‹ Les correspondants de la marquise de BalleroyChapitre 46 sur 79 · Il refusa 50 000 écus · texte numérisé non relu

Il refusa 50 000 écus

28 novembre 1721 .

Cartouche fut hier roué vif; il est mort bon chrétien et a accusé plus de cent personnes, dont trente et une ont été arrêtées. On rouera, on pendra aujourd'hui cinq ou six de ses complices.

On croit que l'abbé de Rohan sera archevêque de Reims.

Mme de Ventadour logera au Louvre auprès de la jeune reine; son appartement des Tuileries a été donné au cardinal Dubois.

Le duc d'Antin cède le duché d'Épernon à l'aîné de la maison de Gondrin 1.

Le Roi a dit à sa nourrice, en la déclarant première femme de chambre de la reine : « Au moins, Téton, gardez-bien ma femme. »

29 novembre.

On n'a parlé depuis quelquesjours que de Cartouche. Jeudi, à neuf heures, il fut conduit en Grève, où une belle roue l'attendoit. On avoitôtéle matin unepotencedouble et quatre autres roues, pour laisser Cartouche maître du champ de bataille. Il étoit allé fier jusqu'au lieu destiné pour la pompe/Il regar-

1. Louis de Pardailhan, petit-fils du duc d'Antin et de Julie dTzes, née en 1707, mort en 1743, laissant postérité de Gillonne de Luxembourg. Il ne possédait que la seigneurie] du duché d'Epernon, dont le titre n'était porté que par courtoisie.

doit à droite et à gauche de dedans la charrette, ayant l'air assez peu effrayé. Il espéroit apparemment du secours de ses amis. Gomme il vit que rien ne venoit à son aide, il se résolut à punir ses amis si pusillanimes. Il déclara qu'il alloit dégoiser. Pour cela, il fut conduit à l'Hôtel de Ville, où le rapporteur et le greffier l'attendoient. Il a été là à dicter, presque sans que Ton eût besoin de l'interroger, jusques à hier deux heures qu'on le mena au gîte qui lui étoit préparé, où il fut expédié, mais avec peu de ponpe, car les curieux s'étoient retirés. Les soldats cependant étoient toujours restés en faction et les sbires, la baïonnette au bout du fusil, les autres l'épée au poing : leur valeur fut inutile ; personne ne leur dit mot.

Pendant le temps que Cartouche fut entre les mains de ses juges à l'Hôtel de Ville, il est inconcevable combien il déclara de choses et combien il envoya chercher de gens dans les prisons, dans Bicêtre et à la Salpêtrière et dans d'autres maisons. C'étoit une procession de fiacres chargés de monde.

On en conte tant qu'il y a apparence que Ton charge ; deux jours nous éclairciront, et nous saurons s'il est vrai ce que l'on dit, par exemple que le commissionnaire de la Jarrie y fut impliqué : c'est un bruit répandu universellement. Je le crois faux.

M. Minguy , qui a parlé aux commissaires du Parlement, vint hier conter au cardinal ce qu'il en savoit. Il ne lui en dit rien. Cette circonstance est

trop importante pour qu'elle ne soit pas contée. On dit aussi que le fils d'un homme que vous connoissez et dont le frère alloit souvent jouer au brelan chez vous a été accusé, mais cela est faux. Il y a 192 personnes impliquées dans ces affaires. Mais ce n'est point la clique des voleurs de grand chemin. Ce ne sont que voleurs d'épée, de manteaux, de perruques et de montres, qui tuoient lorsqu'on vouloit se défendre. Il a dit lui-même que ni lui ni sa troupe n'étoient pas assez fermes pour travailler sur les grands chemins. Il se trouve cependant qu'il a assisté à quelques meurtres de mouches, d'archers et de gens qui nuisoient à leur besogne ou qui les trahissoient. Il accompagnoit celui qui transportoit le corps de cette femme dont je crois vous avoir parlé que Ton tira de l'eau auprès de l'hôtel de Bouillon. Un de ses camarades, nommé Madeleine, mourut à la question jeudi dernier, chose qui fait fortement crier contre Arnaud et son confrère, qui étoient présents et qui n'avertirent pas qu'ils le trou voient mal.

Caumartin de Boissy.

3 décembre.

Enfin le malheureux Cartouche a reçu la punition due à ses crimes. Jeudi dernier, à sept heures du matin, il fut appliqué à la question avec Madeleine, l'un de ses complices, et du Châtelet, soldat aux

DE U MARQC1SE DE RALLEROÏ Mt

■ardes qui étoit celui qui aroil déclare 1'.' lieu de sa etnife al avoit été cause de sa prise. Madeleine issa le premier; aux premiers pois il fui étouffe. .' a fait beaucoup crier coutre les chiniricns et les médecins qui sont appelés pour visiter ? criminel et empêcher qu'il n'expire dans les tourments. Ils rapportent pour leur justification un dîs- :ours qu'ils prétendent que Madeleine tint à la icture de son arrêt : il ne reste plus, dit-il. qu'à expirer à la question. Dans cette supposition, ils disent qu'il a pu se présenter à la question de façon qu'il ait été suffoqué tout d'abord. Le public ne veut pas écouter leurs raisons et veut les charger de la mort de ce malheureux. Du ChâleM suivit : IHHUme 00 lui avoit promis sa grâce quand il s'engagea de découvrir Cartouche, et qu'il jasoit tant qu'on vouloit, on lui donna la question très légéteinerit. Vint après Cartouche, à qui on donna les brodequins, parce qu'il ne pouvoit souffrir celle de l'eau. Il nia toujours d'être Cartouche et d'être coupable d.-s crimes dont on l'accusoil. Il dit qu'il s'appeloit Jean Bourguignon; du moins il me semble que c'est le nom qu'il se donne. Comme il ne voulut rieu avouer, il ne fut point ménagé. Il fut après m|| remis entre les mains de son confesseur, avec lequel il resta jusqu'à quatre heures qu'il fut conduit à la Grève; quand il fut au pied de l'échafaud, il deniiLink à parler aux commissaires du Parlement. Il fut conduit pour cet effet dans une des salles

de l'Hôtel de Ville, où il trouva une table, à un des côtés de laquelle étaient les deux conseillers, de l'autre les deux greffiers. Il fut mis au bout de la table, assis dans un fauteuil, entre deux geôliers à ses côtés, son confesseur un peu plus loin. Il dit d'abord à ces messieurs qu'il alloit leur déclarer bien des choses ; sur quoi ils lui représentèrent que par un aveu sincère il auroit pu s'épargner bien des tourments. Il répondit que, quand on l'auroit fait souffrir six fois davantage, on n'aurait rien tiré de lui, et qu'au lieu même de son supplice il auroit gardé le silence, si ce monsieur que voilà, dit-il en montrant son confesseur, ne lui avoit ordonné, pour la décharge de sa conscience, de déclarer ses complices ; après avoir reconnu qu'il s'appeloit Cartouche, il fit l'histoire de son éducation et de sa vie ; il dit que dès la plus tendre enfance il avoit commencé le métier de filou, qu'il avoit volé plus de 500 épées, beaucoup de tabatières et de montres, que son plus grand plaisir étoit d'escamoter des manteaux, des épées et des pistolets aux archers du guet, lorsque, s'en retournant le matin, il les trouvoit endormis dans les rues; qu'il y avoit de ces manteaux volés de quoi fournir l'hôpital de couvertures ; que jamais par son goût il n'avoit été porté aux meurtres, à moins que les gens qu'il attaquoit ne lui fissent résistance, ou des traîtres ou des mouches; que de ces derniers il en avoit tué tout autant qu'il en avoit trouvé. Il avoua

d'avoir eu purt au vol du coche de Reims qui fui t'ait il y a ipielipies années, et à deux ou trois autres meurtres dont il détailla parfaitement jusqu'aux moindres circonstances; il nomma tous ses complices, dont quelques-uns étoient déjà arrêtés : ou en envoya enlever d'autres qui se croyaient eu sûreté et qui lui furent amenés. Il resta pendant toute la nuit dans l'Hôtel de Ville à entretenir les commissaires ; il v tut plus de quarante personnes qui lui fureut confrontées, entre autres une fruitière de la halle qui nrii'it les effets qu'il avoit volés, et un porte-balle à qui il les distrihuoil pour les vendre; la fruitière ne voulut point le reconnoltre : mais lui, sans s'élonner, lui détailla plusieurs circonstances de ses recèlements, et lui dit qu'il auroit été fort à souhaiter pour lui de ne l'avoir jamais connue, que sans sa malheureuse facilité pour receler il ne se verroit pas aujourd'hui dans la triste situation où il est; elle fut de là conduite en prison. Sa maîtresse, qu'il envoya chercher, causa un spectacle qnj attendrît extrêmement ceux ijui étoient présents: il dit que, bien loin d'avoir eu part à ses malheureuses actions, il sVn élotl tonjour* caché auprès d'elle avec tout te soin possible; qu'il en avoit eu un enfant, qu'elle lui avoit toujours gardé fidélité et qu'il était près de l'épouser, lorsque la vengeance divine l'avoit abandonué à la punition de ses criâtes. Apres celte explication, elle lui sauta au col, et Us demeurèrent longtemps ai

proférer une seule parole et fondant tous le.

deux en larmes. Le confesseur l'avertit que, allant bientôt paroitre devant Dieu, il fallait qu'il songeât à rompre des engagements criminels; il lui répondit qu'il n'étoit point comme les gens de qualité, qui n'aimeroient leurs maîtresses que pour la débauche ; que pour lui il aimoit et estimoit la sienne ; ii consentit avec beaucoup de peine à s'en séparer. Il n'est pas possible d'avoir plus de fermeté et de tranquillité d'esprit qu'il en montra; il sembloit qu'il s'entretint d'affaires qui lui fussent étrangères; quand, dans les relations de ses filouteries, il se trouvent quelques circonstances un peu plaisantes, il se mettoit à rire tout le premier, et, lorsqu'il étoit fatigué, on lui apportoit ce qu'il demandoit : il soupa comme s'il n'étoit pas au dernier moment de sa vie. Toute cette instruction dura depuis le jeudi à quatre heures après m idi jusqu'au vendredi neuf heures du matin; après quoi, lorsqu'il eut déclaré qu'il n'avoit plus rien à dire, les commissaires le remirent entre les mains de son confesseur, qui employa son temps jusqu'à une heure pour le préparer à la mort.

Marquis de Saint- Ange.

Lorsque l'on conduisit Cartouche à son dernier gîte, il redemanda à parler encore aux deux conseillers qu'il venoit d'entretenir assez longuement à l'Hôtel de Ville. On crut que c'étoit afin de gagner

du temps. On le fit marcher sur la roue. Peut-être étoit-ce pour dire ce qu'an antre a dit depuis. On charge beaucoup deux magistrats duGhAtelet,

b lieutenant criminel et le procureur du Roi. Tout n'est pas encore mis au net. Il paroît qu'Us ont eu de l'argent pour sauver des coupables. Tout le londe convient que le plus intrigué est le procureur Roi, car le lieutenant criminel ne peut avoir litre lui que. des criminels.

Le marquis de Richelieu reçut hier la visite d'un abbé assez bien l'ait; il avoit trois laquais et se faisoit nommer l'abbé de Ghoiseul. II n'y avoit personne dans is chambre, mais les laquais et ceux de la présidente de Lisle étoient heureusement dans l'antichambre. L'abbé fit un portrait si touchant de ses malheurs, que le marquis prétend qu'il lui lâcha un louis. Cela ne méritc-i-il pas confirmation? Un louis est heaucouppour lui. Un moment après, sortant de :hczlui,il trouva que Ton menait cet abbé en prison, lui, avant voulu voler de force dans une maison en teJQ jour, avoit été arrêté.

11 court une belle histoire dans les halles. Mon ■Jet de chambre la tient de la propre bouche des tarangèrea : peut-on douter de ce qui vient de si KHI lieu? On dit donc que deux bandes de voleurs nt arrêté le carrosse d'Orléans, qu'ils ont tué uon niiement tous ceux qui étoient dedans, mais aussi ■s chevaux, car, pour le cocher et le palefrenier, ils ni été expédiée les premiers. On dit. Bt c'eal le

beau, qu'ils avoient tous de grands crêpes. Vous voyez que c'étaient les MM. du deuil de Cartouche, qui ont immolé une belle hécatombe pour apaiser les mânes de leur maître.

Il monta à l'échafaud et se mit sur la croix de Saint-André avec un sang-froid admirable. Il devoit expirer sur la roue au cas qu'il n'avouât rien. Mais il étoit convenu qu'il seroit étranglé tout d'abord s'il révéloit ses complices : ce qui fut exécuté. Voilà comme des personnes fort instruites me l'ont conté. Les esprits forts disent que l'espérance d'être sauvé par ses camarades, qui feroient un dernier effort en sa faveur, l'avoit empêché de rien avouer; que, lorsque au pied de l'échafaud il n'avoit vu aucun mouvement, il avoit dit : « Abandonnons ces lâches ! » et sur cela il avoit tout découvert; que, bien loin que le repentir fût la cause de son aveu, il étoit mort comme un malheureux, reniant et blasphémant sur la roue. On m'a assuré que ces dernières circonstances sont fausses pour l'intérieur de sa conscience; ce n'est pas à nous d'en juger. Depuis ce jour-là, on n'a pas laissé de faire des exécutions à la Grève : il y en a déjà cinq ou six roués ou pendus, sans ceux qui le seront encore. Jamais on n'a vu de Tournelle si meurtrière.

Le Roi a tenu ces jours passés un discours dont on tire de bons augures : le petit Conflans f lui ayant

1 . Louis de Conflans, fils aîné du marquis d'Armantières, premier gentilhomme de Monsieur, et de Gabrielle de Jussac, né en

dit qu'il comptait aller voir exécuter Cartouche, il

lui répondit : « Si vous y allez, je ne vous verrai

de ma vie ! » Vous croyez bien que le petit garçon a

eu garde d'y aller.

Gaumartix de Boissy.

Paris, 3 décembre 1721 .

Autant vaudroit vous envoyer l'histoire des larrons que d'entreprendre de vous écrire toutes les exécutions qui se font ici. Je m'imagine que mon neveu vous a instruit de tout cela, car il m'a dit que vous auriez ce matin une gazette bien complète de sa part. Il lui échappera peut-être de vous rendre compte d'un chef-d'œuvre de la médecine. Le nommé Madeleine, condamné avec Cartouche et appliqué en môme temps à la question, parut expirer et fut emporté comme mort, au grand scandale d' Arnault, du Tertre et de Vernage, qui l'assistoient ; ils en ont pensé être chassés; ils se sont piqués d'honneur et l'ont tant saigné, réchauffé et vidé qu'à force de bons traitements ils le mettront en état d'avoir les os cassés, comme si de rien n'étoit. MM. de la Faculté n'ont pas si bien servi la pauvre petite Mme de Maisons à quatorze ans 1 .

171 1 ; il succéda à son père en 1717 et devint maréchal de France en 1708, après avoir très bravement servi.

1 . Marie-Charlotte de Menars, fille de Jean Charon, marquis de Menars, et de Françoise de la G range-Tri a non, mariée le 10 septembre 1720 à René de Longueil, marquis de Maisons et de Poissy, président au Parlement. Elle mourut le 1er décembre et son mari épousa en 1728 Mlle Bouyn d'Augervi) tiers, fille du ministre. ^

Le badaudage pour voir l'ambassadeur turc est plus grand que vous ne pouvez l'imaginer. On met les places du balcon à 24 livres pièce, celles des loges à 16. Les autres à proportion. Toutes les premières et secondes sont retenues, et tout le monde envoie des valets de chambre pour retenir des places dès onze heures du matin. Les dames vont en foule chez lui. La duchesse d'Humières y alla l'autre jour avec sa fille '. Il les gracieusa fort; quelqu'un de la compagnie dit qu'elle avoitla plus belle maison de Paris. Il dit qu'il la vouloit aller voir. Elle lui dit qu'elle lui en feroit les honneurs de son mieux. Sur cela, l'ambassadeur lui dit que la meilleure manière seroit de lui donner à souper : elle accepta. La partie se doit faire après Pâques.

Le duc d'Albret doit aller souper chez lui incessamment ; il me proposa d'être de la partie. Si je ne craignois pas que cela fît une histoire, j'en aurois assez envie.

L'abbé du Bois (car on ne s'accoutume pas à le nommer autrement) y alla il y a deux jours. Le musulman lui fit prendre du café et lui offrit des confitures, dont il mangea sans s'en faire prier. Le Turc lui dit : « Gomment cela s'accommode-t-ii avec votre jeûne? » Le saint prélat lui répondit

1. Anne de Crevant, duchesse d'Humières, fille du maréchal, épousa en 1090 Louis d'Aumont, qui devint duc d'Humières, conformément aux lettres d'érection, lieutenant général; leur fille avait épousé, en 1710, le duc de Guiche.

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qu'il était midi sonné, qu'il prenoit ce repas pour

;i collation.

Cacmartin db Boissy.

S! décembre 1791.

François de Roye de La Rochefoucauld, comle de Roucy, mourut le 29 du mois passé, âgé de soixantetrois ans. Il déclara avant d.' mourir à Mme la duchesse de Saint-Simon, à M. le duc et à Mme la luchessr de Lauzun, qu'il vouloit se raccommoder avec M. le duc de Saint-Simon '; il recommanda aussi à messieurs ses fils de voir ce seigneur à son retour d'Espagne, et, se sentant sur sa fin, il écrivit à M. le Régent pour le prier de donner son gouvernement de Rapaume à M. le comte de Blainzac, son frère : ce que sou Altesse Royale lui a accordé.

Le chevalier de Sntton, ambassadeur d'Angleterre, partit le 2(î de ce mois pour Londres. Entre Paris et Saint-Denis, des voleurs ont détaché derrière une des chaises de ce ministre une des valises, dans laquelle étaient la robe de son chapelain avec plusieurs autres hardes. Le même jour, d'autres

1. Après avnlr été étroitement liés pendant de longues années, .;- .'wiiicni absolument brouillés. M. de Roucy avait prié Saint- Simon de demander ou Régent la compagnie des gardes du corps du duc de Lorges, beau-pére de eelui-ei. Saint-Simon ayanl tià 1res mal reçu par ce prince, à couse des propos tenus sur lui par Roucy, dut l'abandonner et obtint alors la compagnie pour son benu-frêre. Roucy l'accusa d'avoir joué une honteuse comédie et brtN mo lui.

voleurs allèrent pour la cinquième fois au séminaire des Missions étrangères et y prirent deux sacs de 1000 livres à MM. Brisacier et Thiberge, avec une somme de 200 livres à un autre particulier.

Cartouche a dénoncé soixante-huit voleurs, dont il y en a quarante arrêtés, qui sont à la Conciergerie et condamnés à la roue ou à la corde. Il envoya chercher le jour de son exécution M. Henni, maitre des comptes, pour lui dire qu'il lui avoit volé il y a six ans une bourse de 30 louis et qu'il se croyoit obligé à cet aveu pour qu'il n'ait de soupçon contre personne.

L'abbaye de Saint-Àndoche d'Autun, vacante par le deuil de Mme d'Espinac, a été donnée à Mme de Tavanes *.

On répète samedi au vieux Louvre le ballet nouveau des Eléments, où le Roi dansera une entrée.

Un chirurgien, ayant acheté le corps de Cartouche, l'a bien habillé, lui mit une perruque et du rouge et le montroit pour de l'argent. Il a gagné 7 ou 800 livres en vingt-quatre heures.

Mme d'Averne a quitté sa maison de Saint-Cloud, qu'on lui vouloit louer 6000 livres, et en a pris une à Sèvres à meilleur marché.

Le 1er de ce mois, des voleurs allèrent sur les sept heures du soir au Luxembourg, où ils prirent

1. Marie-Thérèse, fille de Henri de Saulx, vicomte de Tavanes, mestre de camp du régiment d'Orléans, et de Marie de Grimouville. Son frère était premier gentilhomme de M. le Duc.

tout ce qu'ils purent emporter dans l'appartement de M. le marquis de Sabran, chambellan du Régent.

M. de Fimarcon revint le 29 incognito de Lorraine pour demander raison à M. de La Roche-Aymon oncle des bruits qu'il avoit fait courir contre son honneur; mais M. de La Roche-Aymon avoit déclaré dès la veille en plein Opéra à M. le prince de Soubise et à plusieurs autres que la lettre de M. de La Roche- Aymon son neveu étoit remplie de faussetés, et qu'il savoit que M. de Fimarcon s'étoit battu en brave homme, qu'il le publieroit partout et qu'il le prieroit de faire de même.

M. l'abbé de Tavanes, évêque de Ghâlons, fut reçu, le 4 de ce mois, comte et pair.

L'ambassadeur du Gzar doit donner incessamment une fête qui durera trois jours. Elle sera précédée d'une table de soixante couverts pour les seigneurs qui voudront s'y trouver, le lendemain d'une autre table pour les dames, du même nombre, suivie d'un grand bal . Et le troisième jour il y aura plusieurs veaux et moutons rôtis entiers, avec un bœuf farci de^lièvres, lapins, perdrix, bécasses et toutes sortes de volailles. On fait monter cette dépense à 20000 écus.

10 décembre 1721.

Je n'ai jamais vu, ma chère tante, une semaine plus stérile en nouvelles que celle-ci; pas le moindre événement. La justice n'a point donné quelques jours

de spectacle curieux : les dénonciations de Cartouche et de trois ou quatre autres malheureux qui ont été exécutés avec lui ont donné lieu à bien des emprisonnements dans toutes les villes du royaume; il y a eu entre autres à Lyon un gros monsieur, dont je ne sais pas le nom, qui faisoit la pluie et le beau temps chez Mme l'Intendante. C'étoit ud des plus gros et des plus beaux joueurs de la ville. Ce galant homme s'est trouvé compris dans un testament du mort. M. Poullctier, qui reçut ordre de le faire arrêter, craignant une méprise, se contenta de le faire suivre, quoiqu'il ne pût pas s'imaginer qu'il y eût fondement à des soupçons aussi injurieux à la probité d'un homme qu'il voyoit tous les jours chez lui. Enfin, ayant reçu de nouveaux ordres, il a été obligé de le faire arrêter et de l'envoyer à Paris ; il est actuellement en chemin.

Les affaires de Fimarcon sont bien changées de face par la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire il y a quelque temps. Il paroissoit qu'il avoit assassiné La Roche- Ay mon par terre. Une lettre que son oncle s'étoit pressé de répandre dans le public avoit donné fondement à ces discours sur l'éclat de cette affaire. Un capitaine du régiment de Bourbon, dont Fimarcon est colonel, ne pouvant souffrir que son commandant fût déshonoré, a pris le parti de l'aller trouver à Commercy, où il lui a rendu compte de tous les discours désavantageux qui se tenoient à son occasion : il l'a ramené à Paris.

Le capitaine ;i été de ta part de Fimarcon demander réparation à La Rocbe-Aymon l'oncle. L'autre n'a point voulu accepter le combat : il a dit qu'il ji'nvmi répandu ce discours que sur la lettre de son neveu, qui' c'était un misérable avec qui il n'auroil commerce de sa vie, qu'il avoit désavoué la première lettre par une seconde, que, bien loin que Fimarcon l'eût assassiné par terre, il lui avoit donné généreusement la vie ; il lui a offert de répéter la même chose devant les témoins qu'il voudroit choisir. Fimarcon a accepté ce parti et La Roche-Aymon a fait cette déclaration peu bonoralile pour son neveu sur les degrés de l'Opéra, en présence de MM. de Soubise, Melun, Riom, le duc d'Olonne et autres que le Fimarcon avoit invités. Il est reparti après cela pour gagner la Lorraine, car, quoique son affaire prenne une meUteure tournure pour lui, cependant, comme c'est un duel des plus marqués, les juges pourroient lui faire un mauvais parti.

Les commissaires chargés de la liquidation vien- < ni d'être nommés; on m'a fait l'honneur de me ueitiv du nombre : le travail sera de durée; on doit

us donner ces jours-ci nos instructions. On a fail

vuiic parlement de Rouen un honneur qu'il ne partage avec aucun autre parlement du royaume : mi i choisi M, Hicher d'Aube pour travailler avec nous; il est parent de M. de Noce cl a déjà élé pour celle raison placé au conseil du commerce.

Comme vous ne nous avez rien mandé de ce qui

est arrivé à M. de Landivisiau dans votre province et qu'il n'est pas bien que vous l'ignoriez, j'aurai l'honneur de vous en instruire. Sur la nouvelle de la mort de la femme de Lépine d'Anican, ses enfants et son gendre !, qui est procureur général du pcirlenient de Bretagne, ont craint que leur père n'épousât une créature avec laquelle il vivoit depuis longtemps en concubinage. Ils ont obtenu du parlement un arrêt qui faisoit défense au père de contracter mariage avec une personne aussi indigne. Quand Landivisiau a vu qu'il n'avoit rien à craindre de ce côté-là, il a voulu jouer à ses frères un tour de son métier. Il a été trouver son père et lui a représenté que c'étoit une chose odieuse que la contrainte que ses enfants vouloient apporter à sa volonté, eux qui dévoient à son travail et à ses peines tout le bien qu'ils avoient. Par ce discours, il s'est concilié l'amitié du vieillard; ensuite il lui a remontré que sa mère avoit laissé un portefeuille dans lequel il y avoit des effets dont il étoit plus en état qu'un autre de faire usage par le crédit qu'il avoit à Paris. Son père a consenti qu'il le prit, ce qu'il alla sur-lechamp exécuter, et prit sur-le-champ la poste pour s'en retourner à Paris après une si belle expédition. M. Danican, son frère, ne fut informé de ce qui

i, iNoël Danican de Lcspine, sieur de Landivisiau, maître de la Chambre des comptes, marié en MOI} à Marie Sanson, avait pour sœur Mme Amclot de Gournay, femme de M. de La Guibourgère, procureur général au Parlement de Bretagne, et pour frère M. Danican, maître des requêtes.

l'étoil passé que dix heures après sou départ; il cou-

nt après lui et le joignit à Lisieux; là il le fit arrêter,

mineur de haro. L'autre eut beau réclamer sa

naliie de Dttttredes requêtes, il fui obligé à écrire

i Goobe ', qui montra la lettre au Régent pour sou-

rhonneur du corps. M. le duc d'Orléans a

ouné des ordres pour la liberté de sa personne ;

nais, pour ce qui regarde ses valises et ses bateaux,

1 a laissé le soin a la justice d'en décider. Dans son

oyage, il voulut donner uue idée de son crédit, qui

■ lui réussit pas : il montra une lettre qu'il écrivoit

i Goobe, par laquelle il le prioit de faire agréer g

JM. le Régent qu'il ne se trouvoit pas au conseil de

I Régence qui devoit décider de nos fortunes, que ses affaires particulières demandoieut qu'il restât encore quelque temps en Bretagne.

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