‹ Les correspondants de la marquise de BalleroyChapitre 62 sur 79 · I. Mme de Retz — les deux frères Villeroy avaient épousé · texte numérisé non relu

I. Mme de Retz — les deux frères Villeroy avaient épousé

?s filles des ducs de Luxembourg et de Boufflers — fut renvoyée

cour et tomba malade; clic reçut le surnom de Mme de

-li '-Mn\ , nom d'une revendeuse célèbre ; sa belle-sirur ,

de l,i lirande Jeamietoii, parce qu'elle dénonça tout le monde,

me la bouquetière ci-devant pendue. Toutes deux, malgré leur

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rien s'arranger; il pourroit devoir beaucoup sans beaucoup de miracle. Il prend le toupet ou la chèvre aisément; il n'invente pas une seconde fois la poudre ; il est doux, il a envie de bien faire, il est honnête garçon. Il pourroit donner dans le dérangement de son bien et dans beaucoup de ridicules, par la même raison qu'il a dérangé sa santé pour faire le bon compagnon et trancher du robuste. De tout ce mélange vous porterez le jugement qu'il vous plaira sur cette seule espérance de votre nom.

Il est question pour lui de Mlle Le Maistre, qui a 10 000 livres de rentes en mariage; il en restera encore 17 à son père, qui est veuf. On voudrait qu'il assurât une centaine de mille écus dans la défiance d'un remariage. Je suis persuadé que Gaumartin peut trouver mieux.

Mon frère fait assez bien son devoir de lieutenant de police et parfaitement sa cour; il sait sur tout cela tout ce qu'on peut savoir.

Je vous assure que Rouillon devient une belle maison. Dans une galerie sur l'aile sera ma bibliothèque, et au bout un cabinet de lecture, force pupitres, sofas, carreaux, maroquins, toutes les nouveautés d'Hollande, et de là la vue d'avenues, potagers, bois, prairies, petits moutons. Gela ne vous charmerat-il pas quand vous vous trouverez à Paris cet été?

Comte d'Argenson.

10 août.

Le mariage de notre neveu me parait fort avancé, après bien des variations. D'abord il a été fort question de Mlle Le Maistre avec 400 000 livres. Les approfondissant , nous n'avons pas trouvé notre compte.

C'est aujourd'hui Mlle de Fieubet ! ; on lui donne une terre, 8000 livres de rentes ou 200 000 livres à son choix , et nous optons l'argent et 9000 livres de rentes en maisons à Paris. On dresse le contrat.

Balleroy.

10 août.

Permettez-moi, madame, quoique absent, que je vous amuse un instant. Vous savez la détention du maréchal de Villeroy par MM. d'Artagnan et de la Fare et douze mousquetaires qui l'ont conduit à Villeroy. Si vous ne le savez pas, je vous l'apprends ; si vous le savez, prenez que je n'aie rien dit 2. Vous avez

1. Elisabeth-Antoinette, fille de Paul de Fieubet, seigneur du Coudray,Neveillon, etc., conseiller du conseil du dedans, et d'Angélique de Fourcy, morts; mariée le 20 août à M. de Boissy, alors maître des requêtes. Son frère était conseiller au Parlement, et sa sœur avait épousé en 1714 Pierre Gilbert des Voisins, conseiller d'Étal.

2. Il était gouverneur du Roi. Depuis quelque temps, il était mal avec le Régent, auquel il ne voulait pas que le Roi parlât en particulier, et les lettres de cachet qu'il venait d'obtenir contre ses enfants avaient achevé d'indisposer tout le monde contre lui. Mais le peuple de Paris, qui l'aimait beaucoup, s'émut de cette mesure. Il se retira plus tard dans son gouvernement de Lyon, et mourut sans avoir été rappelé à la cour.

entendu parler du Binache, remède à la mode pour tous les maux. Voici des vers de Voltaire, qui en prend et qui s'adresse au maréchal de Villars, qui l'avoit prié d'aller à Vaux ; voici son excuse :

Je me flattai de l'espérance

D aller goûter quelque repos

Dans votre maison de plaisance,

Mais Binache a ma confiance :

Je prends, pour guérir de mes maux,

De la tisane à toute outrance,

Et j'ai donné la préférence,

Sur le plus grand des héros,

Au plus grand charlatan de France.

Ce discours vous déplaira fort,

Et je confesse que j'ai tort

De parler du soin de ma vie

A celui qui n'eut d'autre envie

Que de chercher partout la mort;

Mais soufTrez que je vous réponde,

Sans m'attirer votre courroux,

Que j'ai plus de raisons que vous

De vouloir rester dans le monde,

Car si quelque coup de canon,

Dans nos beaux jours brillants de gloire,

Vous eût envoyé chez Pluton,

N'auriez- vous pas dans la nuit noire

Beaucoup de consolation,

Lorsque vous sauriez la façon

Dont vous avez traité l'histoire?

Paris vous eût premièrement

Fait un service fort célèbre,

En présence du Parlement,

Et quelque prélat ignorant

Auroit débité hardiment

Une longue oraison funèbre,

Qu'il n'eût pas faite assurément

Pour un vertueux capitaine.

On vous auroit promptement mis Dans l'église de Saint-Denis Entre Duguesclin et Turenne.

Mais si quelque jour, moi chétif, Je passois dans le noir esquif, Je n'aurois qu'une vile bière.

Deux prêtres s'en iroient gaiement Porter ma figure légère Et la loger mesquinement Dans un coin de leur cimetière.

Ma nièce pour toute prière Et mon janséniste de frère Riroient à mon enterrement, Et j'aurois l'honneur seulement Que quelque muse médisante M'affubleroit pour monument D'une épi ta p ne impertinente.

Vous voyez bien par conséquent Qu'il est bon que je me conserve Pour être témoin encore longtemps De tous les exploits éclatants Que votre destin vous réserve.

Le chevalier de Ghemault

i2 août 1722.

Les premiers jours delà couche, Mme de Bouillon alloit à merveille, et tout d'un coup elle est à la mort. Il y a encore une nouvelle plus récente : l'enlèvement du maréchal de Villeroy, qui s'est exécuté avant-hier au soir. On ne sait encore pas beaucoup les circonstances. Mais on Ta vu passer par delà Villeroy dans

1. Louis Betauld, dit marquis de Chemault, chevalier de Saint- Louis, colonel d'infanterie, mort sans alliance en 1737, fils d'un maître des requêtes et de Mlle de Déon-Luxembourg.

un carrosse du Régent, lui quatrième et deux mousquetaires le suivant. Bien des gens croient qu'on va le mener dans une de ses terres.

M. de Ganillac se meurt à Blois.

Le chevalier de Gaumartin est venu ce matin

m'apprendre que c'est aujourd'hui qu'on signe les

articles du mariage de notre neveu. Tout cela s'est

conduit assez comiquement, dont nous nous sommes

assez divertis.

Balleroy \

18 août.

La raison pour laquelle le maréchal de Villeroy a été éloigné est parce qu'il ne s'est pas voulu retirer lorsque le Régent a voulu parler au Roi en particulier, quoique M. le Duc se retirât.

Balleroy.

17 août.

Sur les avis que la cour a reçus qu'il y avoit beaucoup de désertions dans les troupes, parce que les soldats s'attendoient à une amnistie générale à la cérémonie du sacre et au jour de la majorité,

1. Le 17, il approuve fort ce mariage, qui liait son neveu avec « une famille bien aimable et bien estimable. Mme Gilbert des Voisins, sœur de la future, en est, ce me semble, un grand ornement. Les Choiseul, Petit Bon Dieu, tous cousins germains, y sont fort attachés. C'est Mlle de Fieubet, qui apporte 20 000 livres de rentes et une bonne terre et des maisons à Paris i.

Sa Majesté a ordonné aux intendants de province de ne faire grâce à aucun déserteur, déclarant en même temps qu'elle ne donnera aucune amnistie dans les deux cas où on lafaisoit espérer.

On va construire un fort de gazon près de Versailles ; deux bataillons du régiment du Roi doivent arriver prochainement pour l'élever et le défendre, et Sa Majesté en fera le siège, afin de prendre par la pratique une idée plus claire d'une attaque de place qu'elle ne l'auroit su par la simple théorie.

Le 10, les comédiens italiens représentèrent à la foire Saint-Laurent deux pièces de M. Le Sage, intitulées la Force de Vamour et la Foire des fées. Leur réussite fut un peu meilleure que celle du Jeune Vieillard.

Le duc de Gharost fut nommé le 19 gouverneur du Roi et ce choix a beaucoup satisfait Sa Majesté.

Mlle de Beaujolais épouse l'Infant don Carlos, l'aîné des enfants du second lit du roi d'Espagne et frère de notre Infante reine, qui doit succéder un jour aux Etats de Parme. La princesse doit partir pour Madrid au mois d'octobre *.

Le maréchal de Villeroy a reçu ordre de partir pour aller commander dans son gouvernement.

Le marquis de Rambures, qui s'étoit rendu à la Bastille, en est sorti il y a quatre ou cinq jours 2.

1. C'était le secret que le Régent voulait dire au roi hors de la présence de Villeroy. La princesse avait huit ans et l'infant six. Elle mourut en 1734. Voir mes Filles du RégentttomQ 11.

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