BALLADE
Tu parles d'or, Sarcey, quoique macaronique.
Tes arguments sont tors, mais tes chemins sont droits !
Des bons vieux mots trop lourdslaissant le j oug chronique,
J'abjure des chrétiens les préjugés étroits :
Je ne crois plus un Dieu, c'est Chose que je crois.
Pour alléger nos cœurs, noyons dans la matière
L'antique distinguo sur le mal et le bien,
Abrogeons tout cela, tirons-nous de l'ornière :
Il n'est plus d'honnête homme, il n'est plus de vaurien,
Nous avons reconquis l'innocence notoire
Du singe, notre illustre ancien.
C'est très-doux à penser et très-facile à croire !
La terre est un séjour et non pas une route ; Morts ici, nous n'allons point reverdir ailleurs.
Voilà dans sa raison ce qu'affirme le doute.
Qui croirait autrement, qu'on le livre aux railleurs Dieu saurait se couler parmi ces jours meilleurs ! Or sus ! et pressons-nous. Tirons gain de la vie, Mangeons et jouissons ! Quant à ces langoureux Dont là table ordinaire est chichement servie, S'ils attendent au ciel pour se sentir moins creux, Répétons-leur qu'il n'est que de rire et de boire ;
Ils en seront plus valeureux.
C'est très-doux à penser et très- facile à croire!
Le Paradis chrétien, les raisons en sont claires, Suppose cet enfer aux gueules de requins Dont le curé fait peur à beaucoup de nos frères Qui visent à grossir leurs revenus mesquins.
Ayons un peu d'égards pour les pauvres coquins ! Les condamnerons-nous s'ils se mettent en quête De ce bon positif que nous cherchons aussi?
Le seul fâcheux coquin, c'est le seul trouble fête, C'est l'horrible dévot ! Et puis enfin voici L'article dont il faut assurer la victoire :
Nul bien là haut, nul mal ici!
C'est très-doux à penser et très- facile à croire !
Ils objectent! Ils ont leurs vieilles Écritures, Leurs mille monuments d'habile invention,
Leurs dogmes spécieux aux savantes structures, Leur passé bien bâti sur Rome et sur Sion.
Mais nous ayons la chair avec l'intuition !
Sache une bonne fois, 6 chrétien, ô bélître ! Que l'homme s'est formé des atomes velus, Et qu'il vient d'eux tout droit par l'éponge et l'huître . De ces beaux géniteurs, autrefois moins perclus, Il reçut (Sainte-Beuve en écrira l'histoire)
L'intelligence qu'ils n'ont plus.
C'est très-âmx à penser et très-facile à croire.
De ce simple Credo la nudité, peut-être, Semblera trop parfaite aux esprits compliqués; Mais pourvu que le Christ enfin ne soit plus maître, Notre temple est ouvert aux dieux les plus risqués. Simon, Renan, Quinety seront expliqués; Jean Reynaud y viendra pour la métempsychose, Mahomet et Luther y mènent les houris, Platon, Calvin et Bèze y sont pour autre chose, Sainte-Beuve et Fourier en ornent le pourpris, Et le commode Àbout est portier, non sans gloire ;
Tous les mérites ont leur prix.
C'est très-dmx à penser et très-facile à croire !
— Ij —