ensemble les distances sur la carte, et, à fort peu de chose près, elles paraissent égales de Paris à Blois et à Balleroy ; je trouverai certainement par la suite une ligne de communication, mais ce ne pourra être sitôt. Je me sens dévoré de l'envie de visiter mon diocèse, pour bien des raisons pour ce monde-ci et pour l'autre; celles de l'autre ne sont pas douteuses; celles qui regardent cette vie mortelle, c'est que. quand une fois j'aurai visité mon terrain, je me sentirai bien libre dans ma taille, n'ayant ni grande ville ni grandes affaires , un terrain peu étendu et fort uni en quelque sens que vous le preniez. Je pourrai aller impunément demeurer où bon me semblera.
On fît hier le sacre de M. l'abbé de Tayanes, évoque de Chàlons f. J'y vis M. de Goutances, qui ne sait pals encore quand sera le sien.
Ou est fort dans la solitude à Paris, et il nest pas trop sûr que cette solitude finisse avec les vacances par le retour des compagnies. Beaucoup de gens sont à la campagne et y tiennent leurs familles par rapport à la situation des affaires et jusqu'au dénouement. Dieu veuille que, quand il sera arrivé, il n'y ait pas encore plus de personnes dans le régime.
L'évêque de Blois .
4. Nicolas de Saulx, fils du marquis de Saulx et de Marguerite d'Aguesseau, né le 14 septembre 4690, mort le 10 mars 1750. Aumônier de la reine, évêque de Chàlons, puis archevêque de Rouen, cardinal et grand aumônier de France.
I»E LA MAIHjCISE DE DALLEROÏ
M. de Boissy est ici depuis quelques jours au sujet de l'arrêt qui ordonne que chacun reprendra le même nombre d'actions qu'il avoit; ses amis craignent qu'il ne gâte ses affaires par ses inquiétudes, au lieu de se tenir tranquille, comme doit faire tout faoonùte homme comme lui qui, ayant eu le malheur d'être remboursé, a été en quelque façon obligé de prendre des actions. Je fais ce que je puis pour te calmer sur ce sujet.
Balleroy.
Je vous ai mandé l'ordre donné à trois messieurs du Parlement de se rendre à Blois ' : depuis cela, on croit qu'il n'aura point de suite; des gens même espèrent qu'il reviendra à Paris et que M. Dagues-
i gardera les sceaux. La raisou qu'on dit de ce ihangement espéré est que le chagrin de M. le
gent contre le Parlement roule en bonne partie sur son refus de recevoir la Constitution ; il offre aujourd'hui de la recevoir avec les restrictions que
, le Cardinal jugera a propos d'y mettre. Ainsi, «la est réduit sur M. le Cardinal, qui de son côté Iravaille autant qu'il est possible pour réduire ces
). Les lettres de cachet furenl eipédiées le ti, el l'arckiiecle Gabriel (ut envoyé a Blois pour aménager ie châleuu.
restrictions au gré du cardinal de Rohan ou plutôt de la cour; on disoit même que dès hier le cardinal de Noailles avoit remis ses mémoires à cet effet entre les mains du Régent; ce qu'il y a de certain, c'est qu'on y travaille à force.
On dit que Mme Le Riche, depuis qu'elle a un fils conseiller au Parlement de Paris et qui a épousé une Pelletier La Houssaie1, ne sait plus bonnement ce qu'elle est et ne sauroit trouver d'assez gros jeu pour elle. La fortune lui a été contraire ; elle a eo recours aux expédients; le plus honnête qu'elle a trouvé a été de proposer à différentes personnes de leur faire vendre des actions bien cher. On lui a confié; elle les a vendues à bon marché, a joué et a reperdu, et enfin, après plusieurs manœuvres réitérées, elle a pris le parti de disparottre ; elle dit qu'elle est dans ses terres à faire de l'argent pour payer; mais il faudra qu'elle en fasse bien gros, car on parle de grandes sommes. Son pauvre mari, qui étoit à Montauban dans ce temps-là, arriva ces jours-ci sur cette bonne nouvelle ; on dit qu'il a pris son parti de ne point payer, en ayant bien averti tout le monde; on trouve qu'il a raison.
Balleroy.
1. Claire, fille de Henri Le Pelletier, seigneur de Saint-Laurent, capitaine aux gardes, frère de M. de La Houssaye, et d'Élisabetb de Guiry, épousa en 1720 Edme Le Riche, seigneur de Chevaig*r conseiller au Parlement.
27 novembre 1720.
Quoiqu'on fasse tout ce qu'on peut pour pacifier l'Eglise, il y a encore des raisonneurs. J'entendis hier une chanson qui court et sort apparemment d'un de ces messieurs. Je l'ai mal retenue; vous la corrigerez, s'il vous plaît; c'est sur l'air : Ton humeur, etc.
Que fait ici ce grand homme, L'ambassadeur du Sultan ?
Il vient en passant par Rome Nous apporter TAlcoran.
Hé! Hé! Comment?
Comment ? Couet, répond de Noailles, Et Mainguy du Parlement.
Il paroît un arrêt d'hier qui consterne bien tous les actionnaires. On leur demande de prêter à la Compagnie des Indes à 4 0/0 cinquante écus par action, dont 100 livres en espèces et 50 en papier; sinon on déclare leurs actions confisquées au profit du Roi. Balleroy.
4 décembre.
J'espère, ma chère amie, que les dernières nouvelles que je vous ai données de M. de Caumartin vous adouciront un peu la triste nouvelle que je suis obligé de vous annoncer aujourd'hui \ Il le souhai-
1. Le marquis de Saint-Ange, mort le 2 ; c'était le frère aîné de Mme de Balleroy.
toit lui-même plutôt que la vie languissante qu'il menoit depuis longtemps et à laquelle il se voyoit condamné. Il a conservé toute sa connaissance jusqu'au dernier moment et a fini fort chrétiennement. Nous avons fait ouvrir son testament par M. le lieutenant civil suivant l'usage. Il n'est à proprement parler que pour la substitution de Saint- Ange. Il Ta faite comme il l'a toujours dit de la terre et adjacents, toute meublée, à son neveu, à son défaut au chevalier, à son défaut aux d'Argenson, à leur défaut aux nôtres. M. de Blois, son exécuteur testamentaire, a toute sa vaisselle, le surplus des legs à ses domestiques, honnêtes, mais raisonnables.
Enfin, ma chère amie, dans une famille aussi nombreuse que la nôtre, il faut s'attendre à avoir souvent de pareilles afflictions et à en causer aux autres.
Balleroy.
7 décembre.
Le Parlement a enregistré l'affaire de la Constitution, et l'on espère qu'il reviendra bientôt à Paris >. Le bruit court que le pape est mort2. On a rompu vif à la place de Grève un juif pour avoir tué un de ses associés dans une chambre près de Saint- André-des-Arts. Il l'avoit mis dans une armoire et
1. Il fut rappelé le 17, ayant réclamé en échange de son enregistrement l'expulsion de Law.
2. Clément XI (Jean -François Albani), élu le 25' novembre 1701, ne mourut que le i!) juin 1721. Il fut en effet très malade à ce moment.
l'ut chez lu femme <lu mort, qui lui demanda s'il voulait prendre le café et où il avoit laissé son mari. Le juif lui dil qu'il alloit venir; et, dans le temps qu'elle ntcoommodoit le feu, il lui donna trois coups de maillet et la crut morte. Il lui prit ses pierreries, lui coupa le petit doigt pour avoir plus tôt son diamant, parce qu'une petite de six ans crioit qu'on battrai sa mère, ce qui l'a fait découvrir, des voisins ayant accouru et saisi le juif. La femme, n'étant pas morte, déclara son nom et dit qu'elle ne doutoit pas que son mari ne fut mort. Il fut pris dans son lit et ne déclara rien jusqu'à la double question, où il demanda le baptême, et il fut baptisé à la chapelle du Châtelet,
t le geôlier fut son parrain. On n'a jamais vu mourir un criminel si résnlu , si repentant, baisant lit croîs avec une abondance de larmes. II fut mis sur lu roue, où il expira. Il se nommoit Joseph, comme celui que le Koi a tenu à la chapelle dimanche. On rend les actions sans argent à la Banque; elles
e passent au jeu que pour i louis, et on a bien de
i peine à trouver 90 livres pour un billet de 1000.
>n se flatte qu'elles reviendront à la moitié, mais ce
e sera pas sitôt qu'on le souhaite.
Voici ce que j'ai ramassé par la ville. On n'a pas COTC ivelle de la mort du pape, mais on a nou-
velle de son extrémité et que, quand même il reviendroit, ce ne seroit pas pour autant de temps qu'il en faudroit pour nos cardinaux se rendre à Rome. Os partent quatre, savoir : Rohau, Polignac, Bissiel Mailli. La question n'est que de l'argent pour les faire partir. A l'égard de Lass aussi, tout le monde convient qu'il a demandé il y a deux jours à M. le Régent de se retirer et qu'il le lui accorda. On dit que ce sera dans un de ses châteaux, avec une espèce de petite garnison pour le mettre en sûreté contre la fureur du peuple. J'ai entendu nommer le château d'Effiat; d'autres disent qu'il n'ira pas plus loi que Guermande, qu'il a eu de Pronde. Grand embarras à présent pour le Régent de savoir qui nietto? à la tête des finances. M. le duc de Noailles eut avanthier une conversation de trois heures tète à tête avec M. le Régent.
Ballkroy.
18 décembre.
La marquise de Prie, la bonne amie de M. le Dut fut samedi sur les quatre heures du soir avec son carrosse prendre M. Lass chez lui et l'accompagna jusqu'à Auxonne, où le carrosse de Lass Tattendoit pou le conduire k Guermande, d'où M. Lass partira potfj60 aller à sa terre d'Effiat. Sa femme étoit encore fa à Paris pour ranger ses affaires. On dit que le toi ^ donne 40 000 livres de pension à M. Lass et i 00 l^M ^
pour marier la fille du ministre. Le Roi assista dimanche au conseil, qui ne dura pas une demi-heure. M. de la Houssaie n'y vint pas, à cause qu'il n'étoit pas reçu à la Cour des comptes. Il a défendu aux directeurs commis de la Banque de recevoir aucun ordre de M. Lass. Le Régent a dit : « Je suis ravi que cet homme soit éloigné de moi ! » Et M. le Duc l'a pleuré. On n'a pas déclaré les directeurs généraux de la Compagnie des Indes ni de la Banque. On attend les Paris. Le pape se porte mieux, ce qui n'empêche pas le cardinal de Rohan de partir, pour aller à petites» journées; il a pour conclavistes l'abbé de Rohan, son neveu, et l'abbé d'Antin ; le cardinal de Polignac ne veut pas venir à Paris , mais est allé directement à Rome. On dit que le Régent déchire la feuille des~ bénéfices et que le Parlement, qui devoit reveuir hier à Paris, reste encore à Pontoise. Les nouvelles changent d'heure en heure. On dit que M. Lass est gardé par un exempt fort rigide. Tout le Parlement arrive aujourd'hui à Paris.
21 décembre.
Le Parlement donna hier ses audiences au Palais comme ci-devant; il y avoit un monde infini. M. Lass marche toujours en avant, avec un exempt du Grand Prévôt et une bonne escorte. Les uns disent qu'il va en Auvergne et d'autres à Rome : c'est la bonne
nouvelle. Il a écrit une lettre portant qu'il s'est trompé dans ses comptes de 5 400 000 livres que le Roi doit au roi de Suède et à quelques autres puissances. On dit qu'il a pour 700 000 livres de dettes criardes, que sa femme, qui a pour 12 millions de pierreries, en doit autant avec sa fille et son fils. Le Régent dit que c'est un coquin qui l'a trompé. M. le maréchal de Villars a donné à dtner au nouveau contrôleur général, au cardinal de Rohan, àl'évèque de Fréjus et à trois ou quatre autres amis. Le cardinal ne partira pas sitôt pour Rome, parce que le pape se porte mieux. Il s'en va à Saverne en attendant. M. de La Berchère lui prête 50 000 livres pour son voyage et porte ses diamants pour en prendre au mont-de piété à Rome, où M. le Régent envoie M. le duc de Tallard à la place de M. de La Feuillade.
Mme la marquise d'Uxelles traverse depuis deux mois une maladie curieuse : c'est la jaunisse, et le foie est attaqué ! .
M. et Mme de Gollandre * arrivèrent hier à Paris.
Le Roi montera sur le théâtre à deux heures pour la répétition générale du ballet de la Folie de Lardinio ; les paroles sont de M. Goypel le fils et la musique de
1. Marie de Bailleul, femme du marquis dlluxelles et mère du maréchal ; elle mourut très âgée. Voir le livre que nous lui avons consacré (i vol. in-8°, Didot, 1881).
2. Thomas Le Gendre de Collandres, seigneur de Gaillefbntaines, maréchal de camp, mort en 1738, épousa le 12 avril 4715 Madeleine de Voyer d'Argcnson, sœur du ministre de la guerre, morte <?n 1735.
M. de La Lande '. Il sera joué luudi pour la première fois ; le Roi danse si noblement et d'une grâce qu i fait pleurer tout le monde de joie; il ne donne simplement que l'habit aux courtisans : ce qui ne laissera pas de leur coûter beaucoup en plumets, bas, gants, dentelles, rubans et les frisures. Les grands danseurs sont le marquis de Villeroy, son frère, M. le Grand Prieur, le duc de La Trémoille, le duc de Boufflers. et presque tous, par l'envie qu'ils ont de faire parler d'eux.
2i décembre.
M. le Duc a donné deux chaises de poste à deux, avec un écuyer, deux gardes et postillons de sa livrée à M. Lass et son fils pour aller à Bruxelles avec de bons passeports, sauf-conduit et lettres de cachet signées de M. le Régent. Mme Lass est à Paris pour vendre ses meubles et payer les 1 700 000 livres de dettes criardes. On dit que toutes les terres et maisons •de M. Lass ne sont pas payées. M. de la Houssaye n'ayant pas trouvé d'argent à la Banque, ni à la Monnaie, a fait mettre à la Bastille M. du Revesl *. M. Bourgeois3, M. Fromage 4, M. Castagnet et plu-
1. Marais dit que le roi dansa très bien, mais que les paroles du ballet sont très médiocres.
2. M. Durevest, contrôleur de la banque, gentilhomme de Provence, protégé du duc de Bouillon.
3. M. Bourgeois, trésorier, énormément riche après avoir commencé dans la misère.
i. Fromaget, l'un des directeurs.
sieurs autres directeurs de la Banque et Compagne des Indes; fait mettre scellés partout et leur adonne pour commissaires MM. de Machault, Trudaine et Ferrant, tous trois fort rigides, approuvés de tout le monde, qui n'est pas content qu'on ait laissé sortir du royaume le plus grand voleur qui fût jamais. Od dit qu'il donnoit 100 000 livres par mois à M. le Doc et 60 000 à Mme de Prie pour lui conserver la protection de M. le Duc; on dit qu'il a prêté 300 louis à M. Lass pour son voyage, parce qu'il n'avoit point d'argent. Ce pauvre homme qui a mis les familles i l'aumône! Le curé de Saint-Eustache ayant été averti qu'il y en avoit une dans la paroisse qui vivoit enlevant de ses rentes, réduite sans pain dans un grenier. y fut pour l'assister. Les voisins lui dirent qu'o* n'avoit vu personne depuis deux jours et lui montrèrent la porte. M. le curé, voyant que personne ne répondoit, fit venir le commissaire; on ouvrit h porte, et l'on trouva une femme morte avec deui enfants et le père pendu. Il y a deux ou trois jour^ que ce malheur arriva.
De Maltot.
26 décembre.
Vous avez su que M. d'Argenson a fait arrêter M. Lass à Valenciennes pendant vingt heures, apre> lesquelles il est parti pour Mons et de là est allé a Bruxelles, où le marquis de Prie lui a fait tous les
Meurs possibles. Il le mena à l'Opéra et lui donna isuile un magnifique souper. Il en est parti pour aibourg. Tous ces honneurs font croire au public l'il y a des mystères dans tout ce qui s'es) passé a i sujet, d'autant plus que sa prétendue femme es) i à Sun ordinaire.
Dfl parle des Pays-Bas érigés en dixième élec- •at. Il y eut hier une assemblée de presque tons > grands, à la tête desquels étoit le Régent et les princes à la Banque. On y nomma, pour y examina les rompt es, le comte de Toulouse, le maréchal d'Estrées, le comte de Gassé. de Menonville et d'aus encore. On doit se rassembler jeudi. Je souhai- ■ois que ces messieurs parvinssent à rendre l'argent t peu moins cber, mais il n'y a guère d'apparence, i croit que les actions seront réduites à 50 000 et u'on en fera trois classes, une de ceux qui y ont effectivement mis leur bien, l'autre de ceux qui ont gagné de bonne foi, et l'autre de ceux qui ont gagné par agiotage des sommes immenses. Les comptes eo hanque sont anéantis par un arrêt publié hier. Le Roi danse aujourd'hui son ballet pour la première fois. Ou parle sourdement du mariage de M. le duc de Chartres avec Mlle de la Roche-sur-Yon. Je n'en crois rien, quoiqu'elle soit souvent chez Madame qui la gracieuse assez. Le père Surian dit avant-hier en One compagnie qu'un conseiller du Parlement, i portoit tous les ans 4000 livres pour les pauvres i curé de Saint-Sulpice, l'étoit venu trouver en lui
disant : « Vous croyez, monsieur, que je viens vous apporter une aumône ordinaire ; c'est tout le contraire : je viens vous la demander, car il ne me reste chose au monde. » Le curé fut surpris, l'assura qu'il ne manqueroit pas et lui donna 10 louis. On dit qu'il y en a plusieurs en cet état.
De Maltot.
80 décembre.
Voilà les arrêts de M. de la Houssaie ' qui commencent à paraître : on en vient déjà de publier ui qui redonne la valeur aux comptes en banque sur le Roi, en les déclarant hors de tout commerce dans le public. Mais enfin ils auront toute leur valeur pour des rentes et sur le Roi ; on dit que nous allons avoir un autre qui contiendra 70 articles, et enfin que dans le mois prochain, auquel nous touchons, les billets de banque ne perdront plus que 20 pour cent.
Valenciennes, 31 décembre 1720.
L'année ne finit-elle pas bien par la disgrâce de M. Lass? Le voyez- vous beaucoup regretté? Voih son existence bien déclarée à l'abandon. M. de U Houssaye commence par faire rendre un arrêt <p anéantit le compte en bauque et rétablit avec justice