M0 LES CORRESPONDANTS
fils lui succéda comme receveur général ; l'autre devint maître d'hôtel ordinaire du Roi ; ses filles épousèrent le comte de Ricouart d'Hérouville, M. de Pommereu, intendant à Âlençon, BL de Ghauvelin, intendant de Picardie, et le comte de Grouches de Chopy.
Lettre de M. de Balleroy au sujet du mariage
de Mlle Méliand (1718).
« Vous donnez peu de biens à votre fils, dit le « Régent au garde des sceaux en signant au con- « trat. — Monseigneur, il s'en falloit beaucoup que « j'en eusse autant en me mariant. Cependant j'ai la « plus grande charge du royaume. Quand on sert « bien ses princes, on ne manque de rien. » M. le Régent fit un signe d'approbation et signa. Cela me vient d'assez bon endroit que j'y ajoute foi.
Marc-Pierre de Voyer, comte d'Argenson, né le 16 avril 1696, après avoir, comme son frère, passé par le Parlement et la maîtrise des requêtes avant la mort de son père, fut pourvu de la lieutenance générale de police à Paris (1720). Intendant deTouraineen 1721, son père lui abandonna la chancellerie
de l'ordre de Saint-Louis le 18 mai 1721, et il reprit B 26 avril 1722 la lieutenatice de police; conseiller d'Etat en 1724, de l'Académie des scieuces en 1726. Intendant de Paris en 1740, secrétaire d'Etat de guerre à la fin de l'année 1742, il y demeura longtemps et rendit les plus sérieux services. Protecteur des lettres, ami de Voltaire et des encyclol>édistes, il tomba en 1752 avec le garde des sceaux ée Machault, ayant encouru la haine particulière de Mme de Pompadour. Exilé aux Ormes, il y resta jusqu'à sa mort, arrivée eu 1764. Il avait épousé le 24 mai 1719 Mlle Larcher, fille posthume et très riche d'un conseiller au parlement de Paris et de Mlle Hubert de Bue; de ce mariage descend le marquis d'Argetison actuel, qui possède toujours la magnifique tour des Ormes.
Marc-Pierre était d'une humeur bien différente de
s frères ; il soignait également sa tante et avoit plus
verve et d'entrain. Surnommé « la chèvre » par
s camarades de classe, il avait connu intimement
i collège Voltaire, fils, comme nous l'avons dit,
i notaire de Caumartin. Sceptique, ami du plaisir,
■'■tait an courant des nouvelles du monde, des
-eut lires un peu gaillardes, que Mme de Balleroy
aimait particulièrement, ce qui lui faisait pardonner
sou diable de neveu ses allures un peu trop
i libertines ».
Plus tard, les deux frères se brouillèrent furieusement. L'entrée du marquis comme chef du conseil
du Régent froissa excessivement le comte d'Argetison, qui ne cessa depuis ee jour, avec l'appui de la duchesse d'Orléans, de l'en faiçe destituer. Il faut lire dans les Mémoires de d' Argenson les manœuvres vraiment indignes de son frère : un moment, en mai 1749, il parut à la veille d'être sacrifié, mais y résista cependant et ne quitta que l'année suivante, sur l'ordre formel du Roi, qui exigea qu'il ne cumulât aucune fonction avec celle de membre du conseil. La réconciliation eut lieu à l'avènement du comte d' Argensou au ministère de la guerre. « La Bruyère a dit, écrit le marquis, celui que Voltaire avait surnommé « la béte », que, le jour où un homme est nommé ministre, il se trouve tant de gens de ses parents qui ne Tétoient pas auparavant. Je me su» trouvé comme cela avec mon frère : nous étions brouillés ; il m'a fait quelques avances, et je m'y suis rendu facile; sa place de ministre de la guerre lui donnoit beaucoup plus d'éclat et de raison que cidevant; ce qui résulte de blâme en ceci est absolument commun entre nous deux. »
René-Louis de Voyer, comte, puis marquis d'Argenson, fils aîné du garde des sceaux (1694-1757), fut reçu conseiller au parlement de Paris à vingt ans, maître des requêtes en 1718, conseiller d'Etat en 1720; il succéda à son père comme chancelier de l'ordre de Saint-Louis. Le 15 janvier 1720, il fut pourvu de l'intendance du Hainaut, qu'il quitta au bout de peu de mois pour rentrer au conseil. Esprit
cultivé, très travailleur, il fut nommé, le 24 septembre 1723, chancelier chef du conseil et des finances du Régent, charge qu'il conserva près du fils du prince jusqu'à son entrée au conseil royal, le 24 mai 1744. M. d'Argenson devint ministre des affaires étrangères de novembre 1744 à janvier 1747. Il se consola de son inaction en composant divers ouvrages qui furent publiés par le marquis de Paulmy, son fils. Il épousa le 25 novembre 1718 Marie-Madeleine Méliand, fille de l'intendant de Flandres et de Mlle le Bret. Très attaché à sa tante, d'Argenson lui témoigna toujours une infatigable complaisance : il lui écrivait tout ce qu'il savait et était son commissionnaire ordinaire. Tant qu'il fut directeur de la librairie, il lui fit adresser une gazette rédigée par son principal commis ; c'est lui, grâce à cette situation, qui envoyait à la marquise les livres défendus, les pamphlets, les chansons. Ses lettres sont soignées et il s'y montre d'un esprit plus alerte que dans les travaux qu'il a laissés. Nous lui devons des Mémoires excessivement curieux, publiés récemment par la Société de l'histoire de France.
Nous donnons ci-après quelques nouvelles à la main relatives à l'année 1724, qui complètent la correspondance que nous publions pour cette même année ;
nous les avons tirées d'un recueil manuscrit inédit qui a passé Fan dernier dans une vente de la maison Gabriel Charavey et qui a été enlevée à l'étranger.
12 Janvier 4734.
Le Roi, qui n'est point tombé de cheval, comme le bruit s'en étoit répandu, continue à prendre le divertissement de la chasse. Le matin, Sa Majesté tire aux canards des fenêtres du château, et l'aprèsmidi elle courre le cerf et le sanglier. Sa Majesté dtne avec les seigneurs et soupe avec les dames, après avoir travaillé deux heures avec M. le Duc.
Le 9, à quatre heures après midi, M. le duc d'Orléans arriva à Ghâlons, la princesse y arriva une demi-heure après. Le soir, après souper, M. l'Évèque leur donna la bénédiction nuptiale, et ils ont dû partir, le H, pour l'abbaye de Chelles.
Les actions sont à 1672 livres.
8 mars.
Les actions à 2400 livres.
18 mars.
On a arrêté le jardinier de M. de La Jonchère et la jardinière, leur fils et deux de leurs neveux, soldats aux gardes, accusés du meurtre du sieur Sandrier, receveur des finances de Flandres, qui fut assassiné il y a deux ans et demi.
Les actions à 2500 livres.
29 mars.
Le lieutenant de police mit les scellés chez M. du Chevron et chez M. de La Bar, son lieutenant, et sa femme fut arrêtée pour l'affaire du sieur de La Jonchère.
S avril.
On mena jeudi à la Bastille l'abbé Langlet, bibliothécaire du duc d'Orléans.
Les actions à 2000 livres.
0 avril.
Le bruit court qu'une sage-femme de Saint-Germain-en-Laye est condamnée à être brûlée vive, pour avoir donné une médecine à une petite fille grosse qui en est morte.
Mme de Prie a établi un concert italien deux fois la semaine, sous la protection de Son Altesse Sérénissime ; il s'y trouve déjà soixante et une personnes de distinction, qui donnent chacune 400 livres par an aux musiciens.
Les actions à 2280 livres.
12 avril.
On assure que le Roi a assigné les fonds pour faire bâtir une église dans le parc aux Cerfs à Versailles, et qu'on en fera une seconde paroisse.
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23 avril.
Lp marquis de Saillant a perdu une gageure de deux minjites à Chantilly. U avoit parié de faire l'aller et le revenir de la grande route de la forêt en sept minutes.
Les actions à 1660 livres.
9 mai.
Les sieurs Moet et Senuce ont acheté 25 000 livres la bibliothèque de feu M. de La Hartillière, maître des requêtes, pour là revendre ; elle se compose de livres rares et. bien choisis.
* 47 mal.
M. de Charmoy, gentilhomme ordinaire de la maison du Roi, connu sous le nom de milord Colifichet, mourut la semaine dernière de la petite vérole.
Lès États de Bourgogne, assemblés à Dijon, ont approuvé le projet de l'érection d'un évêché à Dijon.
26 juillet.
A près avoir fait des recherches très exactes dans différentes caisses, on a enfin découvert le fabricant d'un grand nombre de louis d'or altérés, que Sa Majesté a fait retirer à ses frais.
On va imprimer par souscription l'histoire militaire du feu Roi, rédigée par M. de Quincy, lieute-
uant général d'artillerie, revue pour le style par un jésuite de réputation. Les libraires ont mis dans le prospectus une clause qui n'a jamais été d'usage et ])our laquelle on ne croit pas qu'ils soient autorisés.
La suppression des secrétaires du Roi se fait sans choix, et les cent derniers seront remboursés sans qu'aucun d'eux ait pu se faire conserver par faveur; on leur accorde deux années pour traiter de nouveau des charges qui viendront à vaquer et pour s'y faire recevoir sans frais. Les secrétaires du Hoi des petites chancelleries perdent la noblesse au premier degré, et il faudra désormais trois degrés pour l'acquérir, niais ils jouiront du privilège des officiers communs de la maison du Roi.
Les actions sont à 1745 livres.
Le 29, le duc de Melun, courant à cheval dans une route étroite de la forêt de Gliantilly, fut rencontré par le cerf de la chasse, qu'il ne put éviter, qui le perça de deux coups d'andouiller, dont on ne pense pas qu'il puisse guérir.
Comme, dans le nombre des cent secrétaires supprimés, il s'en trouve vingt-deux nobles ou fils de secrétaires, qui demandent à être conservés, on a fait remonter la suppression à vingt-deux au-dessus, pour avoir toujours la diminution Je cent privilégiés.
Les actions sont à 1815 livres.
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9 août.
Les secrétaires du Roi sur lesquels tombe la suppression, à cause de la clause qui est favorable aux nobles, ont élu pour leur syndic M. Lancelot, leur confrère, membre de F Académie des belles-lettres, pour discuter les titres de ceux qui prétendoient jouir de la clause favorable en vertu d'une noblesse douteuse.
Le 5 au matin, on amena à la Conciergerie un abbé qui a été condamné à Beauvais à avoir le poing coupé et à être brûlé, pour avoir commis plusieurs sacrilège^; il n'étoit pas prêtre et se disoit évêque anglois réfugié en France pour cause de la religion.
42 août.
Sur les interrogatoires que Mlle de Choiseul a fait subir pour constater son état, on a recouvré le registre de M. Le Duc, accoucheur. Il renferme les circonstances de la naissance de cette demoiselle, qui y est reconnue par Tannée, le jour et le moment de l'accouchement de sa mère, avec la note de la somme qui fut alors donnée au sieur Le Duc. Ledit sieur Le Duc fait mention que Mlle de Choiseul a été baptisée par ses soins à Saint- Etienne du Mont, où elle reçut le nom de sa mère, Éléonore- Julie; outre cela, il spécifie le nom de sa nourrice avec trois marques de poudre à canon que cette demoiselle a
sous le jarret, ce qu'elle ignoroit jusqu'à ce que d'après cela elle Ta constaté.
16 août.
Depuis la découverte du registre du sieur Le Duc, accoucheur, l'avocat de M. le duc de La Vallière a demandé remise de la cause; il prétend qu'on ne peut ajouter foi à de pareils registres. Cependant Mlle de Cboiseul a quitté son dernier nom de baptême pour reprendre celui de Charlotte-Julie, porté par l'extrait de baptême à elle délivré.
Le 20, le Roi, allant à la chasse dans le parc de Versailles, trouva au bout de la pièce du Dragon un phaéton magnifique, attelé de huit chevaux d'Espagne; on y peut tenir huit. C'est un dessin mixte de la berline et du phaéton, inventé par M. le comte de Caylus, et fait par les ordres du grand écuyer. Les branches qui soutiennent l'impériale, ornées au-dessus de bronze doré, sont des palmes liées de distance en distance d'une sculpture légère et d'une magnifique dorure; le corps du phaéton est décoré de peintures superbes représentant des chasses de cerf, ours et sanglier. Le Roi, après avoir tourné à cheval autour, parut très satisfait et ordonna que ce phaéton le suivit à la chasse.
Étant parti le lendemain à huit heures du matin pour Fontainebleau, le Roi dîna en chemin en la belle calèche, et Ton a fabriqué une machine où se trouve une table de huit couverts sans qu'on soit obligé d'en sortir.
' Quelques personnes ayant été empoisonnées par de la morue chez un aubergiste de la rue de l'Hirondelle, ce poisson est défendu pour quelque temps. «■ ■ * " * * * ■* i
14 octobre.
M. du Fresny, auteur de plusieurs pièces de théâtre et d'autres ouvrages d'esprit, mourut le 6, dans sa soixante-seizième année. Il avoit laissé son portefeuille à M. Thélusson, banquier; mais l'ecclésiastique de Saint-Jean qui a pris soin de lui au lit de mort, l'a forcé de retirer ses papiers et de les jeter au feu.
On nomma, le 6, les soixante agents de change qui doivent faire les négociations de la nouvelle place.
M. Pujos, célèbre accoucheur, a été choisi pour la duchesse d'Orléans.
21 octobre.
Le Pape a donné à l'abbé de Tencin, archevêque d'Embrun, le corps entier de sainte Victoire, enveloppé d'une tunique de satin cramoisi et enfermé dans une caisse de cèdre ornée de bronze doré.
Un Allemand présenta ces jours derniers au Roi un canot fait en forme de bourlet, de peau de cerf bien cousue et remplie d'air, avec lequel on peut aller sur Feau plus vite qu'un coureur anglais ne va sur terre !.
4. Nous ajouterons ces deux mentions, tirées du même manuscrit et qui concernent l'incident de Mlle de Choiseul mentionné plus haut :
16 juin 1725.
« Le 49 va commencer à huis clos le procès sur l'incident de Mlle de Choiseul, sur le procès-verbal que l'abbé Pucelle a donné de l'état du registre de l'accoucheur Le Duc, qui porte qu'il y a plusieurs blancs et quelques feuillets déchirés, d'où Ton croit que le duc de La Vallière tirera induction de faux. »
2 juillet.
c Le Parlement a jugé la cause de Mlle de Saint-Cyr; la sentence des requêtes a été confirmée, et le duc de La Vallière n'a pas été autorisé à avoir communication des nouveaux articles du registre. »