‹ Les correspondants de la marquise de BalleroyChapitre 53 sur 79 · Le père de Voltaire mourut le 1» janvier · texte numérisé non relu

Le père de Voltaire mourut le 1» janvier

2. Il paraît que cette grave indisposition provenait d'excès de galanterie du prince avec Marie-Anne Quinault, la célèbre actrice, qui quitta le théâtre cette même année et devait mourir en 1791, à cent ans.

Ou dit que c'est M, de Manicamp et non le président de Maisons qui doit épouser Mlle de Tillières '.

On parle d'un mariage du prince Léopold-Clément de Lorraine avec une archiduchesse, fille de l'empereur régnant. Mais ce n'est qu'un bruit de nouvelliste *.

On ne représentera plus de ballet chez le Roi. Sa Majesté ira dorénavant à l'Opéra.

Une femme mourut il y a dix jours dans la rue du Figuier. On a trouvé vingt-deux lettres de Cartouche sous le scellé, et aucun héritier ne se présente, quoique la succession paraisse bonne.

22 janvier 1722.

Rien n'est plus expressif que votre comparaison. N'a-t-on pas toujours de quoi jouer? Il est vrai que le badinage et les détails de famille fournissent toujours. Mais le badinage est difficile quand ou a le cœur navré comme moi.

Il s'est établi une bande de voleurs dans la forft

1. Roger de Madaillan, comte de Manicamp, brigadier, fils du marquis de Montataire, gendre de Bussy-Habutin, épousa le 11 mai 1723 Gabrielle Le Veneur, fille du comte de Tillières et de Gabrielle du Gué de Bagnols, veuve au mois de septembre suivant.

2. Ce projet fut conclu, et le prince Clément de Lorraine devait relever la couronne impériale si l'Empereur n'avait pas de fils, aux termes de la Pragmatique Sanction de 1713. Le prince mourut en 1723; mais l'habile négociateur qui avait conduit cette affaire, le président Le Febvre, n'eut pas de peine à faire accepter le frère du défunt, François-Etienne. Le mariage eut lieu seulement le 42 février 173G.

DE LA MARtjUISE DE BALLEROV 417

de Bondy. Elle débouche pur une pointe de bois qui approche les allées de Pomponne. On y a lue, volé, elc. Il y a longtemps que je m'étouiiois que messieurs n'eussent pas pris ce poste. Les 'évôts de Meaux et de Melun, tous deux eioetleata lleuf espèce, avoienl éloigné, ces messieurs de ce uarlit'r-lii. On les a otés tous les deux par le chaurement qui a été fait dans la marée haussée. Les oleurs de grand chemin en profitent, et nous y perons.

Le chancelier a été au ballet du Roi. Cela a été ■■marqué : je lui en ai fait mon compliment. Si Unie de Pêrigny reveuoit nu monde, elle *■ 1 1 seroil m fâchée.

Cailuartin de Boissv.

Le comte de Tavaoes doit partir ces jours-ci our Dijon, où l'on a besoin de sa présence à 1*00ision d'un mandement de l'évèque de Langres qui I sous peine d'excommunication le port des

Des a tous les ecclésiastiques de la ville, quoi-

■ le Parlement ne les eût point exceptés de la irde que ces habitants font présentement à cause l mal contagieux.

Le chapelier de la Source des bons Castors, nu>

Coudé, se donna, le 16, sept coups de couau, dont il ne mourut pas. On le conduisit au Forii — 27

l'Evèque. Le même jour, le fripier de la Belle-Image, étant ivre, fut dépouillé nu dans le cul-de-sac Saint-Thomas du Louvre. 11 fut reconduit chez lui par le guet, à qui il rendit compte en riant des honneurs qu'il s'imaginoit avoir reçus, et il mourut une demi-heure après. (Buvat.)

25 janvier 1722.

Tous les médecins disent le tiuc de Chartres hors d'affaire.

Mlle de Charolais paria l'autre jour 5 livres tournois contre M. le Duc qu'il feroit cette affaire-là à Mme de Couseran. La somme fut consignée; il mena avec lui des témoins tous dignes de foi ; il alla chez la dame, qu'il ne connaissoit pas. Les bonnes connaissances se font ainsi. Us passèrent dans un cabinet et assurent de part et d'autre que les choses se sont bien passées. Les enjeux furent délivrés aux gagnants. Caumartin de Boissy.

26 janvier 1722.

Je crois avoir été assez sage pour ne pas vous avoir écrit par la poste le détail de la petite rixe arrivée il y a quinze ou vingt jours entre deux hommes de bonne maison qui, après s'être piqués après boire devant le Régent, se donnèrent cent coups de canne dans la salle des gardes. On vint réveiller le prince pour lui dire ce qui se passoit et qu'ils

Hoient se battre sur la place. Il répondit qu'ils miiiToient se blesser avec instrumenta contondants, lais que les pointus ne seroient pas mis en auge, les gronda bien le lendemain et leur fit com- ■einlre le ridicule qu'ils se donnoient. Depuis, ils • se quittent plus, et dans la vérité on dit que les oups ont été assez, également distribués.

CuMARTlV DE BoiSSY.

Le duc d'Ossuna eut une dernière audience du Roi le 20; Sa Majesté lui fit présent de son portrait enrichi de diamants, où il y a une couronne avec cinq pierres de grand prix, et de deux médailles de la France avec l'Espagne et l'autre divers emblèmes qui y ont rapport.

Le 19, M. de Villequier prit séance au Parlement comme duc d'Aïunont pair, mais il n'en pi niera pas I.- nom. Il avoit un habit de drap d'or à 200 livres l'aune, dont la comtesse de Guiscard, sa belle-mère, lui avoit fait présent pour cette cérémunie.

U 20, Le marquis de Castries, avec le marquis de l.ivii, père de sa future épouse, fut introduit dans le cabinet du Roi, qui signa son contrat. On dit que le marquis de Levis sera fait duc de Ventadour '.

I. Cela n'eut pas lieu; le iluclié de Vent a doue, Mgé en 1ÎJ78, ;. 17(7 avec Louis de Lévis, gouverneur du Limousin, ■loni lu lllli- notquc *poun le prince de Turmne, puis le duc dp lluliati.

On doit faire voir à l'Académie des sciences uu sous-portier des Gordeliers qui écrit fort lisiblement avec une jambe et un bras de bois.

M. de Couches, brigadier des armées, fut celui qui apporta le premier au Roi la nouvelle de l'arrivée de l'Infante sur la terre de France; il annonça cette nouvelle le 17 de ce mois. On assure que cette princesse ne marchera qu'incognito, pour éviter des frais aux provinces.

On mande de Bayonne que, dans les visites réciproques que la reine douairière d'Espagne et la princesse d'Orléans se sont rendues, la reine n'avoit jamais voulu s'asseoir dans le fauteuil qui lui avoit été préparé que la princesse n'en eût un semblable. Outre un diamant d'un grand prix dont la reine a fait présent à la princesse, on compte encore un étui garni de diamants, une montre d'or et une tabatière d'or aussi garnies de diamants. Avant la séparation, la reine envoya à la princesse une commode garnie de porcelaines anciennes de la Chine, dont toutes les pièces étaient garnies d'or, avec une épée et une canne garnies de diamants pour le prince des Asturies. On assure que l'Infante est belle et blonde, qu'elle a de belles couleurs et de beaux traits, surtout qu'elle est très gaie.

Le chancelier s'étant trouvé chez le Roi le jour

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la tli'iniiri- représentation du ballet des Êléents, il assista au spectacle et dit que c'étoit le Millier qu'il avoit jamais vu de sa vie. Tout est prêt à l'hôtel des Mouuoies pour un and travail ; on assure que depuis huit jours on . apporté pour dix-huit millions de lingots d'or. La Compagnie des Indes a un fonds de vingt-cinq tillionsen caisse.

Lis commissaires au Chàtelet ont fait une députaon à M. te cardinal Dubois pour lui demander K6USG d'un manque de politesse d'un île leurs conivs. C'esl au sujet de la mort d'une vieille menante âgée d'environ quatre-vingts ans, ayant en ■ cinquante mille livres en vieilles espèces et oui" environ autant d'autres valeurs. M. le cardinal ubois ayant envoyé chercher le commissaire qui .voit posé les scellés pour lui eu rendre compte, et ! commissaire s'étant rendu chez le cardinal, qui ;oit pour lors en habit noir et court, lui parla dans ; termes peu respectueux et comme à un simple Être auquel il n'avoit pas à faire ; enfin le comnissaire, apercevant la calotte rouge, se jeta à ses lieds pour lui demander excuse.

7 février l»St

La princesse de Conli est accouchée d'un gar-

I mi dit qu'il est venu de Home un bref qui ordonne

la signature de la Constitution sans aucune explication.

Le roi d'Espagne a donné la Toison d'or au fils aîné du duc de Saint-Simon et la grandesse au second. M, de La Fare a aussi la Toison d'or.

M. Pelletier, doyen du conseil, s'est retiré à Saint- Victor.

Le duc de Chartres a donné 10 000 livres au petit Quinault et 1000 écus de pension sur le canal d'Orléans.

20 février 1722.

Je sors de chez l'un des plus grands princes de l'Église (le cardinal de Rohan), où j'ai pris ma réfection en maigre, parce que j'étois lassé du gras. Je suis sûr que je ne fermerai pas l'œil de la nuit. Mais je me corrigerai d'aller en si bonne maison dès que je n'y suis pas libre. Mme de Bouillon a introduit une austérité sur cela qui m'a fait renoncer à sa maison à perpétuité pour les jours maigres. Le mari voudroit que chacun se nourrît à sa fantaisie; sa femme boude. J'ai soutenu la bouderie assez longtemps; mais je n'y peux plus tenir.

Son fils soupa hier chez moi avec une personne que vous connoissez et que je ne vous nommeroi pas. Elle devient une des plus belles femmes de France; ils meurent d'envie l'un et l'autre; mais le pauvre diable est honteux, et la femme trop jeune

«MIT faire autant d'avances qu'il conviendrait . Je TOis que je dois 60 eWMCàWWC mener cette affaire i bien et procurer l'accointauce. C'est un métier ue j'ai toujours fait avec honneur et au contenement de toutes les parties. J'avoue que, prenant laris ma jeunesse la part du gâteau, cela étoit ce 1 les esprits faibles trouvaient d'odieux dans le nctier; mais c'est la façon de penser des suis, Dieu i ordonne la charité : n'est-ce pas là un des actes les plus parfaits?

1 arriva l'autre jour au bal du Palais-Royal une aventure au duc de Richelieu. Je ne sais quelle suite elle aura. Voici de quelle façon il la conte : L'n marquis de Marigny, que l'on a fait brigadier depuis peu, se trouvoit près de lui; il lui dit : « Comment nse/,-vous vous présenter devant d'honnêtes gens, malheureux que vous êtes, plus indigne que tout ce qu'il y a de plus indigue au monde? » e marquis lui répondit qu'apparemment il le preuoit tour un autre. Le due lui répondit qu'il ne le conuoissoit que trop, qu'il se laîsnit appeler le marquis de Marigny, qu'il se disoit de la famille des Spinelly d'Italie, qu'il étoit le plus grand fourbe et le plus grand fripon qu'il y eût au monde. Il se démasqua à lui pour lui montrer qui il étoit. Le marquis alla trouver l'exempt et lui dit qu'un masque qui se disoit le duc de Richelieu lui venoit de dire toutes les duretés imaginables; que tout le monde le coninissuii pour un homme de condition et pour un

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ni à l'Opéra, à la comédie, à la foire et aux portes les maisons où it alloit.

CUMAIITIV DE BOISSY.

L'histoire de M. tic Richelieu est tonte telle que je ms l'ai contée, bien qu'elle ait été dite de bien des :ons. Marigny alla se plaindre à l'exempt de ce que M. de Richelieu masqué l'avoit insulté. L'exempt, qu'un homme qui est digne de foi vit hier, lui dit que ce n'étoit ni au bruit ni sur l'avis de personne autre qu'il étoit venu, mais sur les plaintes que Marigny vint lui faire qu'un masque soi-disant M. de Richelieu l'avoit insulté; que le respect dû au Palais-Royal l'avoit empêché de le frapper, mais que, s'il ne l'empéchoit de continuer, il le frapperuit; qu'il le prioit cependant d'avertir MM. les maréchaux de France, pour empêcher des suites. Les maréchaux, indignés du procédé infâme de ce misérable, n'ont pas laissé de lui donner un garde à sa prière. \L le duc d'Orléans accommoda avanthier l'affaire, et pour Imite satisfaction à Marigny détendit les voies de fait. A proprement parler, e'étoit défendre au duc de donner des coups de bitOfl a cet honnête homme.

.le crois vous avoir mandé te qui s'etoit passé au Mijet du cardinal de Rohan, qui prit il y a quinze JOUR la place au conseil de Régence au-dessm du

chancelier, après le comte de Toulouse. Les ducs et M. le Chancelier demandoient que sur cela le Régent donnât un ordre écrit sans tirer à conséquence. L'affaire a été mise en négociation. Depuis, on leur a refusé, estimant que les cardinaux avoient le rang sans brevet. Il est vrai qu'il y avoit ici un brevet pareil qui avoit été expédié autrefois en faveur du cardinal de La Rochefoucauld, mais il fut déchiré et ne parut pas. Cependant les mémoires de Brienne en font mention.

Hier le cardinal du Bois alla y prendre sa place. Le chancelier, les ducs et les maréchaux se sont absentés. Le Régent dit en sortant du conseil que c'étoit autant de pensions de 30 000 livres de gagnées.

Le maréchal de Bezons, qui est sujet à de grands saignements de nez, envoya dire au Régent qu'il ne venoit pas parce qu'il saignoit du nez. Tout le monde en rit beaucoup.

Les ducs sont fort fâchés. On dit que l'orage pourroit bien crever sur quelques-uns. On craint que ce ne soit sur le chancelier, et le bruit se répand fort que l'on pourroit donner les sceaux au cardinal du Bois et le renvoyer à Fresne. Mais des gens bien instruits que je vis hier croient qu'il eu sera quitte pour perdre sa place au conseil de Régence et qu'il pourroit bien ne pas l'avoir au Conseil d'Etat à la majorité. Je l'aime comme une beauté rigoureuse, malgré ses rigueurs; je ne puis m'eni-

pécher d'en être fâché et de le plaindre. Mais, quoique chacun doive soutenir son rang, il avoit fait assez bon marché de bien des choses pour ne pas gâter sa latte pour un œuf. Je voudrais qu'il se fut fait plus d'amis : quelqu'un le plaindroit.

Il v a quelques jours, on a soupe au Palais- Ho val ' - .Mme des Brosses se lâcha : elle dit que Mme de Prie avoit donné la vérole à Livry; Livry a sa femme. Mme de Livry à La Perrouie; que c'était à La Perronio à guérir toute la bande. Fargis, qui étoit du souper, ami de Livry, prit son parti; la folle s'échauffa; Kargis dit qu'elle devoit mieux traiter ceux qu'elle avoit honores de sa taieur, comme Livry. Elle s'emporta; Fargis lui dit qu'elle etoH en train de se lâcher sur ceux à qui elle avril accordé ses bonnes grâces, puisqu'elle le traitnit si niai lui-même. Elle lui dit que. si elle s'était servie de lui, c'était comme d'un laquais; il répondit que ni laquais ni palefrenier ne voudroit maintenant d'elle. Ils élmenl en train et auroienl encore bien mieux dit si le Régent n'avoit imposé silence.

Cela revint à Livry, je no sais par qui. Fargis prétend que ce ne fut pas par lui, qu'il le vint trou- Ver et loi conta l'affaire mot pour mot, lui rendant mille grâces de ce qu'il avoit souffert vexations pour lut. el lui demanda si on lui avoit fait un fidèle rapport. Fargis en convint. Livry fit tapage â sa femme

; Karrii plie

sur ce qu'elle couchoit avec La Perronie, que Ton ne parloit d'autre chose au Palais-Royal. Il se transporta de là chez la des Brosses, à qui il chanta pouille; elle nia le fait : il cita Far gis. La des Brosses alla crier miséricorde à Mme d* Averne, à qui elle conta sa chance ; Mme d' Averne lui promit sa vengeance et qu'elle feroit chasser Fargis des soupers. Fargis avoit tort; Mme des Brosses avoit aggravé. Mme d' Averne avoit renchéri sur tout cela. Elles vinrent toutes deux conter la chose au Régent et se plaindre vivement. Fargis entra un moment après ; les femmes répétoient ce qu'elles avoient dit au Régent. Il soutint qu'il n'avoit rien appris à Livry, qui savoit tout, mais qu'il n'avoit dit que telle ou telle chose qu'il répéta. M. le duc d'Orléans dit qu'il ne se souvenoit pas bien de ce qui avoit été dit; que si Fargis avoit ajouté du sien, il devoit être exclu des soupers et de toute société comme calomniateur; que quand môme il n'auroit pas redit ce qui s'étoit dit, qu'il étoit las que le public sût tous les jours ce qui s'étoit fait et dit chez lui. Sur cela, il mit Fargis dehors par les épaules. Ses adulateurs et M. de Vendôme à leur tête disent que les dames n 'avoient pas dit ce que Fargis avouoit avoir dit à Livry. Le petit grand prieur, qui est un des plus honnêtes hommes du monde, dit qu'il étoit obligé de rendre justice et que les deux dames avoient dit tout ce que Fargis étoit convenu d'avoir dit; que Fargis avoit tort de l'avoir avoué, mais qu'il

[>E LA MARQUISE DE BALLEftOV 4i'.'

ilnil incapable de mentir, et que d'ailleurs, de M aimable société et si attaché au Régent, on devoit lui pardonner une faute dont il étoit inconsolable, du caractère dont il leconnaissoit. Le Régent s'aperçât que pendant cette conversation la princesse de Rohan, qui y soupoit ce jour-là et qui n'y avoit pas été l'autre fois, pleurait coninie une .Madeleine. Il lui demanda ce qu'elle avoit à pleurer et si elle iiiuiuit tant Fargis; elle répondit qu'elle n'aimoit que le Régent, qu'elle trouvoit Mme d'Averne la plus aimable femme du monde, mais qu'elle ne potiToil s'empêcher de lui dire qu'elle faisoit chasser tous les amis du Régent; qu'elle avoit t'ait chasser Uro- KËe, Noce ei Lambert; qu'aux premiers jours nu lu ferait chasser eue-mémo; que Fargis étoit incapable de (aire des calomnies, qu'il avoit eu tort d'avouer à Livry ce qui lui étoit revenu; que d'ailleurs eue auroil été très capable de tomber en pareille faute si son ami, instruit de ce qui avoit été dit sur son chapitre, lui eût demandé ce qui en étoit; qu'elle savoit rattachement qu'il avoit pour sa personne; que peut-être il étoit allé se pendre; qu'il étoit bien capable de le faire, se croyant privé des bonnes grâces de son maître et de l'honneur.

Les deux dames crièrent comme des aigles que, s'il [vvciM.it au siuqier, elles n'y mettraient plus les pieds; elles dirent qu'il n'étoit pas juste que les amis du Régent n'y vinssent plus à cause d'elles; qu'elles le chargeroient de faire tonte leur dili-

gence pour faire revenir les trois amis exilés. Le Régent dit à Mme de Roban qu'elle pouvoit mander à Fargis qu'il Taimoit toujours, qu'il revint le lendemain à son lever et qu'il vouloit lui parler. Il y revint le lendemain. Le Régent lui parla avec bonté; il lui dit qu'il lui pardonnoit de tout sou cœur l'imprudence qu'il avoit commise en convenant du tout; qu'il ne l'aimeroit pas moins; qu'il lui feroit plus de bien que jamais, mais qu'il falloit bien contenter les dames et ne point d'ici à quelque temps venir souper avec elles ; que tout s'accommoderoit après. Mme d'Averne fit la diligence auprès de ces messieurs, qui sont revenus souper comme à l'ordinaire. Noce a été un peu plus difficile : il a dit qu'il étoit engagé à huit soupers, qu'il a montrés écrits sur une carte. Il a promis après de revenir.

28 février.

Il y eut un souper il y a quelques jours où Mme de Léon brilla beaucoup. Elle discuta les plus beaux sentiments et les plus fines maximes de l'amour. Gomme son sermon fut long, le Régent en fut impatienté. Il lui dit « : Ma pauvre Léon, te flattes-tu de pouvoir inspirer de l'amour avec les sentiments que tu as? » Elle soutint que, outre les sentiments, elle avoit des beautés cachées, qu'il ne falloit pas parler de ce qu'on ne connoissoit pas. Sur

ela, il la mena dans on cabinet pour s'éelaircir; I voulut voir les pièces. Elle dit qu'on ne pouvoit ien lui refuser. -Mme d'Avenu entra pendant la site. La principale beauté étoit celle de la cheve- •c. Comme la bougie en approchait de trop près. iif d'Averne retint le bras et lui dit : « Voudriezus brâler une si belle perruque? Vous devriez atôt en faire nn conseiller d'Etat. » On revint se j'ilrc i table; tout le monde applaudit l'avis proposé. Depuis la métamorphose des yeux de Philis en astres, en avez-vous vu une plus belle '?

Cavmautis de Boissy.

M. d'Armenonville a été mandé hier par le Régenl vers la fin du Conseil, et il lui a signifié qu'il étoit garde des sceaux. M. le Chancelier a trouvé ..■lie/ lui ,;i siin retour M. de La Vrillière, qui lui a fait le compliment ordinaire. Il est parti ce matin à portes ouvrantes pour Fresnes, que je lui conseille «le vendre s'il remarque que cela lui porte malheur. Demain est l'entrée de l'Infante, que je comple aller voir ebe/ le chapelier de M. le Chevalier.

Comte d'Argunsuv

I. l'illf du « 1 Lia - de lli)<|i]>'hniiT', Liidi' n bii.sui'. iMik'vée par t<< pHBce de Léon, [Ils du dut de Rohan. Née jumelle, soit père dli i'ii la voyant venir nu monde : ■< Mademoiselle, je ne vous attendais pas sitôt! ■ Leur mère accoucha, en effet, a sepl mui*. fi l'- ■■h-

t* étaient attribués au Roi.

1er mars.

Croiriez-vous bien que je suis très fâché de tout ce qui vient d'arriver, quoique je n'eusse peut-être pas de sujet de me louer du malheureux 1. Mais, en vérité, on ne peut s'empêcher de plaindre ceux qui sont dans sa situation ; j'ai beau être ami de celui qui en profite, je sens plus la douleur de l'un que la joie de l'autre. Ce qu'il y a de pire, c'est que je ne prévois pas de retour à tout cela : l'un est agréable au gouvernement présent et le sera toujours, et plaira à ce qui peut venir après. L'autre étoit devenu plus insupportable que jamais au maître présent et à tout ce qui approche le Roi et que l'on peut croire qui aura le plus de crédit à sa majorité. Ainsi, de quelque côté que je tourne mes idées, je ne vois pas le moindre petit rayon d'espérance pour lui. Je vous conterai un jour sur cela des détails que je crois ne vous avoir jamais écrits. Vous verrez que les gens les plus sensés ne pensent pas toujours sensément. Je n'ai jamais vu un homme avec de l'esprit avoir moins celui du monde et sur toutes choses penser moins sensément. Du vivant du feu Roi, il risque la prison et pour ainsi dire le martyre pour la Constitution que vous et moi ne croyons pas bien merveilleuse et pour ou contre laquelle nous ne risquerions pasjusques à une perte de 100 livres,

\. Le Chancelier.

I DE RALLEROY 43a

•il u'y étant pas attaché. Il se

l'ail depuis tout pour revenir

Il trouve le moyen de perdre

, de choquer bien des gens, de ne

ftne et se fait chasser pour un

. tns lequel tous les exemples sont

un pour.

hommes perdent souvent beaucoup

vus de trop près et pour vivre quelques

de trop. En 1715, c'était un des premiers

iln monde. Jusqu'à ee qu'il fut revenu de

mpagne, ramené par Lass au mois de juin de

ée passée, d n'avoit presque rien perdu de cette

mlation que l'exil n'eût pas amplement réparée.

«vient la gâter, se chamarrer de ridicules et gâter

e tarie pour un œuf.

Si nos biens et nos fortunes étaient assurés, cl plaisir pour un homme qui n'a pas plus d'ambi- ■n que moi de toutes les sottises des hommes pour mieux mépriser et s'en détacher absolument! Jimanche nu soir. — Je rentre d'une bonne et grande maison. I.e maître, qui est au fait de tout ce qui s'est (ait, me dit qu'il demande un ordre par ■il; ilavoit chicané sur les termes; s'il avoit voulu vnii tel qu'on le lui avoit remis, il seroit resté : roais il a péri pour n'avoir pas eu des assez gens du monde pour savoir qu'il n'étoit si mal qu'il pensoit.

e vis trois femmes qui reveuoienl de Bercy, où

couche l'Infante aujourd'hui ; elles disent qu'il est impossible de voir une si petite créature, tant de grâces dans tout ce qu'elle fait et tant d'esprit. On lui avoit dit que le grand aumônier 1 ressemblent comme deux gouttes d'eau à M. de B.... 2. Elle l'avoit trouvé si laid, qu'elle s'est mise à pleurer jusqu'à ce qu'on l'eut amené dans sa chambre. Quand le Cardinal vint la voir hier à Chartres, elle baissa le nez et mit les deux mains sur son visage ; mais elle écarta les doigts, et, le regardant, elle dit à Mme de Soubise qu'elle étoit une menteuse, qu'il falloit lui donner le fouet et ne lui donner que du pain sec à souper.

Caumartin de Boissy.

itr mars 1722.

L'affaire des ducs avec les cardinaux, qu'on croyoit assoupie, ne Test pas du tout; les derniers s'en sont vengés. M. le duc d'Orléans envoya chercher hier M. d'Armenou ville au Conseil, et M. de La Vrillière attendoit le Chancelier chez lui pour lui demander les sceaux, qui ont été donnés à M. d'Armenonville. M. de Morville, son fils, a ordre de venir pour faire les fonctions de secrétaire d'État, et M. de Saint- Contest va à Cambray à sa place. M. le Chancelier a eu ordre, à ce qu'on dit, d'aller à Fresne, et il est

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