‹ Les correspondants de la marquise de BalleroyChapitre 55 sur 79 · C.UMARTIN DE BoiSSY · texte numérisé non relu

C.UMARTIN DE BoiSSY

.le suis arrivé ici, ma chère amie, samedi, et j'y ai trouvé le meilleur visage d'hôte du monde, car M. de Brancas m'a paru charmé de m'y voir; il avoit fait sa collation le matin pour [n'attendre avec un excellent petit souper, car il a à présent un cuisinier qui sait son métier. C'était une petite bisque d'écrevisses, excellente, une vive, et chacun une jolie sole, des .'(revisses aux mousserons, et encore quelques petites assiettes, du vin de Bourgogne à 50 sols la bouteille, enfin une petite chère excellente; tout cela sur de la terre grise, et cette chère s'est soutenue avec une collation fort exacte, un jeûne fort régulier, surtout de sa part. J'oublioia de vous

dire la vie de mon hôte. Il a fait carême avec la

dernière régularité : il a quelquefois du fort bon

poisson , mais c'est pour moi ou pour quelque autre

qu'il invite à dîner plutôt que pour lui. Il est tous

les jours à cinq heures précises du matin à l'église,

en revient à sept, y retourne à neuf, enfin va à

tous les exercices des religieux aussi exactement

que pas un, et il est d'une édification qui passe toute

imagination. Je crois que vous feriez bien de lui

écrire un petit mot pour le remercier de m'avoir

reçu ; c'est chose qu'il n'a pas encore faite pour ses

enfants ni même pour ses meilleurs amis. Je ne crois

pas pourtant que vous deviez attendre une réponse

de lui, car il rompt tout commerce tant qu'il peut,

surtout avec les femmes.

Balleroy.

4 avril 17*2.

Vous me mettez dans des inquiétudes mortelles, ma chère amie; vous m'avez promis de m'écrire au Bec, où je suis depuis huit jours sans recevoir aucune de vos nouvelles, pas même d'indirectes, et je suis dans une maison où Ton ne songe qu'à la mort et ne parle que d'elle; tout cela ne laisse pas d'inquiéter pour les persounes qu'on aime comme je vous aime. Dernièrement, M. de Brancas1, dînant chez lui avec

1. Louis de Brancas, duc de Villars, pair, colonel d'infanterie, né en 4669; il épousa en 1680 sa cousine Marie de Brancas-Maubec. Très lancé dans les plaisirs, il se ruina, fit très mauvais ménage

le supérieur, son confesseur et moi, nous portâmes tous votre santé avec des éloges qui ne flnissoîent

» point, et qu'entre nous vous ne méritez pas tout à fait, mais je u'étoïs pas là pour le contredire. Il est excellant à mon égard; tantôt il me reproche devant ces Pères tous les péchés que je suis cause qu'il commet; tantôt c'est d'avoir parié avec moi d'une coureuse comme telle et finit par dire qu'après tout, quand il auroit dit devant elle ce qu'il a dit et moi aussi, elle ne nous en saurait pas mauvais gré ; tantôt c'est parce que j'ai été cause qu'il a lu l'explication de l'Evangile du jour avec trop peu d'attention, et cela se termine toujours par la promesse que je n'irai jamais de Balleroy à Paris ni de Paris à Bslleroy sans passer par Le Bec. Je ne sais si à la fin il

ut se sépara de bonne heure, après avoir eu deux llls. Plein d'esprit et de verve, il plaisait beaucoup au Récent et partageait ses débauches. A plusieurs reprises, il avait cependant été pris de scrupules, • mais sans suite », dit Salnl-SImon. Il s'adressa à ht tin au P. de La Tour, général de l'Oratoire; sans rompre avec sa vie ordinaire, M. de Brancas commença à renoncer à ses débauches, tout en sou pain toujours avec le duc d'Orléans. Un soir du mois d'octobre fïSii, ayant assisu- lu veille il un joyeux souper, il disparut, et l'on apprit au bout de quelques jours qu'il s'était retiré ù l'abbaye bénédictine du Bec, en Normandie. LeRigeot, le regrettant vivement, lui écrivit une lettre pressante pour le rappeler; mais M. de Brancas lui cil répondit une » d'abord plaisante, dit Saint-Simon, puis sérieuse, sage et ferme, édifiante et belle, qui ôta tuute espérance de retour >. Elle esi publiée dans le Journal de Buvat, totne II, page 4G!i. M. de Brancas resta au Bec jus- >is d'octobre 1731; il vint alors aux Camaldules de Grosbois, ■uivant Buvat, a l'Oratoire de Paris, suivant La Chesnaye des Bois, i il tBMnit l« UjMVler 1739, non sans avoir eu la malheureuse iblessc de reparaître dans le monde et d'épouser le 24 février 1738 DU» de Clermont-fialleraiide, veuve du marquis de Beauvilliers •:iini Aii-iuin: -.i première tenant était morte le S7»AM7SI,

ne m'en demandera pas un serment... Plus on travaille à restreindre notre tendresse, plus elle doit, ce me semble, augmenter. Je souhaite que cela fasse sur vous le même effet que sur moi; vous pouvez compter que je ne passe pas à Paris un quart d'heure inutile.

Balleroy.

Paris, 6 avril 1722.

Le P. Lignières, jésuite, confesseur de Madame, a été choisi pour confesseur du Roi. Il attend le pouvoir de Gonflans, où le cardinal de Noailles est malade depuis quelques jours. M. Mesnier, gentilhomme du pays d'Aunis, ayant eu le malheur d'être arrêté à cause de la conformité de son nom, de sa taille et de son visage avec un brocanteur chargé par les testaments de mort des associés de Cartouche, s'étoit fait connoître et n'attendoit après son entière justification que la conclusion de MM. les gens du Roi pour être élargi, lorsque M. le Procureur général requit pour le Roi qu'il demeurât en prison jusqu'à ce qu'il fût justifié des accusations de duel portées contre lui.

M. de Montauban est parti pour Montpellier, où il est allé porter à Mlle Ghéron de Saint-Hilaire les lettres de grâce que le Roi lui a accordées pour avoir tué le sieur Lescache, meurtrier des frères de cette

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demoiselle '. Le Koi a aussi fait expédier des lettres de rémission ;i M. l'évéquc du Puy, et il n'a plus que la cour de Rome à solliciter pour se relever.

En vérité, c'est une chose inexprimable que ce que ? vois ici : le duc de Brancas vit avec une commuante remplie de saints et qui sont tous empressés à ) suivre, parce qu'il les devance tous en ferveur. Toute sa journée est remplie de lectures et d'actes

î piété, et j'ai eu part h l'un et à l'autre, au moins

■ ce qu'il fait le jour. .Malgré sa ferveur, qui, je

ois, durera, je crois pouvoir assurer qu'eu mil cas I ne se feroit bénédictin, ni moi non plus; maïs je

ois qu'il restera comme il est, et c'est beaucoup.

Ou dit que le cardinal de Noailles refuse les pouoirs au P. de Lignières '. Ou parle aussi du P. de Lit Perte, jésuite, pour confesseur de la Reine. Le refus

i pouvoir fait une grande affaire, à ce qu'on mande

j duc de Brancas.

Ballerov.

. M. île SiiiuL-ll Nuire avilit provoqué r« yi'iiiilhomme, qui, apré* ,ii"i-i île sa sœur aillée, redirait de l'épouser; il fui tué; son e cadet se battit ensuite et fut blessé ; c'est alors que la sujui e voulut venger d'un coup toute la famille, e cardinal lui parlant de la difficulté de sa charge, le Péit* ■ reconnut et ajouta qu'avec l'aide de Dieu il espérait réussir. 1 faut l'espérer, lui répondit l'archevêque ; cependant je vous décharge. • L'abbé Cliuperel, chapelain à Sainl-Roch, fut ■i et plul excessivement au Itoi.

Paris, 10 avril.

Les cardinaux de Gesvres, de Polignac et du Bois sont faits cordons bleus; on donne à ce dernier trenteans pour faire ses preuves. On dit toujours que le roi ira à Versailles pour le 20, et tout le monde se tourmente sur cela. On dit que M. d'Antin demandent 3 millions pour les réparations de Versailles et qu'il y a un homme qui les entreprend pour 200 000 écus ».

Une fille de l'Opéra, nommée la Massée, se trouvant ruinée par le système, s'est noyée à la hauteur du Cours, en présence de tout le monde, sans qu'on

ait pu la sauver *.

Balleroy.

10 avril.

Le fils du marquis de Monteleone, ambassadeur d'Espagne en Hollande, étant allé à Copenhague avec la permission de son père, y a pris de l'amour avec la fille aînée du fameux Huguetau, à présent comte de Guilen tiers, et s'en est allé avec elle à Edimbourg, où ils se sont mariés ; ils ont été arrêtés par ordre du roi de Danemark et ramenés à Copenhague.

1. .M. de la Coste évalua les travaux pour remettre les appartements à un million.

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