‹ Les corsaires français au XVIe siècle dans les AntillesChapitre 5 sur 11 · Navarrete, BibL marit, esp., II · texte numérisé non relu

Navarrete, BibL marit, esp., II

4. Doc, ined, de ultramar, Cuba III, p. 256-257. $. Nayarrette, BibL marit. esp. ^11, p. 693 ,

Vert, Brésil et Malaguette. Ceci prouve, comme nous Tavons dit plus haut, que les Français comptaient bien saisir au moyen de ces croisières étagées et établies au large, sur les routes les plus fréquentées, les navires qui auraient échappé aux corsaires des mers des Antilles et du golfe du Mexique.

En 1552, l'alcalde de la Havane, Juan de Lobera, au commencement de 1553, le gouverneur de Cuba, le D** Angulo, adressent au roi des suppliques pour solliciter l'achèvement de la forteresse de La Havane. 11 importe, disent-ils, grandement au service du roi que cette ville ne tombe pas entre les mains des corsaires français, car elle est la véritable clé des Indes. Les habitants lorsqu'ils sont prévenus de la présence de l'ennemi, sachant qu'ils ne peuvent résister, s'empressent de fuir dans les montagnes avec leur famille et leurs biens les plus précieux. La ville se trouve donc à la merci des corsaires et, ajoute Juan de Lobera, il est d'autant plus pressant d'y remédier que certains d'entre eux ont déjà ravagé les côtes de la partie méridionale de cette île. Il termine en envoyant la liste des munitions qu'il croit nécessaires 1. De nouvelles lettres aussi pressantes sont datées du 20 mars et du 8 octobre 1554, une autre datée de Panama, le 24 novembre, informe l'Empereur que trente à quarante jours auparavant, les Français ont débarqué à Santiago de Cuba avec environ 300 arquebusiers, qu'ils sont restés un mois dans la ville et qu'ils en ont enlevé plus de 80,000 pesos.

Les craintes manifestées à tant de reprises par les autorités de La Havane n'étaient pas vaines. Le 10 juillet 1555, avant le jour, la sentinelle du Morro signalait au large la présence d'un navire. C'était une caravelle latine pas très grosse, mais qui paraissait porter un nombreux équipage. Elle pénétra dans une petite anse à une demi-lieue de la ville et débarqua environ 200 arquebusiers couverts de salades et de corselets qui, laissant de côté la forteresse, marchèrent droit sur la ville. Une douzaine d'hommes et quatre arquebusiers s'enfermèrent avec l'alcalde dans la forteresse, tandis que le gouverneur allait et venait, sçmblçint

1, Doc. inéd, deultr., Cuba^ t. III, pp. 31? et suivantes,

avoir un peu perdu la tête et se retirait à une lieue de la Havane dans un village d'indiens où avaient eu le temps de fuir la plupart des habitants. Il se proposait d'y rassembler du monde et de tomber à Timproviste sur les Français tandis qu'ils feraient le siège de la forteresse. Mais les événements se précipitèrent. Nos compatriotes, ne donnant pas aux Espagnols le temps de se concerter, s'emparèrent d'un boulevard sur la marine où étaient en batterie quatre canons et s'attaquèrent à la forteresse. Ils purent rapidement s'approcher des portes de la tour qu'ils brûlèrent avec l'enclos où se trouvaient les approvisionnements ; incapable de tenir, la garnison dut se réfugier sur un terre plein.

Le capitaine français somme l'alcalde de se rendre, lui remontrant qu'il était bien évidemment dans l'impossibilité de résister, que s'il ne le faisait pas avant le jour, lui et tous ses compagnons seraient massacrés. La vie des défenseurs sauve ainsi que l'honneur de cinq ou six femmes qui se trouvaient avec eux, telles furent les conditions acceptées de part et d'autre. Une trêve fut conclue pour discuter les conditions de la rançon de la ville et des prisonniers.

Mais, pendant ce temps, le gouverneur Angulo rassemble quarante Espagnols au milieu desquels il encadre cent nègres et autant d'Indiens et, au mépris de la foi jurée, il se jette de nuit à l'improviste sur la ville. Eparpillés dans les maisons autour de celle qu'habite le capitaine avec vingt hommes, les Français surpris dans leur sommeil auraient tous été massacrés sans les grands cris que poussèrent les nègres en pénétrant dans la ville. Quinze ou seize furent égorgés cependant, mais furieux leur capitaine, blessé luimême d'un coup de lance à la poitrine, donna l'ordre, par représailles, de poignarder ses prisonniers. Dix-huit hommes et dix Portugais qu'il avait pris peu de jours auparavant sur une caravelle, furent ainsi massacrés.

Le même jour, le gouverneur Angulo fît offrir au capitaine français 1,500 ducats, mais celui-ci exaspéré de la mauvaise foi des Espagnols, les refusa, brûla l'église et l'hôpital, pilla les maisons particulières, rasa ce qui échappa à l'incendie et comme c'était un hérétique, constatent les différentes rela-

— lotions que nous résumons *, il ne respecta rien, ses soldats volèrent le Saint Sacrement ainsi que les calices et se firent des vêtements avec les robes, et les surplis des ecclésiastiques. Ils allèrent même jusqu'à dévêtir une madone et à poignarder la statue.

Après avoir embarqué l'artillerie sur leur vaisseau, les Français firent plusieurs expéditions dans les environs pendant lesquelles ils brûlèrent quelques estancias.

L'alcalde avait racheté sa vie pour 2,200 pesos et une chaîne d'or qui en pesait 100, le butin fut énorme.

Avant de partir, le capitaine français sonda le port, dont un dessinateur, qu'il avait avec lui, dressa le plan avec ceux de la ville et de l'entrée du Morro ; il annonça qu'il reviendrait l'année suivante avec une flotte nombreuse pour attaquer Nombre de Dios et Santo Domingo. Il partit au commencement d'août.

Le 4 octobre parut un nouveau navire français qui, ayant appris ce qui s'était passé et l'impossibilité où étaient les Espagnols de résister, mit à terre plus de 200 hommes qui saccagèrent quelques estancias que leurs compatriotes avaient négligées, démolirent ou brûlèrent les maisons qu'on commençait de rebâtir et s'emparèrent d'une caravelle chargée de cuirs, récemment entrée dans le port. Puis vinrent deux gros navires auxquels on donna carène dans le havre et qui ne s'en allèrent qu'après avoir encore ramassé quelque butin.

Le capitaine français, disent nos documents, s'appelait Jacques Sore, Sores, et les Portugais le nommaient Jacques de Soria ; il avait pour second un certain Del Piano, navarrais. Sore, ajoutent les Espagnols, est un homme très déterminé, de beaucoup de courage, très craint des siens. On assure qu'il ravagea la Margarita, Borburata, Santa-Marta et le Gabo de la Vêla, et qu'il fut le premier capitaine à sauter à terre à La Palma quand Jambe de bois s'en empara et la mit au pillage. Voici en peu de lignes de précieuses indications.

Pie de Palo, Jambe de bois, est un corsaire bien connu. En 1556, il commande le Claude^ l'un des douze grands

\, DoCt inçdf dç i^ltramar, Quh^, III, pp, 360 et suiv.

navires chargés de la défense de la côte de Normandie K Il en est question à plusieurs reprises dans le Journal de Gilles de Gouberville '. 11 était tenu en grande estime, car on le voit recevoir Coligny à dîner dans sa maison de Réville. 11 fut anobli par Henri 11 en septembre 1555 et ses lettres sont conçues dans les termes les plus flatteurs, il est ainsi désigné : a notre cher et bien-aimé François Le Clerc, Tun des capitaines de notre marine », on y ajoute qu'il a été grandement mutilé de ses membres, ayant perdu une jambe, ayant eu un bras grandement endommagé, ne laissant pas pour cela son dit service... ' ».

Il n'y a pas de doute, c'est bien le personnage qui nous occupe. Thevet ne * rappelle-t-il pas la descente des Français dans nie des Palmes, une des Canaries « ...laquelle fut saccagée de mon temps, lorsque les guerres étaient ouvertes entre l'empereur Charles-Quint et Henri II* du nom, roi de France, par un capitaine corsaire nommé François Le Clair dit Jambe de bois, homme vaillant et accort à la marine, avec lequel j'ai quelquefois vo)^agé. »

Quant à Jacques Sore* Saures ou Soré (Sauret) nous savons qu'il était sieur de Flocques (arrond. de Dieppe) et protestant. Il était originaire de Normandie, natif de la comté d'Eu près de Pontorson, dit Du Jarric, qui va nous raconter un incident d'une croisière de Sore en 1571 près de Palma.

Un navire détaché de la flotte de Louis de Vasconcellos,

1. Guillaume de Marseille. Mémoires de la fondation et origine de la ville Françoise de Gracœ... Havre, 1847, iu-4«.

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