ROI DES ROMAINS
Sous le feu des colères saintes, Quand je jetais ces cris sans art, Roi ! ma douleur et mes craintes Te savaient faire une autre part.
Bravant les fureurs populaires, Au rang des trônes mercenaire*
Tu n'as pas abaissé le tien :
Fût-il submergé dans l'orage, Il restera grand; le naufrage Y laissera l'honneur chrétien.
gloire, ô revanche sublime, majesté du cœur royal !
Gomme tu sais forcer leur crime A t'élever un piédestal !
Plus ils ont de ruses ourdies, Plus la haine et les perfidies Forgent de pièges savants \ Plus les compassions traîtresses Ont multiplié les caresses Et les mensonges décevants ;
Plus leur misérable génie,
Aux peuples qu'il sut dominer,
Impose cette ignominie
De te laisser assassiner;
Plus il te fait seul sur la terre,
Et plus la fortune adultère
Lui promet ta défaite, ô Roi!
Plus sous ta constance il succombe :
11 ne peut pas creuser la tombe
Sans bornes qu'il faudrait pour toi*
Quel que soit le profond abîme
Où te poussent les rois hagards,
Ton front, toujours plus magnanime,
Domine ces pâles Césars.
Partout leurs couronnes vassales
Portent la marque des droits sales
Qui bientôt les ressaisiront;
La tienne, en sa splendeur première,
Est la colonne de lumière
Que Thonneur et l'amour suivront.
Reste fière, tête romaine !
Le monde veut garder ta foi ; Où pense encore une âme humaine, Cette âme fait des vœux pour toi.
Heureux qui combat pour ta cause !
Heureux qui de son sang arrose Ton faible et triomphant rempaft !
En ces temps de gloire usurpée, Tes soldats seuls portent l'épée, Lesautres n'ont que le poignard.
Que le grand forfait se consomme, Qu'ils te ravissent tes États :
C'est toi le prince, c'est toi l'homme, Le monde ne s'y trompe pas.
Pour avoir volé le tonnerre, Pour être l'horreur de la terre, Et la remplir d'un vil effroi, Est-ce qu'on a changé les rôles ?
Vaincu, la croix sur les épaules, Il reste un monarque : c'est toi!
Dieu t'a donné le diadème, Il peut le reprendre à son gré ; Mais l'exil, mais le tombeau même Te recevront grand et sacré.
Que le navire ou l'humble barque Emportent le dernier monarque Vers son sépulcre glorieux :
Il aura le salut des armes ; Son peuple, par de nobles larmes, Le sacrera victorieux.
A-t-il embrassé l'infamie, Est-il chargé de vils remords ?
Vaincu de l'Europe ennemie, Son honneur est-il chez les morts?
Il n'a pas croulé dans la boue ; La force qui de lui se joue, C'est le torrent, non le ruisseau.
L'honneur te reste, âme loyale :
L'honneur, de ta tombe royale Saura faire un royal berceau.
Ton peuple, vendu par des traîtres, A vu les masques se lever.
Au lieu d'un père, il a des maîtres.
Tu combattais pour le sauver.
Descends en paix de ton calvaire ; La vie est à ce qu'on révère, Qui doit renaître peut mourir.
Tu vivras. Ton Dieu, ton modèle, Donnera la gloire au fidèle Et des successeurs au martyr.
Et vous vainqueurs, votre misère
Passera nos vœux irrités.
Le jour vient, vous aurez affaire
A ces bandits que vous flattez.
Vous aurez fini vos offices ;
Ecartant de gênants complices,
Ils vous traiteront sans égards.
majestés destituées,
Le bas peuple, avec des buées,
Chassera vos aigles bâtards !
Vous descendrez vers les abîmes,
Chargés de mépris accablants ; Et le rire de vos victimes Sifflera sur vos pas tremblants.
Opprimez-nous de votre fange !
Moi, je verrai comment Dieu venge Son pauvre peuple humilié.
Que je meure dans le supplice :
J'ai faim et soif de la justice, Et je serai rassasié.