Mme il« Ségur
par la persuasion qu'il a eue que le pauvre diable ne soutieudroit pas ce qu'il faisoit, en avertit hier au soir le Régent, qui envoya chercher Brancas pour souper. Avant, il lui remontra qu'il prenoit un parti qu'il ue soutiendroit pas jamais. On se mit à table : le duc fut gaillard à merveille. Le Régent sortit deux fois de table les larmes aux yeux. Ce matin, le duc est sorti dans son carrosse de chez lui, disant à ses gens que M. un tel a voit ordre de leur parler de sa part. G'étoit pour les congédier et les payer. Il se fit descendre à la porte des Tuileries, traversa le jardin et trouva au pont Tournant sa chaise de poste et un valet de chambre dedans. Il lui dit d'une voix faible et plus pâle que la mort qu'il alloit faire un grand voyage. Il n'emmène aucun de ses gens; le P. de La Tour lui en donne trois, dont l'un l'attendoit à peu de distance de là. Il va se retirer à l'abbaye du Bec. Il remet toutes ses pensions et ses juifs ', et ne garde que 6000 livres de rente sur son bien. 11 fait vendre le peu de meubles et de vaisselle qu'il avoit et de bijoux, pour payer quelques petites dettes et pour les récompenses de ses gens. Il vit hier, avant d'aller chez le Régent, sa famille. Les choses du monde les plus tendres furent dites de part et d'autre. Le duc de la Force a obtenu du Roi des lettres patentes pour évoquer sa cause au Grand Conseil : elles ne sont valables que pour trois ans.
Cal MARTIN de Boissy.