BOUGUEREAU
Portez arme, présentez arme ! .. . Ran plan ! ran plan plan!... C'est un académicien qui passe et un académicien tout frais élu, sMl vous plaît. L'accouchement est d'hier.
Cela devait être.
M* Bouguereau était manifestement académicien de naissance. Il y a d'irrémédiables infirmités.
Cela ne Tempêche certes pas d'être un excellent homme, droit et loyal, pour lequel ceux qui le voient éprouvent une réelle sympathie.
Par exemple on reste maître d'éprouver, en voyant sa peinture, un sentiment absolument contraire.
Et c'est un droit dont j'use personnellement avec passion .
Ce porcelainage méticuleux m'horripile.
Ce n'est pas la bonne vraie lumière du soleil qui éclaire ces chairs albâtrées et mollasses.
C'est la mèche pâlotte d'une veilleuse qui leur semble donner, de l'intérieur, les reflets blafards de la théière à tisane qui tremblotte sur la table de nuit des malades.
— Cependant...
— Oh I je sais d'avance tout ce que vous pourrez me dire. Du savoir-faire, de l'acqQis, du procédés.» Je vous accorde que M. Douguereau a de tout cela, autant qu'un membre de l'Institut, selon la formule, en a jamais pos* sédé» Mais de l'inspiration... jamais !
Le pinceau a aussi ses forts en thème»
M. Bouguereau en est un. Il ne comndiet ni
barbarisme de dessin^ ni solécisme de composition. Seulemeot c'est éternellement poncif. L'impression générale et curieuse que vous produit une œuvre de M. Bouguereau est celle-ci :
— Tiens ! ça doit être une copie !
De qui? Cest variable... Un jour il rappellera Raphaël pour faire penser le lendemain à Galimard.
Mais oncques on ne se dira :
— Ceci est du Bouguereau tout seul.
L'artiste n'en a pas moins prospéré. Au
contraire, cette banalité imitative a probablement contribué à sa réussite.
Scribe affirmait qu'il ne fallait risquer un mot dans une pièce que lorsqu'il avait coiiru le monde pendant plusieurs années.
Il en est peut-être de même en peinture.
Le bon bourgeois est mis à ison aise toiit de suite par une œuvre dépourvue d'oHginalilé.
Son œil est charmé d'être au courant aussitôt.
Les oseurs primesautiem le déroutent comme une énigme. 11 a si peur de dire une bêtise I
Tandis que devant quelque chose qu'il connaît, il peut croire qu'il s'y connaît en quelque chose.
Aussi, après avoir cueilli les palmes à Rome, M. Bouguereau arriva-t-il rapidement à vendre^ sa peinture.
Vendre ! Le grand critérium du jour !
On ne dit plus :
— Un tel est un véritable artiste.
On dit:
— Un tel vend tant.
Je m'étonne qu'on n'ait pas encore créé la Cote des Ateliers pour faire pendant à la Cote de la Bourse.
Puisque c'est la mode du moment, adop*^
tons-la, et marquons la carrière de M. Bouguereau en chiffres connus.
A son retour (te Rome, on était aux débuts de 1855, et il vendait dans les environs de