TRENTE MILLE FRANCS
M. Bouguereau a pensé que l'heure 'dt sonner à la porte de TAcadémie était venue pour lui.
Il s'est donc mis en campagne, et a commencé la tournée des visites réglementaires,
La drôle de corvée !
Ils étaient huit candidats ! Huit qui venaient tour à tour dire :
— Vous savez que j'ai bien plus de talent que le monsieur qui descend d'ici.
On raconte même que M. Bouguereau se serait une fois rencontré avec un de ses principaux compétiteurs dans un des escaliers qu'il eut à gravir pour la circonstance et qu'il y eut choc.
Ces choses-là arrivent.
Elles arrivent si bien, que Baour-Lormian fut dans une situation ang.logue le héros d'une aventure abracadabrante.
Baour était, lui, candidat à l'Académie française.
*n allait solliciter la voix de M. de Pongerville/lorsque, du premier, il aperçoit au second son compétiteur qui descendait.
Baour, timide de sa nature, veut l'esquiver, regarde autour de1ui, voit une petite porte, l'ouvre et se trouve hlotti dans un endroit que je n'ai pas besoin de désigner autrement.
Mais où la chose se complique, c'est que .le compétiteur, que la visite avait sans doute secoué, s'arrête sur le môme palier, et se met du dehors à tirer la même porte pour... entrer.
Comme il était plus fort que Baour et que celui-ci n'avait pas eu le temps de mettre le verrou, la porte finit par céder et les deux rivaux tombèrent malgré eux dans les bras Tun de l'autre sur un terrain... qui ne pouvait pourtant pas porter bonheur aux deux à îa fois.
Tableau !
Ce mot tableau me rappelle que j'ai laissé M. Bouguereau en plan.
J'en ai fini, d'ailleurs, avec cet artiste d'un mérite aussi incontestable que banal.
Sa route est toute tracée désormais.
Comblé de rubans, enterré tout vif à l'Institut, il continuera à écouler ses produits dans les prix les plus élevés et en mourant (ce qui,
arrivera j'espère, le plus tard possible), il aura la consolation... ou le regret de se dire :
— Hélas ! si j'avais vécu encore un peu, j'aurais peut-être vendu ma dernière œuvre