M. d'Argenson
DE LA MABQUISK DE BALLBROT 3&
point les confondre. Mon prieuré est bien aisé à trouver sur la carte de FIsle-de-France . attendu qu'il y est écrit en gros caractères romains, qu'on le prendrait pour un véritable archevêché. Et mon clocher? Imaginez-vous qu'en le voyant tout le monde dit : « Quel gros clocher ! » C'est un plaisir de les voir dans l'admiration. J'ai vu hier une grande cerémonie : l'enregistrement des lettres patentes touchant la Constitution au Grand Conseil f. M. d'Orléans, tous les princes, les ducs, les maréchaux traitèrent la doctrine à fond. La seconde lettre de jussion qu'ils apportèrent permettoit d'opiner à tous ces messieurs qui n' et oient pas aux délibérations précédentes. Vous savez que samedi il nVavoit que vingt-cinq juges , dont six opinèrent à recevoir et dix-neuf à faire des remontrances. Hier . il v eut trois avis, deux voix pour faire remontrances, seize pour enregistrer en marquant que c'étoit par exprès commandement du Roi, après itératives lettres de jussion, et trente-quatre pour enregistrer purement et simplement. J'ai vu opiner; vous auriez été édifié comme tous ces ducs disoient : purement et simplement. La politique me prend à la
gorge.
L'évêqce de Blois.
1. Le Grand Conseil avait refusé le 20. mais le 2i il eut la main
forcée, comme on le voit.
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moi. » M. Lass a conseillé au Régent de brûler la ville, les bastides et tous ceux qui sont dedans.
2 octobre.
On dit ici que le duc d'Estrées, voulant se divertir, s'en alla chez le prince de Montauban, colonel de Picardie, en ayant largement dîné ; la chronique est même que le prince enivra le duc pour le faire jouer, et jouer de malheur; de plus, cela n'est pas beau, tant y a qu'ils se mirent à jouer au lansquenet; ils prirent d'abord des jetons à 100 sols pour faire uu compte rond; ils jouèrent depuis sept heures du soir jusqu'au lendemain 5, et le pauvre duc se trouva perdant 3 800 000 livres, que le prince gagnoit. Le prince quitta, disant qu'il ne vouloit pas le ruiner et qu'il s'accommoderoil avec lui; vous avez par exemple un diamant de 100 000 écus, je le prends pour le prix, donnez-le-moi ; l'alliance que vous avez au doigt, combien l'estimez-vous? » L'affligé duc répondit : « 10 000 écus. — Je la prends. Votre guinguette de Ghaillot pour 40 000 et 4 000 livres de rente dont vous me passerez contrat au denier 50, quand nous serons à Paris. Je vous quitte du reste. C'est bien honnête. » Le duc, plus honteux que le corbeau de la fable, a fait, je crois, le même serment. Ne lisez pas le papier que je vous envoie en public, vu qu'il y a beaucoup de mal de M. d'Argenson. Gaumartin de Boissy.
9 octobre.
On a publié un édit qui porte en substance qu'il ne sera plus fabriqué d'autres espèces d'or et d'argent que celles qui porteront les nouvelles empreintes ; que l'on portera à la Monnoie 200 livres en espèces avec un billet de banque de 100 livres, et l'on donnera 300 livres en argent. Les billets de 100 livres ne valoient hier que 27 , et 2 livres 15 ceux de 10 livres, et insensiblement tous les billets de banque deviendront à rien.
Les nouvelles de Marseille ne sont pas meilleures. La peste de cette ville cause la ruine de celle de Lyon pour son commerce et où l'argent est aussi rare qu'à Paris. On ne laisse pas d'y jouer gros jeu à l'ordinaire. M. le duc d'Estrées a perdu 3 millions et 942 000 livres au pharaon et autres jeux contre le prince de Montauban, qui est accommodé avec lui. Le duc lui a donné un diamant de 100 000 livres, des contrats et de l'argent ; le tout monte à 400 000 livres.
16 octobre.
Les nouvelles sont trop mauvaises pour le monde. Les billets de banque ne valent plus rien. Tous ceux qui en ont sont ruinés. On fait signifier à tous les marchands à qui l'on doit d'en prendre : il est
DE LA MARQUISE DE BAUËROï 20"
défendu d'eu prendre aux bureaux, greniers et pour tes droits du Roi. Tout le monde se retire à la campagne, à cause de la disette d'argent et la cherté îles vivres. Il en est de même en Angleterre, où U y a chaque jour des banqueroutes.
Le Roi se porte bien et va souvent à la chasse, ce qui le fortifie beaucoup. Le cardinal de Noailles ne veut plus donner son mandement. On dit que le Régent l'a bien maltraité.
Les billets de 100 livres ne valoient plus hier que 14. Tout est hors de prix : le pain à H sols la
I livre avec une abondance extraordinaire, le papier ti deniers la feuille, ce qui fait qu'il faut tout manger. SI octobroi Je ne sais si vous vous souvenez d'un petit bonhomme menuisier appelé Riauhourt, qui étoit de Mezii'i'rs <'t ;[ Mutent travaillé pour nous; il s'est jeté ces jours-ci dans la rivière et s'est bien uoyé, après avoir pris à l'angloise la précaution de laisser un petit billet par lequel il marque qu'il va se noyer par le chagrin que ses enfants n'auroient pas de pain. On dit que le Régent a été ces jours passés [écoutent de Lass, mais que M. le Duc a raccom- S cela ; il va être décoré d'un cordou bleu par icquisition d'une charge de l'ordre, j'est aujourd'hui le mariage de Mlle Pecouil avec le Brissac. La peste est à Aix, cela passe pour
certain. On dit qu'on a trouvé enfin une manière de la traiter et qu'on guérit à présent la plus grande partie des malades. Balleroy f .
30 octobre.
A la fin du dernier opéra, dans l'instant que M. le Duc venoit de sortir, on entendit un coup de pistolet. Tout le monde crut que c'étoit sur lui, el on courut aussitôt. On le trouva en parfaite santé, et on ne vit ni pistolet ni homme qui le portât. On apprit depuis que c'étoit un laquais qui avoit deux pistolets de poche, qui fit confidence à ses plus proches camarades que son maître, qui se retirait souvent fort tard , l'obligeoit à en porter , et que le pistolet étoit parti tout seul. Le secret a été fort exactement gardé. On dit qu'il y a eu plusieurs manquements de respect à ce prince, ce qui pourroit peut-être bien conduire à lui donner des gardes.
Vous savez que Mlle Pécouil a épousé M. le duc de Brissac ; on dit que ce qu'elle avoit sur elle le jour du mariage valoit bien 25 000 écus. Il faut qu'on ait compté les diamants, car on dit que les étoffes sont bien diminuées, ainsi que la viande. Encore à présent, qu'il n'y a plus de billets, a-t-on bien de la peine à payer l'une et l'autre.
Balleroy.
4. Il était revenu à Paris à cause de ses difficultés pour la créance Oursin.
DE LA MARQUISE DE BALLERoï
Oursin est toujours aux lantenunea; odi ne ne
ait qu'une seule chose, qui est de rae faire rester ici, t que c'est bien assez pour me faire enrager, car je n'ennuie ici comme uu chien, et il y fait fort cher. Buxara.
Quant à M. de Ballerov. c'est un fort bon garçon ' : nais je vous avouerai que sa tranquillité sur mon état ne laisse pas de m 'impatienter : ce qui me fait craindre qu'il ne lui soit resté quelque transport an cerveau. Sachant bien que je n'ai pas de quoi payer un port de lettre, il rae propose tranquillement si je ferai la provision de vin pour Balleroy ; en vérité, ne aut-il pas £tre fou? J'en suis réduit à écouler des billets pour vivre. Par exemple, dans huit jours, je devrai 500 livres à mon loueur de carrosse; ou o'a chaque billet que 20 livres pour 100 livres. Il iaut donc que je lui donne 2500 livres en billets, l'avoue que cette idée-là me chagrine infiniment.
BUXEROT.
Il peut y avoir quelque chose à dire à la Géographie du chevalier; nous avons cependant examiné