‹ Les correspondants de Michel-Ange;Chapitre 1 sur 25 · Les correspondants de Michel-Ange; · texte numérisé non relu

Les correspondants de Michel-Ange;

E volume public par M. Milanesi forme le pendant de ses Lettere di Michel Angelo, imprimées à Florence en 1875, à l'occasion du centenaire de Michel- Ange. Aux lettres de l'illustre sculpteur, peintre et architecte , font suite les lettres de ses correspondants, et pour peindre d'un mot l'intérêt de cette nouvelle série, je dirai que c"est un des plus cminents chefs de l'École vénitienne, Sebastiano del Piombo, qui ouvre le feu.

Quelques détails biographiques d'abord sur le héros de ce volume. Sebastiano di Francesco Luciani naquit à Venise vers 1485. II reçut plus tard le surnom de Sebastiano del Piombo , Sébastien du Plomb, parce qu'il conquit à la Cour pontificale la charge de plombeur des bulles. Fixé à Rome vers i5io, ainsi à peine âgé d'une vingtaine d'années, il y fut employé tout d'abord par le richissime banquier Agostino Chigi, qui lui fit peindre une partie de sa villa, la Farnesine. De ce jour, sa fortune fut faite ; il se posa hardiment en rival de Raphael, et il faut avouer que, par la puissance de son coloris, non moins que par la vérité de sa caractéristique , surtout dans les portraits, ses peintures sont parfois dignes de se mesurer avec celles du Sanzio.

La partie inédite de la correspondance de Sebastiano est consacrée

VI LES CORIŒSl'ONDANTS DK MICHEL-ANGE

à trois groupes principaux de faits : la rivalité de Sebastiano del Piombo avec les élèves de Raphael , pour rachcvcment de la décoration des Chambres du Vatican ; les négociations pour l'achèvement du tombeau de Jules H, cette « tragédie » de la vie de Michel-Ange; enfin, la décoration de la chapelle des Médicis'.

Nature très ardente et très exubérante, haineux et vindicatif, agissant avec une sorte d'âpreté candide, et aussi, ajoutons-le, avec le sentiment de sa très réelle valeur, Sébastien ne cessait de solliciter et d"intrigucr. 11 se prodiguait à ses amis, mais voulait que ceux-ci le payassent de retour. Tantôt il suppliait Michel-Ange de lui faire payer le solde du prix de la Résurrection de Lazare, afin qu'il put marier sa sœur : « Ces soixante-trois ducats, s"écriait-il, sont capables de me faire casser le cou, car je ne puis souffrir qu'on me dupe à ce point. » Une autre fois il déclarait qu'il consentirait plutôt à manger — comme Ugolin — ses deux enfants, qu'à donner à un de ses contradicteurs le plaisir de le voir soupirer. )> (Page ^7.)

Aussi ses lettres, quoique prolixes et pleines de répétitions, sont-elles amusantes au possible, d'abord par leur humour vénitien, et en second lieu par les innombrables détails qu'elles nous donnent sur le caractère de Michel-Ange, sur ses habitudes, sur les moeurs du temps. Sebastiano pousse aussi loin que possible la sollicitude pour son illustre ami : il s'occupe de ses affaires litigieuses, aussi bien que de ses moindres commissions. .Michel-Ange ayant manifesté le désir de trouver sa maison de Rome absolument déserte, c'est à Sebastiano qu incombe la mission de faire déménager le gardien, le « sbire » qui l'habitait dettrc du \!> août \b^2), etc., etc.

La correspondance abonde naturellement en témoignages des plus importants sur l'histoire des productions de Sebastiano. Jusqu'ici, le Christ à la colonne, de l'église de l'Osservanza, à Vitcrbc, passait

1. Rappelons que il'autrcs Icltrcs de Scb.isiiann ilcl l'iombo au Buonarroti, omises ii ilcsscin Jans ce volume comme n'c'lant pas incJitcs, ont été publiées par Gayc {Carteggio inedito d'artisti dei secoli .\IV, XV, XVI, t. Il, p. .(S7), et par M. (lotti [Vita di Micìicl-Angclo lìuonarroti ; Rome. iS;?). Dans Raphael, sa vie, son itttvre et son temps (i* édit., p. ()'33-(Oì\ on a retracé, J"apròs JllVércnts documents, l'hiitoire de la rivalité de Raphael et de Michel-Ange. — Les originaux des lettres publiées par M. MiUnesi font portic de l'Archivio Buonarroti, ìi l'Iorcncc.

INTRODUCTION v,,

pour une copie ancienne du Christ de San Pietro in Montorio ' : or il résulte du propre témoignage de Sébastien (lettre du 29 avril i525), que nous avons affaire à un original: « J"ai fait, dit-il, un tableau d'autel pour messire Giovanni de Viterbe, avec trois figures plus grandes que nature, c'est-à-dire un Christ à la colonne et deux fio-ures qui le flagellent, comme celles de San Pietro in Montorio. )i

Chemin faisant, Sébastien nous fournit en masse les informations les plus précieuses sur Jacopo Sansovino, le célèbre sculpteur et architecte (p. 32), sur l'Unico Aretino, le fameux improvisateur {ibid.), sur Girolamo Genga d'Urbin, peintre et architecte éminent (p. 42), sur un portrait de femme qu'il doit peindre à Fondi (p. 97), sur les fresques de Jean d'Udine (p. 104), sur la mort du célèbre horloger Benvenuto della Volpaia (p. 99), etc.

La correspondance s'ouvre par une lettre écrite le 28 janvier i520, c'est-à-dire au moment même où la lutte entre Sébastien et Raphael était arrivée à son paroxysme. L'artiste vénitien nous apprend que l'expert chargé de fi.xer le prix de la Résurrection de La:^are n'était autre que Balthazar Peruzzi, et qu'il évalua le tableau à la somme énorme de 85o ducats d'or (40 à 5o,ooo francs de notre monnaie) ; chaque figure de grande dimension comptant dans cette évaluation pour 25 ducats, les petites et le paysage pour 100 ducats ensemble. Une contre-expertise devant être faite par iMichel-Ange, Sébastien fait valoir auprès de son ami la difficulté et le mérite du tableau, et le prie de donner son avis le plus tòt possible. Il l'informe en même temps qu'il a rompu avec sa commère, c'est-à-dire très probablement avec la femme qui lui avait donné deux fils.

La lettre suivante, en date du 12 avril i52o, annonce à Michel- Ange la mort de Raphael (6 avril), et lui fait connaître les projets formés par les élèves du maître pour la continuation des travaux de la salle de Constantin; Sébastien insiste en même temps pour que Michel-Ange lui obtienne une jxirt de cette tâche. On sait par une lettre célèbre, adressée au cardinal Bibbiena, avec quelle ardeur Michel-Ange prit en mains la cause de son ami : « Monseio^neur,

I. Voy. le Cicerone de MM. Burckhardt et BoJe, 3' édit., p. 76Û.

vili LES CORRESPOiNDANTS DE MICHEL-ANGE

ccrivit-il à Bibbiena, je prie \'otre Seis^ncurie Reverendissime, non comme ami ou comme serviteur, car je ne suis diijne d'être ni l'un ni l'autre, mais comme un homme vil, misérable et fou, de faire en sorte que Sébastien de Venise, peintre, obtienne quelque part aux travaux du Palais, maintenant que Raphael est mort. Si \'otre Seigneurie dédaigne les offres de service d'un homme tel que moi, je lui rappellerai que rendre service aux fous peut quelquefois causer du plaisir, de même que celui qui s'est rassasie de chapons mange des oignons pour changer de nourriture. Servez-vous à temps des hommes importants. Je prie \'otre Seigneurie d'en faire l'expérience avec moi. \'ous me rendriez le plus grand service, et Bastiano est un homme de talent. Si l'on me repousse, que l'on n'agisse du moins pas de la même manière vis-à-vis de Bastiano, car, j'en suis certain, il fera honneur à Votre Seigneurie. )^

Les lettres publiées par -M. .Milanesi nous apportent les révélations les plus curieuses sur Léon X, sur son entourage et sur le projet de décoration de la partie du Vatican qui renferme les Chambres de Raphael. Le Pape hésite et tergiverse, désireux qu'il est d'éviter les querelles. 11 a peur de Michel-Ange, comme les natures molles ont peur des natures irritables ou énergiques. « Dès que vous serez à Rome, écrit Sebastiano à son ami, vous obtiendrez tout ce que vous voudrez, non pas seulement des châteaux, mais une ville, car je sais en quelle estime vous tient le Pape ; quand il parle de vous, il semble parler d'un frère, presque avec les larmes aux yeux. 11 m'a dit, à moi, que vous avez été élevés ensemble et il fait voir qu'il vous connaît et vous aime, mais vous faites peur à tous jusqu'aux Papes : « tacte paura a ognuno insino a papi )-. Par contre, les favoris du Pape soutiennent avec ardeur les élèves de Raphael et jouent à Sébastien, qui s'agite et enrage, toutes sortes de mauvais tours : ne déclarc-t-il pas (lettre du (") septembre i5'Jf)i, qu'il n'est pas convenable que lui peigne on quelque sorte les caves et les élèves de Raphael les salles dorées 1

Cette lettre du 6 septembre i520 contient les détails les plus circonstanciés sur l'histoire de la Salle de Constantin. D'après le récit fait par Léon X à Sébastien, Raphael avait laissé les dessins (les

INTRODUCTION ix

cartons ?) pour les peintures de cette salle, à savoir V Apparition de la Croix à Constantin, puis la Bataille du Ponte Molle, une Présentation des Prisonniers à Constantin, enfin, les Préparatifs pour le bain de sang ordonne à Constantin. Dans cette dernière scène on voyait un grand nombre de femmes, d'enfants et de bourreaux ; quelque chose comme le Massacre des Innocents.

L'examen des fresques qui décorent actuellement la Salle de Constantin prouve à quel point le programme de Raphael fut modifié : l'Apparition de la croix, la Présentation des Prisonniers, les Préparatifs pour le bain de sang, ont disparu pour faire place à la Harangue de Constantin, au Baptême de Constantin et à la Donation de Constantin.

Une autre lettre, en date du 9 novembre i520, nous fournit des détails curieux sur le Christ, le malencontreux Christ de la Minerve (commandé en i3i4, terminé en i52i). Nous y voyons que dès ce moment, on racontait que ce n'était pas Michel-Ange qui avait exécuté cette statue, mais son aide Pietro Urbano : « Prenez garde, lui écrit à ce sujet Sébastien, qu'il faut qu'elle paraisse de votre main, pour faire crever les fainéants et les bavards. »

Ajoutons tout de suite, pour ne plus avoir besoin d'y revenir, que ce fut elïectivement Urbano qui termina la statue et qu'il s'en acquitta aussi mal que possible, « estropiant toute chose, raccourcissant le pied droit et tronquant les doigts, etc. >> J.ettre du 6 septembre i52i.)

Ici la correspondance s'interrompt pour ne reprendre que trois ans et demi plus tard. Dans l'intervalle, Léon X était mort (i" décembre i52i); l'inepte Adrien W lui avait succédé, pour disparaître au bout de dix-neuf mois (9 janvier i522 — 24 septembre i523); enfin, le cardinal Jules de Médicis, cousin de Léon X, avait reconquis le trône pontifical pour sa famille et pour les Florentins (19 novembre i523). Nul événement ne pouvait causer autant de joie cà Michel-Ange, à Sébastien et à leurs alliés. Le cardinal Jules de Médicis n'avait-il pas de tout temps été leur protecteur, n'avait-il pas commandé à Sébastien la Transfiguration !

De i525 à i53i , nouvelle lacune dans la correspondance: dans

rintervalle, le sac de Rome (1527), le siège et la prise de Florence (i529-i53o) avaient porté aux artistes et aux arts le coup le plus sensible. C'étaient les « armi » et non les « marmi » «les armes et non les marbres, jeu de mots intraduisible en français), comme le disait à Sébastien un grand personnage, qui réclamaient la sollicitude des princes et des municipalités de lltalie. La lettre écrite par Sébastien à Michel-Ange, le 24 février i53i, est comme le cantique d'actions de grâces du passager échappé au naufrage : ••■ Dieu sait combien j"ai été heureux qu'après tant de misères, de peines et de dano-ers. Dieu tout-puissant nous ait laissé vivants et en santé par sa miséricorde et sa pitié; chose vraiment miraculeuse, quand j'y pense: de quoi grâces soient toujours rendues à sa majesté divine... »

Michel-.^nge s'était compromis, comme on sait, pendant le siège de Florence : sa vieille hostilité contre les Médicis avait repris le dessus. Aussi, son correspondant lui recommande-t-il toutes sortes de précautions : de déguiser son écriture sur l'adresse de ses lettres (p. 41), etc. Mais Michel-Ange avait beau faire, rien ne pouvait altérer l'amitié de Clément \'ll pour l'ancien protégé de sa famille. Attristé parfois par les propos qu'il entendait sur Michel-Ange pendant le siège de Florence, le Pape se contentait de hocher la tète et de dire: « Michel-Ange a tort, je ne lui ai jamais fait de mal. «

L'achèvement très prochain du tombeau des Médicis était d'ailleurs bien propre à le disposer favorablement : il se vit parfois forcé de modérer l'ardeur excessive de l'artiste. 11 l'autorisa notamment à s'adjoindre le frère Giovanni Angiolo Montorsoli, dont il est plusieurs fois question dans la correspondance de Sebastiano, pour exécuter la statue de Sainl Corne, destinée à la chapelle des .Médicis, et pour terminer les figures de Julien et de Laurent de Médicis.

C'est de ce travail admirable et de l'achèvement du tombeau de .Iules 11 que traitent les lettres de Sebastiano, qui redeviennent très nombreuses pour les années i53i-i533.

On sait que le tombeau de Jules 11 avait été commencé en 130.^; le travail, interrompu par la fuite de Michcl-.Xngc, puis par les fresques de la Sixtine, fut repris vers i3ij; en i3i3, à la mort du

INTRODUCTION xi

Pape, un nouveau contrat fut conclu entre le sculpteur et les héritiers de Jules II ; l'artiste s'engageait à terminer le travail dans l'espace de sept années et devait recevoir pour le tout la somme de i6,5()o ducats (^environ 825,000 fr.), en y comprenant les acomptes déjà touchés. Le monument devait donc être plus magnifique que Jules II ne l'avait rêvé, puisqu'il n'avait laissé que 10,000 ducats pour cet objet. En i5i6, nouveau contrat ; cette fois, on lui accorda neuf années ; l'ensemble devait comprendre, en dehors de l'encadrement architectural et des bas-reliefs, trente statues. L'artiste, comme la première fois, se rendit à Carrare pour y surveiller l'extraction des marbres.

Mais Léon X avait formé d'autres projets pour lui. Quoique Michel- Ange n'eût pas fait jusqu'alors œuvre d'architecte, le Pape résolut de lui confier la construction de la façade de Saint-Laurent de Florence, paroisse des Médicis. Michel-Ange eut beau résister, se fondant sur les engagements contractés envers les héritiers de Jules II, il lui fallut obéir. Il le fit avec une douleur profonde, et pleura, dit Condivi, en abandonnant ce travail qui promettait d'être son œuvre maitresse. En i532, nouveau contrat; Michel-Ange, qui à ce moment avait reçu 8,000 ducats, ne s'engage plus qu'à livrer si.x statues finies de sa main, et parmi elles, la Vie active, la Vie contemplative, enfin le Moïse.

Cependant, en 1542, l'ouvrage était loin d'être terminé. Michel- Ange, malgré sa répugnance pour toute espèce de collaboration, dut s'adjoindre différents auxiliaires. Ce ne fut que vers i545, après des vicissitudes sans nombre, que le monument, réduit à sa plus simple expression (au début, Michel- Ange avait calculé qu'il faudrait 2,000 quintaux de marbre), put enfin être installé à Saint-Pierre-ès- Liens.

Mais revenons à Sebastiano del Piombo, et à sa correspondance.

En i53t, l'artiste vénitien obtenait la charge si enviée de « piombatore », occupée avant lui par des artistes tels que Bramante, et qui lui fut disputée par Jean d'Udine.

Les fonctions de « piombatore », de plombeur, exigeaient que le candidat entrât dans les ordres. Désormais, Sebastiano devint Fra Sebastiano, Frère Sébastien. Il ne prenait pas fort au sérieux ce rôle

x,i LES CORRESPONDANTS DE MICHEL-ANGE

de membre du clergé régulier : « Si vous me voyiez en frère, ccnt-il à un de ses correspondants, je crois que vous ririez. Je suis le plus beau farceur de frère fc Fratazzo ») de Rome. »

Sebastiano, nommé « plombeur « apostolique, n'avait évidemment plus de service direct à attendre de .Michel-Ange; mais il aimait à se faire honneur d'une amitié aussi illustre et à paraître l'intermédiaire indispensable.

La communauté des intérêts et la communauté des haines avaient cimenté l'amitié de xMichel-Ange et de Sébastien, plus qu'un fonds commun de sympathies. Michel-Ange, malgré sa susceptibilité maladive, avait une droiture et une noblesse absolument inconnues à son remuant et ambiticu.\ correspondant vénitien. Un rien devait suffire pour provoquer une rupture. Vasari raconte comment Sébastien ayant conseillé à Paul 111 de faire peindre à l'huile le Jugement dernier de Michel-Ano-e, celui-ci considéra ce conseil comme une insulte et garda rancune à son ancien ami jusque vers la fin de ses jours : « non si scordando l'ingiuria che gli pareva aver ricevuta da fra Sebastiano, col quale tenne odio quasi fin alla morte di lui. »

Sebastiano travaillait avec une difficulté extrême; de là vient qu'il commença tant d'ouvrages et en termina si peu.

La sinécure qu'il devait à la munificence de Clément \'ll était donc bien ce qu'il lui fallait ; en vrai X'éniticn, une fois l'aiguillon du gain devenu inutile, il se laissa aller au plus doux « far niente. » Aux reproches qu'on lui adressait, il répondait : « Maintenant que j'ai les moyens de vivre, je ne veux plus rien faire, parce qu'il y a de par le monde des hommes de talent qui font en deux mois ce qui me prendrait deux ans, et je crois que si je vis longtemps, on ne verra plus un pouce carré qui ne soit couvert de peintures. »

Ce sybarite était depuis longtemps mort pour l'art, lorsqu'il ilit à son tour adieu à la vie, le 21 juin 1347; '' <^'*^'t ^V^'^" ^^^ soixante-deux ans.

d'après Vasari.

i520. 28 gennaro.

Compare chare"'° post salutationes, etc. — Io ho recevuto una vostra a me f^ratissima, tanto che io ho riavuto e spiriti, per havere inteso la causa del tardare tanto circha el rispondermi.

Hora mi ricerchiate di quella cossa che sapete meglio di me, circha che io vi dica l'animo et la intentione de l'opera mia', quello io merito in quanto a consientia, et per satisfarvi totalmente del tucto, io ho voluto el parere de molti, ma.xime de M" Baldasare da Siena-, per non me fidare de me medesmo : vi mando la e.xtlma et parere suo ; che in vero mi pare homo da bene, et de bona discricione : l'à estimata octocento et cinquanta ducati d'oro. El c'è 3o figure grande, come lui scrive, che una per l'altra, le integre et le meze, l'à estimate vinticinque ducati d'oro l'una, che sono settecento et cinquanta ducati d'oro. Et da poi el c'è dieci figure picolle col paese, l'à estimato cento ducati d'oro, che sonno ducati 85o d'oro. Et le figure sonno quaranta in tutta l'opera, senza certe figuretc che lavano pani nel paese, benché molti altri pictori l'à estimata mille ducati d'oro, ma non chôme ha facto Baldesarc, che l'à c.xaminata tutta benissimo. Ma compare mio carissimo et padre mio, a me par dura cossa a un par vostro fare precio di tal cossa ; che me piia difficile diterminare questo precio che far un'altra volta un'opera simile ; et si non fussi el bisogno grande, noi saprei dire mai, ma per contentarvi dil tutto me par a me meritar octocento ducati d'oro per el manco de pictura, cioè de l'opera mia, et quello più et manco par a vui, perchè quello farete vui sera facto. Io non vi dico questo ne ve astringo a tal preci), si non che liberamente facte tutto quello volete vui, con quella expedicione che sia possibile. Vi prego quanto si poi pregare che, si possibile è, habbi risposta inanti ci cardinale se parti, perchè partendo lui, son minato; non ne venin") mai a un fine di questa cossa; et si non ho risposta vostra, sempre che io vo innanti al cardinale, lui me rompe la strada con dinne che "1 vi scriverà, et che '1 voi el parere vostro ; si che

1. La Résurrection de La\.vc, auiuurJ'liui ii la Satiunal GulUry

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