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LA TACTIQUE ET LES EQUIPAGKS DES CORSAIUES

le lointain, et qui se dessine sous !a forme d'un fort cutter de la marine rojale.

Fou rmentin n'en continue pas moinssa chasseavec ardeur, bien décidé à ne pas lâcher sa proie par la crainte des boulets du cutter. Celui-ci, favorisé par un vent arrière, s'avauce avec la plus grande rapidité. Déjà il n'est plus séparé du corsaire que par la distance qu'eussent parcourue ses boulets, lorsque le sloop est atteint et enlevé du premier coup par quelques hommes que le capitaine avait lancés sur son bord. Cependant le cutter arrive et aborde le sloop à son tour, au moment qu'on l'amarinait. « Lâchez prise, s'écrie Fourmentiu à cette poignée des siens, la lutte est par trop inégale. » Les Anglais franchissent les pavois de tribord, tandis que nos marins sautent par le bord opposé sur le lougre, qui force de voiles et gagne le large. Le capitaine du cutter, maître du sloop, y laisse six hommes et s'attache au sillage du corsaire.

Une troisième voile venait d'apparaître ets'étaitarrêtée à quelque distance, observant les suites de cet engagement. C'était le Poisson- Volant^ petit chasse-marée, fine et jolie em'ûarcation, commandée par le capitaine Lantonne, dont les succès ont eu aussi de longs retentissements. 11 n'avait sous ses ordres qu'un équipage de vingt-quatre marins, tous hommes choisis : ses moyens d'attaque se bornaient à six pierriers et à quelques armes d'abordage. Le Poisson-Volant était donc resté si m pie spectateur, mais vovant le cutter s'acharner après le Furet, qui, toutefois, lui échappe par une habile manœuvre, il se porte alors sur le sloop, l'attaque, s'en empare, et fait voile pour Boulogne, où les six marins que le navire royal avait déposés à bord ne se doutaient guère de venir coucher cette nuit-là. (A. lilariette. Almanach de Boulogne, iS44> P- 09-)

Le 4 janvier 1799, la corvette anglaise Wolverine, de 12 canons et 70 hommes, gréée en barque, capitaine Lewis Mortlock, étant par le travers de Boulogne, par un temps de brouillard, découvritau vent deux lougres corsaires: l'un

était le Rusé, de 8 pièces de 4 et 70 hommes, capitaine Pierre Audlbert; l'autre, /e i^ar^/, de 1 4 pièces de 4 et 80 hommes, capitaine Denis Fourmenlin. La corvette hissa pavillon danois et étant hélce par le Furet répond qu'elle venait de Plymouth et allait à Copenhague. Le lougre était tout contre la hanche de tribord de la Wolverine, avec son beaupré dans les porte-haubans d'artimon. La Wolverine hissa alors pavillon ang-lais et commença un feu de ses pièces et de sa mousqueterie,et le capitaine Mortlock amarra lui-même le beaupré du lougre à une bastayole en fer. L'abordag-e était la seule ressource du Furet, il le tenta et son équipage fut repoussé avec pertes. Le Rusé, qui avait passé de l'avant, aborda sur ces entrefaites la corvette par le lof de basbord, et fît des efforts désespérés pour l'enlever. Pendant un assez long temps, il fallut toute l'énerg^ie de l'équipage entier de la Wolverine pour repousser les g'ens du Rusé. Trois des plus hardis de ceux-ci s'élancèrent sur le gaillard d'avant, et l'un d'eux jeta un hourra pour encourag'er ses camarades à le suivre ; le capitaine Mortlock s'élança lui-même pour disputer de sa personne le g-aillard d'avant au hardi Français. Celui-ci lui tira un coup de pistolet au visage, mais le coup ne partit pas ; comme le marin français réarmait son pistolet, le capitaine Mortlock lui passa une demi-pique au travers du corps et le renversa dans la mer. L'équipage du Furet i^ia. alors dans les chambres de la corvette, à travers les fenêtres, des sacs pleins de matières combustibles enflammées,et le feu s'alluma directement au-dessus de la soute aux poudres, et tandis que les Anglais étaient occupés à éteindre le feu, les deux lougres s'échappèrent ; l'un d'eux (on pense que c'est le Furet), en s'élolgnant, tira un coup de canon qui blessa mortellement le capitaine Mortlock, qui avait déjà reçu plusieurs blessures à la main, à la poitrine et dans les reins. On l'emporta en bas pendant qu'il s'écriait : « Lof, lof, serrez-les de près ! » La Wolverine, qui avait eu deux hommes tués et huit blessés, n'ayant aucune chance d'attraper les lougres, arriva

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à Portsmoulh, où son capitaine mourut de ses blessures le 10.

Le Furet eut cinq hommes tués, son capitaine et quinze hommes grièvement blessés.

Le Rusé perdit son second, son premier lieutenant, un autre officier et deux matelots tues et cinq blessés.

La Wolverine était autrefois le navire marchand Rattler deLondres,de 286 tonneaux ; elle portait deux pièces allongées de 18, et G caronades de ^4 ; en batterie, 4 caronades de i'a sur le y^aillard d'arrière, et une du même calibresur le gaillard d'avant ; mais ses pièces de la batterie étaient installées avec coulisses, de manière à pouvoir servir toutes du même bord à la fois ; de sorte que son armement était beaucoup plus formidable qu'on ne l'aurait d'abord supposé.

Nous avons puisé ces détails dans James naval hisiori/ et le rapport rend pleine justice au courag-e de nos braves marins. D'après les renseignements que nous avons pris ici, nous trouvons que les i5o hommes que les Anglais attribuent aux deux corsaires sont supérieurs au nombre qu'ils étaient véritablement. Le Rusé avait 60 hommes et le Furet 65. De plus, le premier portait bien i4 pièces, mais il n'en avait que 6 de montées : les autres étaient à fond de cale. (A. Mariette. Almanach de Boulogne, i84i, p. io4.)

L'Unité, grand chasse-marée, commandé par le capitaine Charles Garj, portant G canons de 4> se dirigeait, dans les premiers jours de janvier 1797, des côtes d'Angleterre vers Boulogne, traînant à sa remorque un sloop amariné la veille, lorsqu'il aperçut un navire anglais courant sur lui à toutes voiles. C'était un cutter, le Swan, appartenant au service de la douane, armé de i4 caronades et monté par un équipage nombreux. Le capitaine Cary, reconnaissant l'inégalité des forces, abandonne sa capture et prend chasse; mais il a bientôt acquis la conviction qu'il ne peut éviter d'être atteint. Le cutter tombe sur son sillage avec la plus grande rapidité; pour ralentir sa marche, il essaie de lui causer quelque avarie. Virant de bord, le corsaire se dirige

vers le Swan, en faisant pointer à démâter. Cette manœuvre lui réussit d'abord assez bien; mais le cutter g-agnant toujours, le combat ne tarde pas à s'engager avec vig-ueur. Pendant trois heures, les deux bâtiments se canonnent bord à bord. Le corsaire se trouve si maltraité que toute possibilité de s'éloig-ner du combat est désormais détruite. Alors le capitaine Cary, ne consultant que son courage, assemble ses hommes :

— Enfants, leur dit-il, il n'y a plus de milieu, aborder l'Anglais ou pourrir dans les pontons. Choisissez, vous sentez-vous le cœur de l'enlever ?

— A l'abordage ! à l'abordage I lui répond l'équipage d'une seule voix. Vaincre ou mourir !

Un coup de barre porte V Unité sur le cutter; les Français, armés de haches et de sabres, sautent à bord, massacrent tous ceux qu'ils rencontrent sous leurs pas. Une mêlée furieuse ensanglante le pont ; le capitaine anglais tombe frappé d'un coup de sabre auprès de six des siens. Les Français chargent avec une telle vigueur que le désordre se met parmi les gens du cutter, qui jettent bas les armes.

Le capitaine Gary, après avoir fait rétablir le gréement et les voiles hachées par la mitraille et les boulets, gouverne sur le Havre, où il entre le lendemain avec sa prise. Le Directoire lui envoya une hache d'honneur pour ce brillant exploit. (A. Mariette. Almanach de Boulogne^ 1889, p. 69.)

L'année suivante, en prairial, ce même capitaine Cary conduisait au Havre une canonnière. En roule, il fat attaqué par trois frégates anglaises. Il se tira du combat avec honneur, mais reçut à la cuisse une blessure grave dont il mourut le 1 3 thermidor suivant.

Nous avons erré parmi les tombes du cimetière de Boulogne : nous y avons trouvé les noms de beaucoup des capitaines qui s'illustrèrent à l'époque de la guerre de course.

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