‹ Les correspondants de la marquise de BalleroyChapitre 54 sur 79 · C.UMAIlTiN DL SaIVI-AMiI · texte numérisé non relu

C.UMAIlTiN DL SaIVI-AMiI

Le Parlement trouva fort mauvais qu'on ne lui ail pas donné part du mariage du Koi avec l'Infante. Le jour de l'entrée, ils avoient fait plaider 1rs avocats soir et matin et n'avoient pas voulu faire de fiiupliment. Mardi, le Roi leur envoya une lettre de Cachet : on envoya la lettre dans les chambres; les Cliquâtes dirent tout d'une voix que, puisque le Roi ordonnait, il falloit marcher, non pas en grand nombre, comme quand on va chez le Roi, mais simplement deux députés de chaque chambre sans président des enquêtes; qu'il falloit marquer dans le compliment que le Parlement n'y venoit que par ordre. Voici à peu près ce compliment : « Madame, nous apprenons par la lettre du Roi le sujet de votre arrivée en ce pays-ci ; ses ordres nous déterminent à vous apporter les respects qui vous sont destinés, Vos premières années sont glorieuses. Vous maiuttettdres la paix entre deux grands royaumes. Puissiez-vous conserver longtemps ce précieux caractère! Puisse l'innocence de vos années attirer sur nous les bénédictions du ciel! » Voilà une jolie pe-

tite harangue qui contente tout le monde et parait bien plus jolie à qui connoît la situation.

Gaumartin de Boissy.

13 mars 4722.

Il y a eu une grande dispute, le jour du feu de l'hôtel de ville, entre les duchesses d'Orléans et de Brissac et Mmes de Sabran et de Polignac. Les premières, étant arrivées tard, vinrent se placer devant les dernières, qui se piquèrent de cette impolitesse et en vinrent aux paroles. Mme de Sabran, entre autres réponses, dit à Mme de Brissac qu'elle n'étoit point surprise de lui voir un si riche habit, puisque son père étoit un tireur d'or de Lyon *. La duchesse de Brissac se trouva mal au dernier ballet du Roi, à l'occasion de Mme de Gontaut qui fut prise par Sa Majesté pour danser avant elle.

Le 5 au matin, il y eut deux incendies à Paris : le premier au Palais-Royal, dans l'appartement de l'évéque de Nantes, premier aumônier du Régent; mais il n'y eut que les meubles d'endommagés; le second au pont aux Choux, à la Chasse Royale, où la maison de l'artificier de l'hôtel de ville sauta en l'air ; un enfant couché dans une chambre près du grenier fut jeté sur le boulevard sans être tué, et un ouvrier eut la tête coupée.

1. Elle était fille de Pecoil, maître des requêtes, dont le père était négociant à Lyon. (Voir lettre de Madame, tome II, page 368.)

Le garde des sceaux a donné la direction de la librairie à l'abbé de Vienne, conseiller au Parlement.

Le 5, on donna la première représentation de l'opéra de Renaud et Armide, que le public a regardé comme une amplification de Y Armide de Lullv. Le public y perdra, car M. l'ablté Pellegrin a juré qu'il ne feroit plus de vers si l'opéra de son frère le chevalier ne réussissoit pas '.

Paris, 14 ours.

Il y a eu bien des tracasseries de femmes A bals des Tuileries, de l'hôtel de ville et du Palai>- Royal. On dit que les duchesses ont été battues par les femmes de qualité. Le Régent s'est déclaré pour elles ', Il doit y avoir encore une fêle au Palais-

1. Simon-Joseph Pellegrin, religieux servite, pois aumônier de vaisseau armé en course. Couronné en 1703 par i'Ac*éemie ft-ançaise ; il se fli connaître, parce que l'Académie Nésila entre deux jèees de vers du même auteur sous deux noms différents. Cela (lira l'attention sur lui, notamment celle de Mme de Maiutenon. iabli alors à Paris, il ouvrit une véritable manufacture de poésies, n'il vendait au plus offrant; puis il travailla pour le théâtre, ce tii le Ht interdire par le cardinal de Noailles. L'abbé Pellegrin lait d'ailleurs d'une conduite 1res régulière et Taisait passer à m mille la plus grande partie de ce 'ju'il gagnait. Il mourut n I7i!i. ,'i quatre-vingt-deux ans. L'abbé a composé plusieurs péras comiques et autres pièces de théâtre, sous le nom de son ère, dit le chevalier.

i. La surprise causée par le choix du Roi de Mme de Gontaut Aime danseuse vint de ce que le Roi était censé ne pouvoir mser qu'avec une femme titrée, c'est-à-dire duchesse, tandis l'en lait toute Femme ayant été présentée au roi devenait femme • In cour et dés lors avait droit à toutes le* prérogative. Mal i taliouret et à l'entrée du carrosse dans la cour du Louvre.

Royal et un feu sur l'eau qui coûtera 25 000 écus au duc d'Ossuna.

M. Fagon a le cahier de distribution des revenus et dépenses du Roi.

Samedi 46 mars.

M. le Régent se trouva mal hier, mais on croyoit

que ce ne seroit rien.

Caumartin de Boissy.

17 mars.

I) ^ent d'arriver un événement assez extraordinaire. A Tisle Notre-Dame, il y habitoit une femme de soixante ans qui voyoit peu de gens. Elle avoit des équipages propres. Actuellement, on lui faisoit un carrosse magnifique; elle n'avoit que deux chevaux; quand ils étaient boiteux, elle en envoyoit chercher à l'archevêché; elle avoit de belles livrées, assez de domestiques et un bon ordinaire. Il y a quelques jours que le curé de Saint-Louis, sachant qu'elle étoit malade, vint la trouver pour lui proposer un plat de son métier ; elle l'en remercia et lui dit qu'elle n'en avoit pas besoin. Il lui demanda qui étoit son récureur (sic) ; elle lui dit que c'étoit un célestin. Il proposa de l'envoyer chercher. La vieille dit que, si sa maladie avoit de la suite, elle le feroit venir. Pendant ce temps elle passa de cette vie à une meilleure ou à une pire. Ses gens lui firent faire un enterrement hou-

tête; il neparal poùil dépeçants; mais, des qu'elle fut mise en terre, la femme de chambre dit qu'elle n'étoit pas la marquise du Prince, eomme elle se faisoit appeler; qu'elle étoit femme d'un garçon joaillier qu'elle nomma et qu'elle fit venir; que depuis longtemps elle sVtoi! séparée de son mari, qui ne savoit pas ce qu'elle étoit devenue; qu'elle étoit sa nicre; qu'elle lui avoit recommandé de n'en jamais parler; qui- si file ouvrait la bouche, elle la ferait périr; qu'elle l'avoit mariée depuis six ans avec sou valet de chambre, qui étoit ci-devant son laquais et qui ne savoit pas qui elle étoit ; elle montra le contrat de mariage de sa mère avec le garçon joaillier, son extrait baptistaire sous un autre nom, avec un écrit de sa mère qu'elle avoit et qui expliquoil toutes choses, et son père l'a reconnu,

Je viens encore d'apprendre quelques détails par un de mes laquais qui a du entrer che* cette dame. Bile avait un l'nit beat! carrosse el une chaise à poreurs magnifique ; quand elle voulait sortir seub-, îlle louoit deux porteurs à qui eOe faisait prendre de> habits de livrée; elle avoit trois laquais des mieux bits .■! bien vêtus, justaucorps et restée d'écariate. iiignilli'lli's sur la manche, bord de point d'Espagneau chapeau. Elle les entretenoit ave h' plus Iteau linge du monde et les faisoit souvent manger avec elle. Elle vouloit toujours qu'un de ses laquais siU mener le

.rrosse. Elle n'avoit ni chevaux ni cochers; mais, uand elle vouloit sortir, elle envoyait cherct

chevaux chez le cardinal de Noailles; de savoir si c'étoit un écuyer ou le cardinal même qui les lui prétoit, c'est ce que j'ignore. Ce qu'il y a de certain, c'est que, si c'étoit le cardinal, il n'y aurait nul mal à en penser : cette bonne dame admettoit à sa couche tantôt l'un, tantôt l'autre de ses laquais.

La santé du Régent est infiniment mieux; on le croyoit ce soir hors d'affaire.

Le pauvre commandeur de Gaumartin se porte fort mal f.

C Al MARTIN DE BoiSSY.

27 mars 1722.

Le 20 de ce mois, M. l'abbé de Tavanne remercia le Roi de sa place déconseiller d'Église, et le 21 il eu prit possession. Ce fut le cardinal de Rohan qui le présenta à Son Altesse. Le môme jour, le Roi alla à la Muette, où l'après-midi la duchesse de Ventadour mena l'Infante reine, qui n'y resta qu'une demiheure. Le 21 , le cardinal de Noailles présenta la bulle de jubilé, qui fut publiée le 22.

M. le Régent, à qui il est encore resté quelque oppression de sa dernière maladie, prend du soufre lavé, par l'avis de ses médecins.

Le marquis de Chambonas2, d'une famille illustre

1. Paul-Victor-Auguste, sieur d'Argouges, frère de Mme de Balleroy. Il ne mourut que le 16 juillet 1725, à Paris.

2. Scipion de la Garde, brigadier des armées, lieutenant du Roi en Languedoc, épousa Claire-Marie, princesse de Ligne.

d'Auvergne, épouse Mlle de Ligne, fille du comte de AJuuy. Le Roi leur a l'ail l'honneur de signer leur contrat. On dit que M. Paris de Mootmartel épouse, le jour de Saint-Joseph, sa nièce, fille de M. Paris, garde du trésor royal '.

H. Couturier, qui avoit le détail des ordonnances

du trésor, se retire *.

Le 19, le duc d'Ossuna célébra la tête de saint Joseph à la mode d'Espagne. Il servit à table un vieillard, une femme et un enfant représentant saint Joseph, la Vierge et l'enfant Jésus et les fait défrayer pendant neuf jours. Le lendemain, il baisa la main à plus de trois cents pauvres, à chacun desquels il donna une pièce de 50 sols.

Le 22 au soir, ce seigneur fit tirer le magnifique feu d'artifice qu'il avoit fait préparer vis-à-vis du balcon de l'Infante reine.

L'abbé Fleury, confesseur du Roi, s'est démis de cette charge, qui sera donnée à un jésuite. De oeuf religieux de cet ordre qui ont été proposés d'abord, il n'y a plus que les Pères de Lignières, Balingheni et Robinet 3 qui semblent avoir part à la future élection.

Le 20, le nommé La Serres, l'un des associés de Cartouche, fut pendu. Cochois, archer, mourut à la question. Guillain, arrêté le jour de la Fête-Dieu

I I) se remaria en 1716 avec Mlle de Bélliune. ■i. Premier commis <lu cardinal Dubois. Il conserva ces Coudions, ci le Hegeni travailla avec lui peu d'Instants avant sa mort. H. Ce fui le Père de Lignières qui fut choisi.

dans les Gobelins, fut pendu le 21, et le même jour on arrêta dix-huit nouveaux complices de Cartouche et la femme d'un orfèvre de la rue de l'Àrbre-Sec.

Il n'y aura rien de décidé pour le confesseur du Roi. On dit que le cardinal de Noailles a déclaré qu'il ne donneroit de pouvoir à aucun régulier.

Le 26, le Parlement déclara qu'il y avoit abus dans le mariage du sieur Boucher, fils de famille de Paris, quoique majeur, avec une fille adultérine. Le père de la demoiselle et les deux témoins sont décrétés, et le curé de Saint-Germain-le-Vieux est assigné pour être ouï.

Un des fils du fameux Rivel, avocat, a obtenu dispense de Rome pour épouser sa nièce, et pour assurer sa situation il a demandé l'enregistrement de sa dispense à la Grand'Chambre, ce qui a paru nouveau et sans exemple à MM. les gens du Roi.

Le bruit court que M. de Conflans, évoque du Puy, insulté par un gentilhomme, a été forcé de se battre avec lui, et que ce prélat l'a jeté sur le carreau d'un coup d'épée 1.

4 avril 17*2.

La question du confesseur fait grand bruit ici; k cardinal de Noailles ne veut pas approuver le con-

1. Le prélat, ancien officier, se battit en effet et tua son adversaire; il adressa aussitôt un exprès au Roi pour obtenir sa grâce, qui fut immédiatement accordée; il s'adressa en même temps à Rome.

DE U MARIjUISE DE DALLEROY lit

fesseur qui a été approuvé par Madame; chacun f mi parie ;i sa façon, suivant le parti auquel il incline. Le Pape apparemment donnera une bulle pour donner au grand aumônier de France tout et tel pouvoir qu'il a en Portugal pour le Taire évoque de la cour. Tout cela prépare une belle querelle, dans laquelle les amis de l'archevêque prétendent qu'il sera très ferme. Mais l'expérience du passé permet «l'en douter.

Le Régent se porte à merveille et est tout h fait hors de danger; il a été plus mal qu'on ne disoit, mais moins qu'on ne l'a cm.

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