‹ Les correspondants de la marquise de BalleroyChapitre 68 sur 79 · MO LES CORRESPONDANTS · texte numérisé non relu

MO LES CORRESPONDANTS

ce temps-là, ne laisseront pas de faire quelque cHose de considérable ; du moins, j'en entends parler ainsi. On parle d'une lettre que le maréchal a écrite à M. Dodard, dans laquelle il lui mande qu'il lut est revenu que Sa Majesté grossissoit trop et que cela venoit de ce qu'il la laissoit trop manger. Le Roi a grande envie de courir le cerf et aurait il y a quelque temps demandé un habit pour cela.

25 décembre.

Les gardes de feu Madame passent au service de la duchesse d'Orléans.

C'est M. de MassiHon qui est nommé par le Roi pour faire l'oraison funèbre de cette princesse.

Le Roi a ordonné de meubler Marly.

On dit qu'on va travailler à la recherche de la noblesse.

L'opéra italien de Londres doit venir au mois d'août jouer au Palais-Royal les jours de relâche de l'Opéra. Les comédiens auront deux tiers des produits et M. de Francine un tiers.

MM. Geoffroy et de Réaumur ont découvert le secret de l'Allemand. Ce n'étoit pas une poudre comme le débite ce charlatan, mais un globe de fer-blanc rempli de poudre à canon et au bout duquel il met un saucisson qu'il fait passer à force dans un tonneau ordinaire rempli d'eau ; il approche ce tonneau du lieu incendié, allume le saucisson et

pousse le tonneau dans le feu, qui, en crevant par l'effet de la poudre, éteint les flammes par l'explosion de l'air et remplit les parois de la maison enflammée d'une eau réduite en vapeur, mais pas suffisante pour éteindre le charbon , qui brûle encore.

26 décembre.

Ou porte le deuil fort régulièrement. Quelques courtisans ont été relancés parce qu'ils n'avoient pas de pleureuses.

Le Pape va mieux.

On ne craint plus les Turcs à Malte. Il y a cinq cents canons en batterie.

La duchesse d'Humières a été faire des excuses à Mlle de Charolais pour la dispute au convoi de Madame.

Le prince et la princesse de Gonti ont reçu par lettre de cachet ordre de suspendre toute poursuite.

28 décembre.

Le duc de Gesvres fut installé le 22 à l'hôtel de ville comme gouverneur de Paris en survivance ! .

1. François-Bernard Potier, marquis, puis duc de Gesvres, fils du duc de Tresmes, marié à Emilie Mascranny, fille d'un maître des requêtes et nièce de Mme de Balleroy; ce mariage ne fut pas heureux, mais trop célèbre par le procès en impuissance intenté au duc, lequel se termina par le désistement de la plai-

Il donna au corps de ville un repas de 10 000 livres, distribua pendant sa marche 3000 livres en louis et autres espèces. Il fit couler quatre fontaines de vin sur la place de l'Hôtel-de- Ville et distribuer au peuple 200 livres.

On amena, le 24, un voleur de grand chemin, escorté de vingt archers. Il est parent de Bras-de- Fer, connu avant Cartouche par ses grands vols et assassinats. On le dit chef des voleurs de la diligence de Lyon.

Paris, 4« janvier 1728.

L'auteur de Y Oracle de Delphes a retiré sa pièce1.

Le jour de Noël, Mlle Àmonio quêta en robe de cour, suivie de trois laquais et d'une femme de chambre, dans l'église Saint-Eustache, où elle avoit rendu le pain bénit le matin, porté par douze pauvres qu'elle avoit fait habiller et auxquels elle avoit donné un écu chacun 2.

gnante, morte en 4717. Le dernier représentant mâle de cette maison, Louis-Joachim-Paris Potier, duc de Très mes, périt en 1792, sans postérité. Les seuls descendants sont les représentants actuels des maisons de Saulx-Tavanes et de Broglie-Rével. Elle n'a rien de commun avec les familles Potier qui peuvent subsister aujourd'hui.

1. Comédie de Moncrif. Cette pièce fut jouée au* moment où Ton s'occupait beaucoup des oracles, à cause du traité de Fontenelle. Moncrif la retira au bout de peu de jours, pour prévenir certaines mesures qu'il craignait à cause de quelques passages peu orthodoxes.

2. Son grand-père, taxé à 600 000 livres en 1716, était venu comme garçon apothicaire à la suite de Mazarin.

On vient de placer dans la même église une œuvre d'une menuiserie magnifique, don de M. le Garde des sceaux.

Le Roi a évoqué à son conseil l'affaire du prince et de la princesse de Conti, avec défense au Parlement d'en connoître.

La princesse des Ursins est morte à Rome, le o du mois passé, laissant à la princesse épouse du chevalier de Saint-Georges ses pierreries, qui montent au prix de 201 000 livres.

Le 24, un courrier apporte la nouvelle que, malgré ses répugnances, La Peyronie avoit fait avec succès l'opération du duc de Lorraine.

Le Roi a donné une pension de 50 000 livres à Mlle de Charolais.

4 janvier.

On a renouvelé la défense des jeux de hasard, où beaucoup d'officiers perdoient des sommes considérables.

M. Belle !, peintre de l'Académie, a eu l'honneur de peindre le Roi, dont le portrait servira aux tapisseries des Gobelins pour l'histoire du sacre.

Le sieur Germain, le plus habile orfèvre de Paris 2, qui a fait le magnifique soleil offert par le

i. Alexis Simon la Belle, élève de Troy (1674-1734). 2. Thomas Germain (1673-1748), fils d'un célèbre ciseleur, luimême architecte, sculpteur et orfèvre, avait étudié en Italie.

il. — 33

Roi à l'église de Reims, a fait voir à Sa Majesté un plateau de soixante pièces d'argenterie qu'il a fait pour le roi de Portugal et qui a fait l'admiration de toute la cour.

La comédie du Nouveau-Monde va être imprimée. On a reconnu par l'écriture qu'elle étoit de M. Fuzelier, quoiqu'il Tait nié dans le Mercure de novembre *.

On dit que le Roi va faire des capitaines généraux qui auraient rang après les maréchaux.

Les Jésuites ont fait signifier à l'université de Reims leurs lettres d'union *.

M. Fulques d'Oraison ' épousa il y a quelques jours la fille de M. Robin, premier commis du cardinal Dubois.

On affiche la vente des biens immeubles de Mme Ghaumont et de M. Vincent Leblanc, grand audiencier, pour parvenir au payement de leurs taxes 4.

1. Nous avons déjà dit qu'elle était de Pellegrin et de Quinault.

2. Les Jésuites, établis à Reims sous Henri IV, malgré une vive et constante opposition du conseil de ville, avaient entamé contre l'Université un procès en 1617; ils le renouvelèrent en 1722, mai* n'eurent pas plus de succès.

3. D'une famille noble du Gomtat, pour laquelle le marquisat d'Oraison fut érigé à nouveau en 1719; son dernier représentant est mort en 1876, général de division, à Paris.

4. Le Blanc avait été taxé ù 7 millions, qu'il dut payer avant d'être mis en liberté, le 15 janvier 1723. Mme Chaumont était une célèbre agioteuse ; on vendit alors sa seigneurie d'Ivry et l'hôtel Pomponne sur la place des Victoires, qu'elle louait 40 000 livres à la Compagnie des Indes.

Le jour de l'un, le cardinal Dubois donna au Roi un écureuil et une cage qui revient à 10 000 écus.

Deux poètes faucon viennent d'entrer dans l'étal ecclésiastique : Rousseau a pris les quatre mineurs ii Malines. Gacou le petit collet à Paris, ce dernier pour y jouir du prieuré qui lui a été résigné '.

On dit que le cardinal Dubois achète uu prince de Carigmin l'hôtel de Soissons,pour y établir un collège.

On a appris des derniers arrivés de la Louisiane que la mine d'argent qu'on y a découverte rapporte.

On vend par affiche la maison du sieur de Saint- Kdniç, qui teuoit jadis le jeu des danseurs de corde.

18 janvier.

Le 4, on prit le chapeau du Roi dans le cabinet, et on le remplaça par un vieux plein de trous.

Le 8, le cardinal Dubois fut élu membre honoraire et surnuméraire de l'Académie des inscriptions.

Les médecins ont conseillé au Roi de moins monter à cheval, parce que cet exercice trop fréquent pourrait lui gâter la taille.

1. François Gacon (4687-1795), d«Ip satirique qui «'•■-< qiH trop BOOM par ses œuvres; il ollnqun les écrivains Itt pfcll COÛé* durables et recueillit, ouïr* un légitime mépris, quelques mots de |ii'i-iih ci tics coups île bâton.

Le 19, les comédiens français représentèrent pour la première fois une tragi-comédie tirée de don Quichotte, Basile et Quitteriez autrement les noces de Gamache. La curiosité des spectateurs, qui étoient en trop grand nombre, ne leur permit pas de goûter cette pièce jusqu'à la fin. Elle est en trois actes, précédés d'un prologue que Ton doute être du même auteur1.

On regrette fort que le théâtre va perdre le sieur Baron * et Mlles Duclos 3 et Quinault l'aînée, qui ont l'intention de se retirer à Pâques.

Le bruit court que le gouvernement de Mlle de Chartres va être ôté à Mme de Chiverny et donné à Mme de Conflans.

On a découvert dans le Maine une mine d'argent; une compagnie offre une somme considérable au Roi pour en avoir l'abandon.

M. de Ganillac est autorisé à s'approcher jusqu'à cinq lieues de Paris et de Versailles.

Les comédiens italiens représentèrent le 15 pour

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