‹ Les correspondants de la marquise de BalleroyChapitre 47 sur 79 · C.MMAIVriV DE IÎOISSÏ · texte numérisé non relu

C.MMAIVriV DE IÎOISSÏ

Il décembre 1751.

Ce seroit une grande consolation pour moi de retrouver, lorsque j'irai vous rendre mes devoirs à Balleroy, mon oncle Gabriel avec sa petite taille. A quelles Iudes est-il allé? Il me semble que les Normands préfèrent le couchant au levant; s'il a pris la route du nord, je crains bien qu'il n'ait été mangé à la lartare chez les Iroquois ; s'il a voulu téter du Mississipi, je le crois mal dans ses affaires; mais, si

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son patron Ta conduit aux Iles, je ne désespère pas de le voir revenir grand seigneur de là-bas, sérieusement. Si vous pouvez me donner son adresse et qu'il fût à Saint-Domingue, mandez-le-moi ; je vous promets de lui faire faire fortune s'il le veut. J'y ai un petit ami que le duc d'Albret y a fait aller il y a quinze ans, n'ayant pas un sol : il y a aujourd'hui trente à quarante chevaux dans ses écuries et plus de 50 000 livres de rentes en sucre. La Lande avoit gagné 200 000 livres ; je lui proposois d'eu emporter la moitié là-bas ; j'y aurois joint le double, et nous aurions partagé également les profits, et nous aurions gagné des trésors en quatre ou cinq ans, car tous ceux qui y vont en reviennent riches à millions. Les changements d'écharpe ne m'étonnent pas, surtout des Normands et principalement des femmes. Elles ne sont bonnes la plupart qu'à ce que vous savez. Je passe encore pour vertueuses celles qui ne changent que pour cela ; mais celles qui changent pour d'autres de leur sexe sont dans le cas du dernier mépris.

Caumartin de Boissy.

Paris, 14 décembre 1721.

Je reprends la plume pour vous mander une chose qui arriva il y a quelques jours et que je viens d'apprendre tout à l'heure.

Mme du Boulaye, sœur du dernier président de

ce nom, avoit un excellent laquais, qui la servoit à merveille depuis longtemps. La femme de chambre tous les soirs emportoit la clef de la chambre. Le laquais la suivit un jour et se saisit de la clef- Lorsqu'il crut toute la maison dans son premier somme, un bout de bougie à la main, il entra dans la chambre en bonnet de nuit et en chemise. Le bruit qu'il fit la réveilla; le laquais fit une déclaration d'amour à la mode. Elle, aussi brave que feu son bisaïeul, lui dit sans s'étonner qu'elle s'étoit bien aperçue de ses sentiments par la manière dont il la servoit, qu'elle soubaitoit depuis longtemps qu'il s'expliquât, la modestie de son sexe l'empêchant de lui faire la première avance; qu'elle comptoit trop sur sa discrétion pour craindre qu'il manquât au secret, mais qu'elle trouvoit bien extraordinaire qu'il n'eût pas pris une chemise blanche; qu'elle ne pouvoit le recevoir.... sans cela. Il lui dit qu'il alloit en chercher une. Dans l'instant qu'il fut la chercher, elle s'enferma au verrou, appela ses gens et envoya chercher le commissaire, par qui elle l'a fait mettre en justice. N'y a-t-il pas un bien mauvais cœur dans ce procédé?

Caumartin de Boissy.

Paris, 18 décembre 1721.

N'y a-t-il pas bien de l'injustice en vous et un mépris trop grand du métier de vos pères? Vous

écoutez avec plaisir de grands détails sur Cartouche et compagnie. Vous vous dites ennuyée d'une seule lettre qui vous entretient de M. de Landivisiau. J'avoue que son affaire, bien menée, n'auroit abouti tout au plus qu'à la corde. Mais un maître des requêtes pendu ne peut-il pas aller de pair avec un roué. Voilà comme vous êtes, vous autres campagnards et campagnardes. Vous ne faites grâce qu'à l'épée, et la robe passe chez vous pour rien. Je ne vous parlerai plus de mon ancien confrère, s'il ne parvient à la roue. Je vois qu'il lui faut ce grade pour mériter votre attention.

La politique n'est pas bien facile à traiter^ surtout lorsque l'on écrit par la poste. Des discours toutefois approbatifs, comme étoient ceux de feu Dangeau sous le règne précédent, ne sont ni de mon style ni de votre goût; des raisonnements plus libres ne conviennent qu'à la conversation. Que voudriez-vous, par exemple, que je vous dise du voyage d'un de mes amis qui est parti le 19 d'auprès du Saint-Père? Je n'ai autre chose à vous mander, si ce n'est qu'il revient par Turin. Rappelezvous la chanson que fit la maréchale d'Estrées sur son beau-fils l'évoque de Laon. Rien n'est encore mis au net sur l'affaire de Fimarcon et de La Roche-Aymon. Tout l'honneur d'abord a été donné au premier; les lettres du second ont depuis fait changer la face des choses. Le bruit que faisoit l'affaire l'a fait passer à la cour de Lorraine moyennant un secours

de 1500 pistoles du prince d'Epinoy. Un officier de son régiment a été le trouver pour lui dire que tout son régiment ne le verroit jamais avec estime s'il ne se lavoit de cette affaire; qu'il n'étoit pas question d'attendre la guérison de celui contre qui il s'étoit battu ; qu'il n'y avoit qu'à revenir à Paris incognito se battre contre l'autre; qu'il lui serviroit de second. Il l'a sermonné. Il s'est caché dans Paris, et il a été trouvé l'autre pour lui proposer le combat. L'oncle ne s'est pas trouvé d'humeur de l'accepter : il a dit que son neveu étoit un misérable. L'officier, jaloux de l'honneur de son colonel et plus friand de la lame que l'oncle \ lui a dit qu'il falloit ou qu'il soutint ce qu'il avoit dit et qu'il se battit, ou qu'il vînt dédire son neveu devant témoins : ce qu'il a accepté. Les témoins ont été MM. d'Epinoy, de Soubise et de Richelieu ; j'ai oublié le quatrième. C'est sur les degrés de l'Opéra que s'est fait l'éclaircissement, où l'oncle a dit que son neveu étoit un malheureux qu'il ne verroit de sa vie.

On dit que l'oncle est un très brave homme; pour moi, j'en doute, et je crois que, s'il eût été aussi vif pour l'honneur de son neveu que le capitaine pour son colonel, il eût plutôt choisi le combat que de porter aussi légèrement témoignage contre le fils de

i. Le comte de La Roche-Aymon, lieutenant général des armées et de l'artillerie; il refusa de se battre, trouvant la conduite de son neveu très répréhensible et ayant tenu, d'après le récit de Barbier, à [donner à M. de Fimarcon une réparation complète par la rétractation des propos répandus par lui, mal renseigné d'abord.

son frère. Je soumets mon jugement à celui de M. de Balleroy. Mais je ne tiendrai point cette affaire bien éclaircie que ces messieurs n'aient fait un second combat, que Ton dit que Fimarcon veut faire dès que l'autre sera remis de ses blessures.

Gaumartin de Boissy.

19 décembre.

La marquise de Broglio, fille de feu le chancelier Voisin, est fort mal; le curé de Saint-Sulpice, ayant appris sa maladie, lui a été rendre visite !, apparemment pour lui parler sur sa conscience, comme un bon pasteur; mais le marquis de Broglio, ennemi des constitutionnaires comme de la constitution, étant survenu, s'est trouvé scandalisé de cette visite sans y avoir poussé ; il lui a dit des paroles vives, en le priant de se retirer et de se mêler de ses affaires. M. le curé est allé se plaindre au Régent, qui a accommodé l'affaire.

Le grand maître de Malte a envoyé la croix de Tordre à M. l'abbé de Vertot, qui travaille à l'histoire de Malte; le chapitre général, assemblé au Temple, lui a donné une commanderie, située dans la plaine de Greteil.

Le 11 , on a béni les cloches de Saint-Eustache, dont M. le duc de Chartres a été le parrain avec Mlle de Beaujolais, sa sœur.

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