‹ Les correspondants de la marquise de BalleroyChapitre 30 sur 79 · Probablement Montcalm · texte numérisé non relu

Probablement Montcalm

2. Nicolas Gagne de Périgny, président au parlement de Dijon.

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DE LA M&RQDISE DE BaLLEROY ~7

Dauphine avec ces messieurs : ils arrêtèrent le carrosse et lui portèrent trois coups dVpce par la portière; mais s'étant jeté bas par l'autre, qu'un passant lui ouvrit, ces messieurs prirent la fuite lorsqu'ils le virent venir sur eox l'épee à la main. On en informe. Voilà de quoi faire un beau hochepot.

On donna nu ballet chez le roi. Les jeunes daniurs qui sont à visage découvert ont mis i rouge, hormis le petit Bouflers '. qui n'en a jamais voulu mettre. Comme sa mère y étoit, les autres mères qui étoient présenles lui parlèrent pour obliger son fils à en mettre ; elle dit qu'elle s'en garlerottfpn et que les mânes du maréchal s'elev.-enl poutre elle si elle étoit capable d't-hde la manière si différente de la vertu de la race, ous pouvez compter que nul homme de son âge ne concilie plus d'estime. Le maréchal de Villeroy a fort loué et infiniment blâmé les autres : il leur dit que le Roi ne les vcrmil jamais de leur

moient des façons de faire si indignes des humes. Le prince de Turenue ne fut pas exposé à celte talion, ayant dansé masque, mais ii leur a dit sou ntimciiL On dit que Mgr le Duc vint trouver l'autre

. Joseph, duc de Bouffi cm. Dis du maréchal ïramoni. depuis lieutenant général, mort de la peUie es â joillel i! comroindajl l'année earoyie

«^coar* "le la Hépublique. Il étail mestre de camp de caralerie e» ' 'e Bis du i l

jour le maréchal pour lui demander qui c'étoit qui inspiroit de si mauvais sentiments au Roi contre M. Lass. Le maréchal le mena dans la chambre du Roi sur-le-champ, à qui il dit : Mon maître, M. le Duc demande qui vous a dit du mal de M. Lass ; je vous supplie de le lui dire. » Le Roi prit son sérieux et dit : « Tout le monde m'a dit qu'il avoit ruiné et moi et tous les particuliers de mon royaume. 11 n'y a personne qui ne m'en ait parlé. Non, monsieur le Duc, et c'est de quoi je m'étonne, puisqu'il n'y a personne qui dût plus tôt m'en avertir. » M. le Duc ne demanda pas son reste.

Lass n'a fait que passer à La Haye au J&rtir de Bruxelles, accompagné du marquis de PjKl§ans lequel il n'auroit pas fait sûr pour lui. Il pàSà de là en Allemagne ; quelques-uns ont dit que c'étoit pour aller à Munich et y rester, mais la plus commune opinion est qu'il passera $$tle Tyrol pour gagner Rome. C'est une chose aflfâ^lse que le nombre de gens qu'il a dupés en œ pays-ci et partout. Un juif nommé Rodriguez, qui lui a vendu des pierreries, à qui il doit 60 000 livres, s'est mis à sa poursuite pour se faire payer de son dû. Il a enlevé de Paris, dans les derniers jours qu'il j a été, tout ce qui restoit de pierreries chez les marchands, qu'il a épuisés de tout ce qu'ils en avoient; il faisoit fabriquer du papier à la Banque et ses émissaires le vendoient sur-le-champ à tel prix qu'on le vouloit. Ce qu'il ramassoit d'or, il le faisoit sortir par voitures

DE LA MARQUISE DE BALLEROÏ ÎÏ)

pour l'étranger. Ce qu'il ramassent d'argent et qu'il ne pouvoif faire sortir si prompt ement, il l'einployoit eu achats de lettres sur l'étranger ou de pierreries, dont il payoit partie et prenoit erédit pour le reste avec l'intention de ne pas payer. Il est immense ce qu'il doit ici ;i toutes les marchandes et ouvrières, de tous les métiers. Cependant il a dit eu soupant chez M. le marquis de Prie qu'il sortoit de Paris avec l'estime et l'amitié du Régent et de M. le Duc, qu'il laissoit au roi 100 millions, qu'il avoit une infinité «le pierreries et 150 millions eu espèces d'or à leur véritable valeur.

Pour sa femme ', qui est ici, on a dit tant de sots discours que je ne puis les croire ni par conséquent les écrire. Il est certain eu général qu'elle n'eu est que plus fière et plus insolente. L'abbé de Vaubrun montre la bonté de son cœur par sa grande assiduité dans la maison.

Il a été question de choisir des directeurs pour la Compagnie des Iiîdes expirante ; l'on a nommé plusieurs qui seraient très bien s'ils s'en vouloient mêler; mais les meilleurs s'en sont excusés. Tous les mouvements que s'est donnés le grand duc de la Force n'ont abouti qu'à lui faire avoir une voix; encoredit-on que c'est celle d'un des valets qu'il avoit apostés.On eut le chagrin d'entendre des voix de gens qui, sans trop se cacher, lâchèrent de très vilaines

i. Calherine knowcl, d'il issure qu'elle n'était pas m;

i bonne famille anglaise. Sainl-Simon

paroles contre l'un des premiers pairs de France.

On a donné un arrêt du conseil qui supprime les mandements de MM. de Montpellier, de Senez et de Boulogne, comme injurieux au Saint-Père *.

Quoique je puisse me contenter de quatre pages de minute, je croirois manquer à mes devoirs, si je ne vous faisois pas une plus longue lettre, sachant que vous les aimez et voulant d'ailleurs réparer le temps perdu.

Je soupai avant-hier encore dans la même maison, où l'incomparable abbé d'Auvergne nous avoua qu'il demandoit Vienne au lieu de Tours, qu'aucune vue d'intérêt ne le conduisoit à cela, mais la proximité de Gluny. À propos de l'abbé, la femme du prince d'Auvergne est accouchée il y a quelques jours d'un jeune prince qui sera fort agissant, car toute l'immense fortune de sa mère se réduit à un prodigieux nombre d'actions, qu'ils ont toujours conservées comme le plus solide de tous les biens. Pour moi, j'en ai deux seulement, et je trouve encore que c'est beaucoup.

Le prince de Turenne a presque été marié en un clin d'oeil ; comme l'on regardoit le mariage comme rompu avec Mlle de Turenne (que je crois qui pourroit bien se renouer), Mme de Lambesc proposa sa fille unique, âgée de treize à quatorze ans, à qui elle assuroit tout son bien, en lui donnant en attendant

1. « Aux évèques de France, et contraires à la paix de l'Église et à l'autorité du Roi. »

DE Là V IRoXlâE D£ ULLEftûf sa terre de Braisne. qui est tirs faeBe et d'nn rim considérable, avec 12 000 livres a prendre de ma» sur la maison de Bouillon. En faveur 4a ■■riage et pour terminer le procès pour le retrait ateele émt d*Albret. le comte d'Evrera donnait h terre de Tau carville. et la marquise de Créquy avoil àoonr parafe de loger daos sod appartement d'en bas le» deu mariés et de les nourrir avec les femmes de a mVl Oh lui demanda si ellt- najl [tarif a son mari : de dit que non, nue OB in-loit pas la peine, qu'il la bt§soit libre de toutes choses et qui) n'osoît h contredire sur rien. Sa imbécillité reodoît la chose amw probable. M. de Bouillon louoit le comte d'Évreox de son bon cœur, le duc d'Aibret n mianin.nl a s'attendrir pour SOD fn-re et lui aoroît santé au txA s'il l'avoït rencontré en son chemin. Le prince de Turenne se réjotiissoit » l'avance d'avoir une femme à lui tout seul. Le comte d'Auvergne, qtri est naaes plus plaisants petits boule-eo-train quel'oo eoonoêne. rioit de tout cela et disoil : c Boo j ToflânmaaiiLa» se marier à une princesse de la maison de Lorraine; pour moi. j épouserai an cousine: j'irai en Hollande, et l'on me fera statbooder. > Atootceta. le prince d'Auvergne ne Irouvort rien que d'affligeant: un petit prince nouveau et qui ne se trouvott que des actions très discréditées pour tonte ressource, espéroit Tancarrille de l'amitié d'un frère avec qui seul de la famille il éloit lié: il monta dans la chambre de sa femme p\ ne trouva de ressource

qu'en se faisant promptement servir ce que Ton peut avoir et beaucoup de vin. Mlle de Bouillon, seule incrédule, crevoit de rire et disoit : « Ne connaissez-vous pas Mme de Larabesc? Elle vient d'imaginer tout cela; je gage qu'il n'y a pas un mot de vrai. » M. de Bouillon se mettoit en fureur et disoit qu'il étoit impertinent de recevoir si mal des propositions aussi raisonnables; il en faisoit mille excuses à Mme de Lambesc, qui de son côté disoit que, trouvant l'affaire aussi convenable, elle ne s'arrêteroit pas à tout cela. Le duc d'Albret, qui ne fait pas grand cas de sa sœur, disoit : a Voilà ce que c'est que d'avoir de l'esprit, on pense toujours différemment des autres. »

Mme de Lambesc dit qu'elle alloit mettre toutes choses en règle et leur apporter les preuves de tout ce qu'elle leur avoit dit. Elle trouva la marquise de Gréquy dès le soir, à qui elle dit que le mariage étoit arrêté entre sa fille et le prince de Turenne ; qu'il n'y avoit de difficultés que pour le logement, mais qu'elle avoit répondu qu'elle voudroit bien leur prêter l'appartement d'en bas, qu'elle n'occupoit point ; que la nourriture des jeunes mariés ne la devoit pas embarrasser, qu'ils iroient dîner et souper à l'hôtel de Bouillon ; que, s'ils venoient quelquefois chez elle, elle étoit persuadée que cela ne lui feroit que plaisir. La marquise s'en défendit avec politesse ; mais elle s'excusa toutefois sur la différence de l'âge et des amusements.

Comme la chose lui teiioit au cœur, résolue k trouver quehpies autres arrangements pour le logen» 'lit, elle alla attendre le comte d'Évreux, qui se retire toujours de bonne heure chez lui ; elle lui sauta au col et lui dit qu'elle vouloit marier sa fille avec sou neveu, qu'elle ne le feroit qu'à condition que cela mit la paix dans la famille, qu'elle vouloit qu'il fût à la noce, qu'elle l'avoit bien dit à M. de Bouillon, qu'elle se dépouilloit quoique jeune; qu'elle donnoit Braisne et les 12 000 livres de rente qu'elle avoit sur la maison de Bouillon. Jusque-lit, toutalloit bien ; mais elle fut obligée d'en arriver à la donation en faveur du mariage de la terre pour laquelle il plaidoit avec ses frères ; cetarticle souffrit difficulté, et elle ne put être levée ; elle eut beau lui sauter au col, lui dire : a Mon cher ami, romprez-vous le mariage de votre frère? me refuseroz-vous, moi qui suis votre cousine par Duras, par La Marck, etc., et qui vous aime de tout mon cœur? Vous voyez comme je me dépouille pour une fille, et vous ne ferez rien pour l'alné de votre nom? » Il fut irrévocable. Tous ces petits contretemps ont rompu le mariage, joint à ce que la fille, à laquelle elle avoit donné treize ou quatorze ans, n'en a que huit. Càumartin de Boissy.

Paris, 3 janvier 1711.

Je soupois hier au loin avec tout plein de Provençaux et Provençales ; tous conviennent que la peste

continue à Marseille et aux environs, à Âix et aux Marti gués. Elle fait plus de ravages qu'elle n'en a fait à Marseille. Il est faux qu'il y en ait eu à Arles, mais il y a temps pour tout. Dieu veuille que nous en soyons quittes !

On vole ici à force. Il y eut trois vols de faits la nuit du jeudi au vendredi dernier. On recommence l'usage des gros bâtons carrés. Un lieutenant-colonel nommé d'El , parent des du Monceau,

fut frappé avec un de ces instruments; le coup en glissant lui abattit le nez et un œil ; des Touches Canon dit hier à mon fils qu'il venoit d'en mourir. Je fus ce même jour témoin d'un autre qui se fit dans la rue de la Ferronnerie, sur les deux heures après minuit, revenant du faubourg. Je vis deux hommes qui en dévalisoient un; mais, n'ayant qu'un laquais et point d'armes, je ne jugeai pas à propos d'interrompre leur besogne.

Caumartin de Boissy.

5 janvier.

L'aventure du duc de Louvigny fait beaucoup de bruit. Étant chez le Roi, on lui parla de Mme de Louvigny; il dit qu'elle étoit grosse, à quoi le Roi répondit qu'il voudroit bien que l'enfant vînt posthume : ce qui scandalisa fort le duc, qui s'en alla piqué. Un courtisan dit au Roi : « Sire, savez-vous bien qu'on ne peut rien dire de plus offensant que ce que vous

venez de dire à M. de Louvigny. — Je l'ai fail exprès, » dit le Roi. Et il se mit à jouer au reversi, qui est sou jeu favori. Leduc, piqué, alla conter son aventure à sa famille, qui lui dit qu'il falloit à des discours pareils faire le sourd avec son maître. Il retournadoncau château, où il se présenta pour entrer chez le Roi, quijouoit. Quand il joue, dix ou douze personnes sont nommées pour le regarder jouer, et c'est tout. M. de Louvigny, à la porte, dit à l'huissier de dire au Roi que c'étoit lui. L'huissier répéta trois fois son nom au Roi, qui n'en fit compte, et, pour plus grand déboire, un simple courtisan sans charges ni titres se présenta et entra à la barbe du duc, qui altendoit une réponse à la porte. Voilà le cas que le Roi fait du duc de Louvigny '.

M. d'Argenson a écrit à M. le Régent au premier jour de l'an pour lui faire son compliment et lui a envoyé sa lettre par son fils, auquel le Régent a dit qu'il n'étoit pas content d'une lettre, qu'il vouloit une visite et lui a marqué le jour et l'heure. Ils ont été

1. Le duc de Louvigny, lils aîné du duc de Guiclie, étant a la Manque, entendit un liomme qui dit ; ■ Ce petit La Motte est bien heureux d'avoir une aussi jolie femme que Mme de Lou... > Il n'acheva pas, apercevant au même instant le duc. Celui-ci va trouver un ami de La Molle pour lui dire lu nouvelle, en ajoutant que c'était Mme de Louvois. L'ami, un moment effrayé, se remit et déclura qu'il n'avait reçu aucune confidence. Celle aventure mit Louvigny très mal en cour.

enfermés deux heures et demie tête à tête. Gela fait causer bien des gens.

Je viens d'arrêter un nouvelliste dont on m'assure que vous serez contente. Balleroy.

42 janvier.

MM. Durevest, Bourgeois et Fromaget ont été élargis de la Bastille , après qu'on en a tiré les éclaircissements nécessaires. MM. Paris, qui sont de retour à Paris, sont chargés de faire la révision des comptes des directeurs de la Banque ; on leur a donné pour adjoint M. Grassin de la Monnoye, homme d'une probité éprouvée. M. Paperel *, qui avoit été relégué à Saumur depuis la chambre de justice, a été réhabilité par arrêt du Conseil. M. de laFare, son gendre, à qui la plus grande partie des biens de son beau-père avoit été adjugée, lui donne pour le dédommager une pension viagère de 8 000 livres.

Mme la marquise de Yatau est morte d'une fausse couche \

La duchesse de Sully est très incommodée d'une liydropisie.

Le marquis de Goetanfau 3 a fait présent à M. le

i. Trésorier de la maison du Roi.

3. Catherine Le Mairal, fille d'un maître des requêtes, seconde femme de Claude Aubery, marquis de Va tan, prévôt des marchands.

3. Jean de Kerhocnt, marquis de Coetanfao, major général de la gendarmerie, gouverneur de Morlaix.

uc de Saint-Simon de 250 marcs de vaisselle, enreonnoissance d'un legs considérable fait ii ce duc, qu'il l'a remis généreusement au marquis, persuadé que r'avoitété l'intention du légataire.

La bulle que le Palais-Royal aflendoit avec impatience de Rome pour la grande maîtrise de Saint- Lazare, à laquelle le duc de Chartres es! nommé, est arrivée '.

Paris, i:t Janvier.

A propos de la liste des bénéfices, il y a bien des is fâchés, et ce n'est pas tout à l'ail sans sujet, pauvre abbé de Froullé, dont je ne suis pas ido- ■e, me parott un des plus à plaindre de tous. Le gent avoit promis un évéehé au maréchal de :e pour lui, et il n'a pu avoir qu'une petite abyede 1800 à 2000 livres '.

Les Jésuites triomphent : jamais on n'a fait une motion si fort à leur gré. Cinq dînoieut à l'hôtel Bouillon et convenoieut qu'il sembloit que le P. Le Tellier fût revenu. Il n'y a pas un des stitutiimnaires zélés qui n'ait reçu récompense îsante pour son travail, plusieurs même au delà.

Celle lettre est la première du nouveau * nouvelliste ■ dont on 1 de parler. Nous indiquons Us ralvanlM pu un seul asiéle.

Claude-Louis de Froulay, (Ils du comte de Froulay et de

-\ i .1.- Mfgaïuhla» chiootM-cwniB de Lyon, mtaoBtei du

n 1711), abbe de Sainl-Mnur-sur-Loire le 8 )«» ici- 17*1, évt- .lu «an* en \7'2ii.

Les mérites du cardinal de Bissy, que Ton ne peut soupçonner dans la faveur, ont produit au moine Renié une abbaye de 9 à 10 000 livres de rente.

Le pauvre abbé Boisot avait été mis sur la feuille pour Saint-Évreux, par ordre du Régent. Le cardinal de Bissy l'en a fait ôter.

L'abbé de Breteuil, qui prétendoit avoir parole d'un évêché, a été trouver Sou Altesse Royale pour l'en faire souvenir; il lui remontra que, s'il n'en avoit pas un, il n'auroit pas seulement de quoi faire raccommoder ses chausses, qui étoient rompues ; son compliment ne lui a rien produit. Il a eu pour réponse que le motif n'étoit pas canonique, que d'ailleurs il avoit tant dépensé pour les baisser qu'il ne devoit plaindre quelques petits frais pour les faire recoudre f.

L'abbé de Broglie f a bien mieux fait ; aussi a-t-3 réussi : il a apporté un grand mémoire pour quelques fournitures de vin ; tous les articles étoieol visés en points. Au bas étoit écrit : « Total, il me faut l'abbaye de Saint-Michel. » Gomment résistera tant d'éloquence? Aussi l'a-t-il eue.

Il a trouvé que l'abbé de Breteuil étoit un trop impertinent visage avec le Régent pour en obtenir

1. Charles-Louis Le Tonnelier, fils du marquis de Fontenay* d'Anne de Galonné, abbé de Chaumes, grand maître de la chape* du Roi, nommé cvêque de Hennés en 1723.

2. Charles-Maurice, fils du second maréchal de Broglie et * Marie de Lamoignon, agent général du clergé de 1710 à 17* mort en 176C.

DE LA MARQUISE DE BALLEKOY .;:i

des grâces; que Dieu n avoit pas donné ces sortes de talents à tout le monde; qu'il f'alloit beaucoup d'esprit et une ancienne familiarité avec Son Altesse Royale. Dans le temps de la défense des pierreries, il vint au Palais-Royal avec des bagues à ses dix doigts. Le Régent lui demanda s'il avait vu l'arrêt de défense. Il lui dit qu'il l'avoit vu, mais qu'il avoit lu les exceptions; que celles qui servaient à l'ornement de l'Église étaient permises et que l'on ne pouvoit nier qu'il en étoil un des principaux ornements. Cai-martin de Roissy.

La marquise de Gié ', qui a gagné les trésors du Pérou, marie sa fdle au troisième frère de son mari. Vous voyez qu'il y a aussi des consciences dans le monde cl qui songent à restituer.

Vous me croyez bien fol si vous croyez que je suis garni d'actions. J'en avois encore deux, pour lesquelles je me suis bien gardé de payer une obole. Je les aî vendues 3300 livres pièce en billets. Je les aurois plutôt jetées au feu que de mettre du bon argent en pareille marchandise.

La dévote qui avoit prédit l'embrasement de bennes a prédit, à ce que l'on dit, celui de Paris pour le 25 de ce mois. Boissv.

1. Fille de M. de Barteloife, sbof dtafMdn. Dangemi nous apdata il» 17 février 170S, qu'a la cour on reeonnaissaii « que jamais femme n'avolt mieux dansé i .

18 janvier.

Le marquis de Laval, neveu de Mme de Roquelaure, est enfin sorti de la Bastille *. On a prié le duc de la Force de ne plus venir au conseil des finances.

A la réception du duc de Nevers au Parlement, M. le prince de Gonti fut accompagné par soixante personnes de condition.

Le duc d'Antin passe l'hiver dans ses terres.

Madame se porte beaucoup mieux.

La Sorbonne a eu une lettre de cachet pour recevoir dans son assemblée vingt-deux docteurs qu'elle avait chassés.

Le Régent a accordé à l'abbé Bignon six vicaires, qui auront choix chacun de matières différentes : M. Raguet pour la théologie, M. Allary * pour l'histoire, M. Danchet pour les belles-lettres : ils auront chacun 1000 livres de pension.

19 janvier.

Je ne sais si je pourrai, en le masquant un peu, vous rendre une réponse de M. de Broglie à M. le Régent aussi bonne qu'on la trouve. Je vais y faire

1. Gui de Laval-Lezay, baron de La Plesse ; la duchesse de Hoquelaure était sœur de son père.

2. Pierre Alary, prieur de Gournay, sous-précepteur du Roi, membre de l'Académie française en 1723 (1689-1770).

DE LÀ MAIIQIJISE DE BALLEltOT tt\

de mon mieux. Ils étoient à table, où l'on parla de Mme de Palans '; le Régent loua sa braillé, mais se plaignit qu'elle étoit trop grande de je De sais pas bien d'où; M. de Broglie lui répondit : « Monseigneur, il n'y a qu'à la mettre au compte en banque ; elle diminuera d'abord des trois quarts, et, si ce n'est ez, il y a encore le virement de |iarlie. » M. le Duc. sachant qu'il y avoit à la Monnoie

I 200 000 livres d'argent comptant, fut pour en prendre 400 000 de son autorité, qu'on lui refusa.

II fut sur-le-champ au Pulais-Koya! et obligea M. le Ragent de lui donner un ordre pour les avoir. Gela a fait grand bruit. M. de la Houssaye en a été si fâché qu'il a demandé à se retirer; on dit qu'il a raison, parce que, quelque peine qu'il se donne, tant qu'il ne sera pas maître des Fonds, il ne pourra réussir à rien. Les uns disent que M. le Duc a pris cette somme pour la maison du Roi, les autres pour la Banque, qu'il s'efforce de soutenir tant qu'il peut :

[ n'y a pas apparence qu'il en vienne il bout, non

I . Fille de M. de Mii'icourl, valel de chambre do Madame Iloyale, el le MUe de la Illaclie; elle épousa M. Gorge d'EntrsgUèa, llls d'un alunit que le l'ape créa duc de l'iialaris, a cause de sa mère, ;«rerilc du cardinal de Valençay; peu après son mariage, il fui mrsttlfl pour escroquerie si s'en/ttll en Espagne. Mme de Vauray renii sa femme el la mil dans un couvent, d'où la duchesse <>|.intir. sa pareille, la lit sortir cl la présenta clans le monde. ayant plusieurs amants, elle fut choisie pour renverr Mme de Parabere el devint la maiiressc du Itèrent vers la tin ! 1711) ; elle (ut renvoyée au muis do janvier 17-21 ; mais elle prit faveur plus tard, cl c'est dans ses liras que mourut le Hé-

plus que du retour de Lass, dont on détruit tout à fait le système, pour reprendre l'ancien.

20 janvier.

Le jour que M. de Nevers fut reçu au Parlement duc et pair, MM. les princes du sang s'y trouvèrent : M. le Duc et M. le duc de Chartres y parurent avec une suite peu nombreuse, au lieu que le prince de Conti étoit avec un gros de 60 et 80 personnes, officiers et gentilshommes. Lorsque chacun eut pris séance, un particulier s'avança jusqu'au parquet et dit que, étant de la maison de Bourbon, il requéroit qu'on le reconnût en cette qualité, après que Messieurs auroient examiné les pièces et les lettres qui faisoient foi. M. le premier président se contenta de dire que l'on fît retirer cet homme : il résista pendant quelques instants aux huissiers de la chambre, qui le renfermèrent. Une personne de la cour vint le réclamer sur les assurances qu'il donna qu'il était fol.

On continue à s'assembler tous les lundis chez M. le Duc pour travailler au redressement des affaires de la Banque et pour tâcher d'assurer un dividende certain aux actionnaires.

Dans l'accommodement qui a été fait au sujet de l'abbaye de Marmou tiers, dont l'abbé de Clermont a obtenu lacoadjutorerie du consentement de M. l'abbé de Lyonne, il a été convenu que l'on uniroit à cette

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abbaye plusieurs prieurés possédés par des moines de la même maison, jusqu'à 30 000 livres de rentes, dont une moitié sera unie à la mense abbatiale et l'autre à la mense monacale, de sorte que H. l'abbé de Lyonne aura dès à présent 15 000 livres de rentes au delà de ce qu'il avoit à cette abbaye, qui, quoiqu'une des plus ricbes du royaume en collation, ne rapportait que 5 à 10 000 livres de plus.

Les bulles de M. le duc de Chartres pour la grande maîtrise de l'ordre de Saint-Lazare sont plus restreintes que celles do feu M. de Dangeau, qui lui donnaient le titre de grand maître des deux ordres militaires de Saint-Lazare et du Mont-Garmel, tandis que, dans les bulles de M. le duc de Chartres, il n'y a que le premier; le roi de Sardaigne a l'autre. On a rendu aux Feuillants leur privilège d'officier à la chapelle du roi; ils en avaient été exclus à cause de leur appel.

L'abbé de Verneuil, qui avoit acheté de M, d'Orgeville la charge d'avocat général au Grand Conseil, a disparu depuis huit jours ; ou supposo que le dégement des affaires générales aura dû en mettre n dans les siennes, qu'il auroit pu prendre quelque parti extrême.

Il paraît par la dernière lettre de Provence qne la peste n'y diminue pas; elle n'a pu encore gagner Toulon, bien qu'une famille entière y ait été eulevée en fort peu de temps.

Ui LES CORRESPONDANTS

22 janvier.

Tous les plaisirs de Paris consistent dans Topera de Thésée et le ballet du Roi, où tout Paris assista : il se représente dans la grande salle des machines ; c'étoit Goypel le fils qui avoit fait le sujet de la pièce; elle s'est trouvée si mauvaise, qu'on a été obligée de la changer. On joue après Don Japhet d'Arménie. Je vous envoie un petit couplet de La Motte sur Goypel. Il n'y a point de mariage que celui de M. Le Nain, qui a épousé ces jours passés Mlle d'Âsfeld f. Mlle Dufronchot, fille du fermier général, épouse M. de Saint-Cir, conseiller au Parlement. On lui donne 100 000 écus, dont il y a quelque peu d'argent comptant. Toute la finance reprend son ancienne fortune. On a nommé beaucoup de fermiers généraux, auxquels on fait financer 150 000 écus. Il y en a peu eu état de fournir cette somme.

De Sabine l.

22 janvier.

Les on-dit de Paris me fournissent une occasion de vous écrire ; ma peine sera bien employée si ma lettre vous amuse.

1. Anne, fille de Benoît Bidal, baron d'Asfeldt, maréchal de camp et d'Anne Pucelle, frère du maréchal, épousa Jean le Nain, baron d'Asfcld, maître des requêtes, intendant en Languedoc.

On crie partout misère; les marchands ne vendent rien, et tout le monde est aussi magnifique que du temps de l'agio; on ne voit pas un écu, et les théâtres sont très pleins. Les embarras de carrosses n'ont pas cessé; Paris, comme vous voyez, est immuable. Les cours des princes sont seules changées ; celle de M. le Régent est toujours nombreuse et plus par nécessité que par affection. M. le Duc n'en a point, et tout le monde adore M. le prince de Conti : quelle vicissitude !

Suivez-moi article par article ; je vais vous rendre compte de la situation de nos trois princes.

M. le Régent est très triste et était malade hier; il a reçu une lettre il y a huit jours dont je vous dis le contenu tout bas, qui est qu'on lui marquoit qu'il étoit empoisonné et qu'il s'en apercevroit quand il auroit des taches jaunes sur le corps. Ces on-dit-là ont pu passer jusqu'à vous ; le fait est qu'il est fort triste.

M. le Duc n'est pas plus gai; tout son or ne le rend pas heureux ; personne ne le visite ; on lui tourne le dos pour l'éviter; sa table à souper est de vingt-cinq couverts; il ne s'y trouve personne depuis que Lass est parti ; il a envoyé prier par billets ; personne n'est venu. Voilà la réponse que lui fait le duc de La Meilleraye : « Je suis bien fâché d'être engagé chez M. le prince de Conti \ mais son billet ne vaut pas un billet de banque. »

1. Ce prince profilait de l'abandon où on laissait le duc de Bourbon pour recevoir brillamment à PI sic- Adam.

Enfin, à la réception du duc de Nevers au Parlelement, il arriva seul, et le prince de Gonti avoit deux cents gentilshommes avec lui. Il est vrai que le procédé des princes est plein de générosité ; il y a peu de temps qu'il alla trouver le duc d'Orléans et lui (fit : « Monsieur, je viens de chez le Contrôleur général auquel j'ai remis 40 000 livres de rentes des profits des actions qu'on m'a fait prendre malgré moi ; cela aidera l'hôtel de ville à payer de petites parties au peuple. Déplus, j'ai gagné encore de quoi retirer la terre de Mercœur, qui en vaut 50 000; j'en abandonne le revenu jusqu'à concurrence de la somme qu'elle m'a coûté. » Le Régent lui tourna le dos sans lui répondre. Au dernier voyage qu'il fit à la Marche, il y avoit bien des seigneurs chez lui pour prendre congé de lui. On lui demandoit d'être du voyage, dOmme on demandoit au Roi à être de Marly. Il répondit : « Messieurs, j'en suis bien fâché; mais la Marche n'est pas si bien meublée que Chantilly : je ne puis donner que quarante lits. — Eh bien, monseigneur, nous nous doublerons si vous le permettez. » Il y alla plus de soixante personnes, dont les ducs de La Feuillade, de La Meilleraie, de Brissac et autres; enfin c'est le héros de Paris.

Le Parlement est fort embarrassé ; il attend de jour en jour des lettres de cachet d'espèce nouvelle. Il y a deux conseillers à l'aumône de la pension Saint- Sulpice. Vous savez les nouvelles de Rouen touchant la prophétesse. On dit qu'elle avoit prédit l'embra-

sèment de Rennes; elle en prédit un à Paris pour mercredi. Vous savez que toutes les caves sont bouchées à Rouen et qu'on a trouvé, dans la plupart, des sacs de poudre avec des mèches.

Madame Douairière était fort mal hier. Les on-dit ne finissent jamais à Paris.

On dit, par exemple, que Lass, passant à Cologne, i été arrêté par ordre de l'Electeur. Un gentilhomme qui avoit été à Paris avec l'Électeur le reconnut et vint le dire à Son Altesse, qui défendit qu'on lui donnât des chevaux à la poste sans un ordre exprès. Ensuite il l'envoya quérir et lui dit du plus loin qu'il l'aperçut; « Eh! bonjour, monsieur Lass; je ne demande pas comment vous vous portez, mais comment se porte la France. » Il voulut se fâcher; cela l'embarrassa. L'Électeur lui dit que l'Empereur îroit plutôt incognito que M. Lass, et il revint à : « Comment se porte la France? » A la seconde question, Lass répondit que tout y étoit en abondance. « Et les billets, combien valent-ils? * Lass répond : « Tout ce qu'ils ont toujours valu. — Oui, dit l'Électeur; j'en suis bien aise; en voici pour 400 000 livres: je vous prie de me les payer. — Mais vous savez bien, monseigneur, que je n'ai point assez d'argent. — Monsieur, vous ne passerez pas que vous n'y ayez satisfait; vous avez des correspondants ici ; prenez et donnez-m'en sur eux. » 11 vouloit passer; il fit les billets, et il passa. 11 est arrivé ici des négociateurs d'Anvers et de Bruxelles pour tra-

vailler à mettre ordre à nos affaires. Dans le dernier conseil, M. le Duc a montré toute sa bonne volonté pour le peuple; il opina que, pour sauver le royaume de sa ruine totale, il falloit doubler la capitation, rétablir le dixième et ôter le papier du commerce. Il fut hué et alla pleurer chez sa chère mère.

24 janvier.

La princesse épouse du chevalier de Saint-Georges accoucha à Rome, le 31 décembre dernier, d'un fils nommé Jacques-Edouard-Louis-Casimir : il s'est trouvé aux couches de la princesse treize cardinaux, la princesse du Tencin , la princesse de Piombino, avec le sénat romain et plus de deux cents Anglais ; il y a eu plusieurs décharges de canon du château Saint-Ange et quantité d'illuminations.

Le marquis de Laval, détenu depuis deux ans à la Bastille à propos de l'affaire d'Espagne, en est sorti par ordre du Régent pour se retirer en province, à la Plesse au Maine.

MM. de Malezieu père et fils, s'étant présentés le 28 au Palais-Royal pour saluer le Régent, n'ont pas reçu un accueil favorable de ce prince \

Il paroît que MM. Paris auront la caisse commune des recettes générales des finances, comme ci-de-

4. Marais raconte que le Régent dit au fils, qui entra le premier : t Vous êtes bien insolent devenir ici. Sortez, et que je ne vous voie jamais. »

vant, ainsi que les journaux des recettes du royaume qui étoient chez M. Laugeois, un des directeurs de la Compagnie des Indes.

Les comédiens italiens représenteront samedi 25 devant le Roi une comédie nouvelle sous le titre : les Amours de Diane et (VEndymion J ; cette pièce sera pleine de lazzi. Arlequin y fera le principal rôle.

Le comte de Toulouse a envoyé 20 000 livres à Rennes, qu'il a empruntées pour secourir les pauvres.

Le duc de Luynes s'est retiré depuis la mort de sa femme à Issy, dans la maison qui appartient au séminaire Saint-Sulpice *.

On croit que l'on pourroit placer la bibliothèque du Roi à la Banque, à cause de la proximité de la rue Vivienne, où les livres sont déposés depuis longtemps.

M. Lass a passé à Augshourg, ce qui fait croire de plus en plus qu'il prendra la route d'Italie.

Le duc de La Force a été condamné à vendre à bon marché au corps des marchands de Paris toutes les marchandises qu'il faisoit vendre aux Augustins.

i. De Gilbert.

2. La duchesse, fille de Louis, légitimé de Bourbon-Soissons, prince de Neufchàtel, et d'Anne de Montmorency-Luxembourg, mourut le il, à vingt-quatre ans. Belle et vertueuse, elle était excessivement aimée. Son mari se remaria en 1732 à Marie Brulart, fille du premier président du parlement de Bourgogne et veuve du marquis de Béthune-Charost.

La peste est violente à Aix, mais n'a pas passé le

Rhône.

L'abbé de Verneuil, avocat général du Grand Conseil, a fait une banqueroute de 2 millions.

Le Régent a dit qu'il ne donneroit plus d'expectative de conseiller d'État.

Relation de ce qui s* est passé au Conseil de Régence du 26 janvier 1721.

M. le Régent, en entrant au conseil, après s'être assis, se leva et dit au Roi : « Sire, il s'agit aujourd'hui d'une affaire très importante, concernant la Compagnie des Indes, et le papier dont M. de la Houssaye va rendre compte à Votre Majesté. » M. le Duc se leva et dit : « Sire, je n'ai entendu parler de cette affaire que ce matin; j'avois résolu de garder le silence, parce que je craignois que ce que j'ai à dire ne parût d'un homme intéressé. J'ai accordé ma protection à la Compagnie des Indes, autant que j'ai cru qu'il étoit d\\ service de Votre Majesté et du bien de vos sujets. J'ai déposé 1580 actions ; les 80 ne m'appartiennent pas, et je fais présent des autres à la Compagnie, afin d'avoir la liberté d'opiner sans intérêt; j'ai passé chez moi pour les prendre, et je les aurois apportées ici et jetées au feu en présence de Votre Majesté et du Conseil; mais, celui qui en est gardien ne s'étant pas trouvé là, je les porterai demain à M. le Régent pour les brûler. »

M. le prince de Gouli dit : « Tout le monde sait bien que depuis longtemps je n'ai point d'actions ; je n'en ai eu qu'après mon retour d'Espagne; je ies ai vendues, et je n'en ai aucun bénéfice que la terre de Mmmw, et j'offre de la remettre. » M. le Duc répliqua : ■ Des offres vagues ne suffisent pas ; il faut des réalités et l'exécution. »

M. de La Houssaye fit ensuite le rapport des comptes de la Compagnie avec le Roi et conclut a ce que la Compagnie des Indes fût déclarée redevable de tous les billets de banque et que ceux qui ne seraient pas couverts par les 1 500 000 livres des espèces retirées par la Compagnie des Indes, elle en devrait l'excédent au Roi, attendu que Sa Majesté s'en charge; que c'étoit une suite naturelle de l'union qui avoit été faite de la Banque à la Compagnie au mois de février 1720, où le Roi avoit donné à la Compagnie le bénéfice et ta charge de la Banque. M. le Duc prit la parole et dit que, par la même assemblée, d avoit été réglé qu'on ne ferait plus d'achat d'actions et qu'il ne seroit point fait de billets de banque que par une assemblée générale, qu'il n'y en avoit pas eu ; que, s'il avoit été fait des billets de banque et des achats d'actions, c'étoit par ordre de Sa Majesté et par arrêt du Conseil de son propre mouvement, qu'ainsi le Roi en devoit être tenu. — Régent répliqua que M. Lass étoit l'homme de la Compagnie aussi bien que du Roi ; que ce qu'il avoit fait, il croyoit être le bien de la Compagnie;

que cela étoit si vrai que l'arrêt qui ordonne l'achat des actions porte que le dividende accroîtra aux autres actionnaires ; que c'étoit M. Lass qui avoit fait faire des billets de banque pour cet emploi, afin de faire valoir les actions. M. le Duc répliqua que M. Lass nepouvoit pas engager la Compagnie, puisqu'il étoit l'homme du Roi comme contrôleur général; qu'il n'y avoit eu d'abord que 1200 millions de billets de banque , qu'il avoit même été dit dans rassemblée que l'on supprimeroit les billets de 10 livres; que, loin de là, on en avoit fait pour plus de 100 millions des mêmes, et qu'il y avoit dans le public pour plus de 2 700 000 000 de billets ; que cela ne pouvoit jamais être regardé comme un fait de la Compagnie.

M. le Régent répliqua que l'excédent de ces billets avoit été fait par des arrêts du conseil rendus sous la cheminée; que même après l'arrêt de mai, lorsque Ton donna des commissaires à la Banque, il se trouva pour 600 000 000 de billets que M. Lass avoit fait faire sans billets, même cachés; qu'il y avoit de quoi lui faire faire son procès, et qu'il avoit été obligé de donner un arrêt après coup pour le sauver et valider les billets.

M. le Duc dit : « 11 faut bien qu'il les ait faits par vos ordres; sans cela, vous n'auriez pas couvert un crime capital de cette manière-là, et vous ne l'auriez pas fait sortir du royaume. »

M. le Régent dit : « C'est vous, monsieur, qui lui

avez envoyé des passeports. — Il est vrai, dit M. le Duc ; c'est vous qui me les avez donnés ; je ne vous les ai jamais demandés; vous m'avez chargé de les lui envoyer, et vous avez souhaité qu'il sortît du royaume. Je sais qu'où a voulu me jeter un chat dans les jambes dans le public, et je suis bien aise d'expliquer au Roi comment les choses se sout passées. Je n'ai jamais été d'avis que M. Lass sortit du royaume ; j'ai fait même tout ce que j'ai pu pour qu'il y demeurât; mais je me suis toujours opposé à ce qu'on le mit à la Bastille et qu'on lui fil faire son procès comme on le vouloit, parce qu'on ne pouvoit rien faire contre lui, monsieur, qui ne retombât sur vous. Ce fut vous qui nie donnâtes les passeports, desquels je ne vous avois jamais parlé, qui me chargeâtes de les lui envoyer; ainsi il ne faut pas m'imputer sa sortie de France. »

M. le Régent dit : « Si je l'ai fait sortir du royaume, c'est qu'on m'a fait entendre (pie sa présence en France nuiroit au crédit public et enipeclieroit les opérations que l'on vouloit foire. »

fil. de la Houssaye continua ensuite son rapport, et il passa que la Compagnie seroit débitrice envers le Roi de tous les billets de banque; ensuite il proposa que, comme il y avoit plusieurs particuliers qui iivoicnl mis tous leurs biens sur la foi publique, il u'étoit pas juste que, par les dettes immenses de la Compagnie envers le Roi, ils fussent ruinés, et réciproquement que ceux qui étaient sortis de la Goni-

pagnie dans le bon temps, qui avoient converti leurs actions en billets ou qui les avoient achetées à vil prix sur la place, ou employées en rentes perpétuelles ou viagères, actions rentières, ou en comptes de Banque, profitassent des malheurs des actionnaires de bonne foi ; qu'ainsi il falloit nommer des commissaires pour liquider tous les papiers et parchemins, et annuler tous ceux qui ne viendroient pas de conversion de biens réels.

M. le Duc dit : « Il y a 80 000 familles au moins dont tous les biens consistent en ces effets ; de quoi vivront-elles pendant cette liquidation ? »

M. de la Houssaye dit que Ton nommeroit tant de commissaires que ce seroit bientôt fait.

M. le Duc dit ensuite que, s'il y avoit des gens à liquider, ce n'étoit pas ceux qui étoient anciens porteurs d'effets publics ; que le discrédit les ruinoit assez, mais qu'il falloit rechercher ceux qui avoient réalisé en or, en argent, en lettres et maisons, ou qui auroient vendu leurs immeubles des prix exorbitants, dont ils avoient arrangé leurs affaires aux dépens de leurs créanciers.

M. de la Houssaye dit qu'on les taxeroit aussi; mais que, par rapport à ceux qui auroient réalisé en argent, c'étoit une chose fâcheuse pour la peine qu'il y auroit à les connoître ; qu'il arrivera cependant un bien de l'arrangement que l'on propose aujourd'hui, parce que le Roi reprenoit un nouveau crédit par la liquidation en absorbant une grande

partie de ses dettes; les réaliseurs en argent le mettraient au jour pour le prêter à Sa Majesté, vu la facilité des billets payables au porteur. M. de la Houssaye continua son discours, et, après qu'il fut fini, il fut arrêté qu'il serait nommé des commissaires pour liquider des rentes sur le royaume, tant perpétuelles que viagères, etc.

Le Régent répondit qu'il falloit faire un règlement, qui serait porté au premier Conseil de régence, pour prescrire aux commissaires les règles que l'on devrait tenir pour ces liquidations; après quoi il ne s'en mêlerait en aucune façon, renverrait aux commissaires et ne ferait grâce à personne.

M. le Duc lui dit en se levant : « Monsieur, ce sera fort bien fait; c'est le seul moyen que tout se passe dans les règles. »

On a supprimé quelques paroles qui obligèrent

M. le maréchal de Villeroy dédire : « Souvenez-vous,

messieurs, je vous prie, que vous parlez devant le

Roi votre maître. »

De Maltot.

Picard, fameux graveur établi depuis plusieurs années en Hollande ' , a mis au jour une estampe

1. Bernard Picard, fils d'Etienne Picard, dit le Romain, vint se fixer avec son père en 1710 à Amsterdam, où il publia un grand nombre d'estampes, dont plusieurs très curieuses sur le système de Law. Mort le 8 mars 1733.

<iont le dessin a pour titre : Monument consacré à la postérité en mémoire de la folie incroyable de la vingtième année du XV HP siècle. La Fortune y parolt sur un char conduit par la Folie. Ce char est tiré par les principales compagnies qui ont donné naissance à ce négoce pernicieux, comme le Mississipi avec une jambe de bois, le Sud avec une jambe bandée et un emplâtre sur l'autre ; les agents de ce commerce font tourner les roues du char, ayant des queues de renard pour marquer leur adresse et leur ruse ; on voit sur les rais les principales compagnies, tantôt hautes, tantôt basses. Le véritable commerce y est renversé avec ses livres et ses marchandises et est presque écrasé sous les roues du char. Une foule innombrable de personnes de tous états et de tous sexes courent après la Fortune pour attraper des actions. Dans les nues se voit un diable faisant des bouteilles (sic) de savon qui se mêlent aux billets que distribue la Fortune, à des bonnets de fous qui tombent en partage à plusieurs et à de petits serpents qui marquent les insomnies, l'envie, le désespoir, etc. La Renommée vole devant, répandant cette contagion ; le char conduit ceux qui le suivent à Tune des trois portes que Ton voit, savoir : l'hôpital des fous, des malades et des gueux. La Folie a pour devise deux tètes : l'une, jeune et riante, marque le beau côté des actions; l'autre, vieille et ridée, avec cette sentence : « Le chagrin suit souvent une belle apparence. »

Le Roi a créé pour M. do Brémout, capitaine au régiment île Chartres et lieutenant du Roi de Ribemont, la charge d'aide-major aux gardes fran- <;oises.

La avocats au Parlement qui ont refusé d'aller à Ponloise ont convenu entre eux de ne point con-

ller ni plaider avec les avocats du grand Conseil,

i Chàli'let et autres juridictions qui ont continué de faire leurs fonctions.

On dit que le prince de Conti a donné 40 000 des 100 000 livres de sa pension de prince du sang.

Les livres de la bibliothèque du Roi ont été distribués en six départements : M. Danchet, de l'Académie françoise, a la classe des belles-lettres; M. Capron, iront célèbre pour les matières bénéficiâtes, celles du droit; l'abbé ABary, l'histoire ; M. Buret, de l'Académie des sciences, la médecine; M. Audry, médecin, la physique; l'abbé Raguet, la théologie. Il y aura encore une classe pour les estampes : on ne sait pas encore le titulaire, la santé de M. le Hay le mettant hors d'état d'y satisfaire. Chacun aura 1000 livres d'appointements.

La peste diminue considérablement en Provence.

Les actions sont tombées à 3G00 livres en billets de banque, lesquels valent 7 livres pour 100 livres. On apprend dans le moment que les actions viennent d'être supprimées, excepté celles des actionnaires qui pourront prouver qu'elles proviennent des fonds de rentes qui leur ont été remboursées.

Voici, Dieu merci! le 25 passé sans que cette ville ait été brûlée, malgré tout ce qu'en a pu en prédire la prophétesse de Rennes. Au défaut de cette prédiction, on en débite mille autres plus tristes les unes que les autres. Songes et prédictions sont choses de même espèce à peu près et le paroissent aux hommes suivant l'affection de leur esprit. Ézéchiel étoit un songe-creux, Isaïe un grand prince, petit si vous voulez, mais prince du sang judaïque, Jérémie triste comme un bonnet de nuit. L'un ne voyoit et ne parloit que de roues de feu, de chevaliers, etc. Le second avoit des idées magnifiques. Le dernier ne savoitque se tourmenter. Vous n'en trouverez jamais à qui le bien et le mal se présentent également. Des imaginations ne parlent jamais que par rapport à ce qui échauffe leurs passions. Elles le sont toutes furieusement aujourd'hui.

Tout le peuple veut que Lass soit rentré ici incognito par une porte de derrière de sa maison. Beaucoup même soutiennent l'avoir vu ; mais il est hors sens que cela soit vrai, et je suis bien convaincu que nous ne le reverrons jamais ici. Beaucoup de gens croient qu'il veut bien sacrifier une partie de sa fortune pour remettre le Prétendant sur le trône. Je crois qu'ils voient juste. Cet homme a du grand dans la tête. Je ne vois pas le moyen pour lui de

se faire une protection considérable et de se donner un grand appui qu'il ne trouvera pas ailleurs. La haine naturelle des Anglais contre nous ne peutelle pas faire un mérite de l'état où le système nous a réduits?

M. Le Pelletier de Soucy quitte le conseil de Régence et tous les bureaux. Il garde cependant sa place de doyen du conseil. C'est un fort honnête homme et qui faisoit tout le bon usage qu'il pouvoit de la portion d'esprit que Dieu lui avoit donnée.

30 janvier.

La nouvelle de M. d'Argensou ne se confirme pas; j'ai rendez-vous ce matin avec lui. M. son père va souvent au Palais-Royal, et le Palais-Royal va chez lui. Il s'est tenu un conseil extraordinaire où les princes se sont chanté pouille, à l'occasion de Lass. Tout le monde y blâma M. le Duc d'avoir favorisé son évasion ; il se laissa blâmer sans mot dire, jusqu'à ce que M. le Régent s'en mêlât. Alors il n'y put plus tenir : il rougit, il pâlit, son œil fermé s'ouvrit, il apostropha le Régent et lui dit : « Quoi ! monsieur, n'est-ce pas vous qui m'avez prié de vous prier en public de le laisser partir et de paroltre favoriser son départ? ne l'aviez-vous pas résolu avec lui? » Pendant leur dispute, le prince de Gonti rioit et, tirant le duc de Chartres par la manche, lui disoit :

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