‹ Les couleuvresChapitre 2 sur 103 · A QUI LIT · texte numérisé non relu

A QUI LIT

Comme il est écrit sans faconde, Comme il fut pensé sans apprêt, Je n'attends pas que ce livret M'attire une estime profonde.

Mais comme la raison abonde En mainte page, Von pourrait Me supposer un plan secret De me moquer du pauvre monde.

Je ne suis point si mal appris !

Je n'ai ni haine ni mépris Pour la naïve espèce humaine.

Je dirai plus : je l'aime un peu.

Cela, tu le verras sans mine, Lecteur, si tu sais lire. — Adieu.

PRÉFACE

L'homme qui sait dormir en wagon, je l'honore. Il est doué! Dormir, échapper aux benêts, Le profit est plus franc, et je le reconnais, Que d'un œil engourdi voir frissonner l'aurore .

— Ce n'est pas cet air-là qu'autrefois je sonnais ; Mais du point où je suis, l'horizon se dédore ! — Bref, que faire éveillé? Qui bâille, qui pérore, Qui rêve vingt pour cent; moi, je fais des sonnets»

•Repassant mes chemins, revoyant mille choses,' Je fais sonnet de tout, de l'épine et des roses. Or, j'en ai mis à part un bon tas, Dieu merci.

Ils sont divers; l'un rit, l'autre siffle ou soupire. Je trouve à la plupart «pelque tort; mais le pire, Tous ne sont pas rimes dru comme celui-ci.

Donc, cher lecteur, on te propose Cette trousse de petits vers.

Tu le peux prendre de travers ; Il faut oser un peu. L'on ose .

Tout ne va pas à toute chose :

Divers gibiers, engins divers.

A chasser au rien par les airs, Pourquoi du bronze, ou de la prose?

Un quatrain d'où sort le sifflet, L'angle affilé d'un triolet Opèrent mieux que gros chapitres.

Ils entrent mieux dans les cerveaux :

Prends, va! Ce sont petits couteaux, Bons pour desserrer les huîtres.

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